Les pratiques pédagogiques au service des échanges : le théâtre publié le 01/02/2009  - mis à jour le 23/04/2019

Contribution de monsieur DUPE, professeur d’espagnol, responsable des options théâtre au lycée Maurice Genevoix, Bressuire.

Première séance de théâtre en Seconde

Début septembre 2008. Entrée des élèves, prise de contact.

La trentaine d’élèves entre tout intimidé dans la salle de conférences, vaste, totalement vide. Les élèves regroupés le long d’un mur, le rasant littéralement. Un temps. Les adultes (un comédien, deux professeurs) s’éloignent des élèves qui se rendent compte de la façon
toute particulière qu’ils ont « occupé » l’espace. Sourires et décrispation. Nous en profitons pour parler du lieu, de cet espace distinct de la vie quotidienne du lycée, un espace foncièrement différent de la salle de classe avec ses tables bien alignées, comme autant d’abris et de paravents pour les corps (« mise en scène ritualisée de l’accès au
savoir rationnel » dont parle Philippe Meirieu). Ici c’est le contraire, explique-t-on encore, c’est l’exposition permanente, le théâtre exige de chacun qu’il s’expose. Un grand espace vide, utilisable dans sa totalité comme espace de jeu (délimité par les rideaux) et un espace spectateur, un espace pour jouer et pour regarder. Et comme l’espace est vraiment vide (on l’a fait exprès), on en profite pour citer Peter Brook : « Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que
l’autre l’observe et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé » (L’espace vide).
On indique aussi que Brook a rectifié dans Le diable c’est l’ennui où il insiste sur la nécessité d’un deuxième personnage et d’une rencontre « pour que l’acte théâtral soit (vraiment) amorcé »…

Objection : On n’a pas de salles comme ça en langues. Je ne pense pas qu’on puisse faire – ou alors on est dans autre chose que le théâtre- l’économie de proposer une modification significative de l’espace, même partielle, pour faire oublier le quotidien et donner au jeu théâtral l’espace qui lui convient le mieux, l’espace vide…

Mais on ne peut pas décréter le théâtre, il faut se préparer avant, se mettre en condition. Je ne parlerai pas de relaxation (on en fait), mais peut-on se passer d’échauffement ? Ne pas oublier que l’on va travailler avec le corps, engager le corps. Des consignes précises données en espagnol, en anglais, en allemand ou toute autre langue cible pour conduire un échauffement en faisant allusion aux parties du corps sollicitées… On se trouve d’emblée du côté d’une langue communicative réelle. Le professeur explique dans la langue les diverses activités tout en s’appuyant sur la logique de l’exercice, ce qui peut permettre aux
élèves de s’approprier une langue mettant en jeu modalité, impératif, sentiments… )1

Positionnement dans l’espace. Sous le signe du cercle pour commencer. Les élèves et le professeur (et le comédien ?) debout en cercle. Un élève dit de ce dispositif : « un cercle a un centre, les points sur ce cercle sont à égale distance, on trouve alors une notion
d’égalité. » Disponibilité et écoute, la forme première de l’altérité et l’une des premières qualités du comédien, dit-on. Elle se fait ouïe mais aussi vision, toucher selon la circonstance. Une bonne écoute est la plus juste attitude intérieure pour « bien s’entendre ». Tout cela pour que chacun trouve peu à peu une « juste place », sa place. Le cercle concentre l’énergie et permet de se « lâcher » plus facilement. Le corps mène et la parole suit.

(1) Si l’on veut bien fonctionner comme dans les options théâtre –quand elles en ont les moyens, ce qui est loin d’être régulièrement le cas, surtout dans cette période où la DRAC ne finance plus ou presque les dites options, on peut imaginer la présence d’un comédien « natif » pour conduire ce type d’atelier en collaboration avec le professeur. On peut rêver.

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Auteur

 Patrick Dupé

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