Les pratiques pédagogiques au service des échanges : le théâtre publié le 01/02/2009  - mis à jour le 23/04/2019

Contribution de monsieur DUPE, professeur d’espagnol, responsable des options théâtre au lycée Maurice Genevoix, Bressuire.

Je pense qu’aussi bien dans la pratique théâtrale menée dans le cadre des options théâtre, qu’en classe entière (français) et que dans les classes de langues, il est hasardeux de se lancer d’emblée dans l’interprétation d’un texte. Il faut du temps pour que naisse la confiance et s’éloigne la peur du ridicule. Il y a des étapes à franchir :

Le cercle de profération peut permettre de franchir l’une d’elles.

Cet exercice est d’initiation pour les débutants et aussi d’échauffement pour les autres. Il peut être utilisé à tous les niveaux et transposable en cours de langue, si l’on se lance dans l’aventure.
Il s’agit de mettre en voix et en jeu des répliques. C’est la stratégie de l’infiniment petit. Le choix de ces répliques est en fonction du projet global.1

Instauration du tour de parole qui restera immuable durant tout le jeu (pour éviter les flottements contraires à la concentration et à l’écoute) :

A lance une balle à B qui la lance à C etc., puis on remplace la balle par une réplique ou une phrase mémorisée en amont. La réplique doit être proférée debout, droit dans les yeux du partenaire qui doit soutenir ce regard, pour que l’adresse prenne toute son intensité.
Enfin l’éventail des consignes de profération est infini (contraintes techniques, émotions de base : la peur, la joie, la tristesse, la colère, etc.).

Dans un second temps, une autre séance, on pourra passer avec ces mêmes répliques sur l’espace scénique, (pour cela on délimite l’espace de jeu, l’espace spectateurs, ) mais pas seuls, en choeur… Ne pas brusquer. Je n’ai pas le temps de développer et ce n’est pas
l’objet de ce petit exposé… Mais surtout ne pas brûler les étapes et assurer les fondamentaux pour pouvoir construire.

Ces techniques théâtrales et bien d’autres, variées, applicables et adaptables dans les classes de langue en fonction des projets envisagés, peuvent peut-être servir à terme à associer prise de parole et engagement affectif, voire développer l’imaginaire dans la
langue étrangère. Ce dont je vous ai parlé peut être adapté de façon ponctuelle ou dans un projet plus ambitieux qui peut déboucher sur la présentation d’une petite forme. Mise en voix, mise en espace, mise en scène d’un texte théâtral ou pas, d’une page tirée d’un roman de García Márquez, par exemple avec des élèves de terminale en classe d’espagnol.
Une autre pratique qui peut ponctuellement faire du bien à la classe, par un effacement de la voix de professeur au profit de la voix de l’élève.

Ensuite, il faut expérimenter… Ce type de travail peut-il relancer la dynamique d’une classe en redistribuant les rôles et en donnant une nouvelle parole ? Les élèves arrivent-ils à mieux s’approprier la langue grâce au théâtre et aux jeux de rôles ?
Jouer un personnage, paradoxalement, est ce qui offre l’occasion de vivre authentiquement la langue. On modifie les règles du jeu car le code principal de communication est ici justement de faire semblant, en engageant le corps. Dans la mesure où la situation est stimulante –c’est-à-dire dans la mesure où elle permet de réaliser un objectif qui fait sens et qui est ressenti comme nécessaire- pour l’élève utiliser la langue
deviendra alors authentique.

(1) Il y a certains critères à connaître qui sont bien expliqués et développés dans l’ouvrage très précieux de Chantal Dulibine et Bernard Grosjean Coups de théâtre en classe entière, Scéren, CRDP Académie de Créteil.

Impression

  Imprimer
  L'article au format pdf

Auteur

 Patrick Dupé

Partager

     

Dans la même rubrique

 Le théâtre en classe d'espagnol
 Les pratiques pédagogiques au service des échanges : le théâtre