Élémentaire, mon cher lecteur ! publié le 09/12/2018

Mener une lecture analytique comme une enquête policière.

Dans un texte argumentatif

Voici pour finir l’exemple de deux textes argumentatifs qui peuvent se prêter au même type de démarche. D’abord, un texte de J. Sternberg, intitulé Le Désert.
On nous y présente des « êtres intelligents » venus d’ailleurs découvrant, au milieu du XXIIème siècle, les vestiges d’une terre dévastée, dont toute trace de vie a disparu. De l’espèce humaine ne subsistent plus que « des tonnes de papier découpé en rectangle », et « des amoncellements de blocs de couleur jaune, très lourds, tous semblables entre eux » ; les créatures s’interrogent alors en vain sur l’utilité de ces objets, si bien préservés de la destruction.
On peut ici demander aux élèves de reprendre oralement les premières données du texte et de justifier leurs réponses en s’appuyant sur quelques éléments d’analyse.
Dans un second temps, on leur propose de résoudre l’énigme qui se pose aux extra-terrestres. Lorsque la classe finit par identifier qu’il s’agit de « billets de banque » et de « lingots d’or », on peut alors réfléchir à la stratégie argumentative de Jacques Sternberg.
Pourquoi le lecteur ne comprend-il pas immédiatement ce que découvrent les personnages ? Quel est l’intérêt de ce procédé pour dénoncer l’intérêt excessif que les humains accordent à l’argent ?

Exemple de travail avec le texte "Le Désert" de Jacques Sternberg (PDF de 1.1 Mo)

Mener une lecture analytique comme une enquête policière.

Il est possible d’adopter une stratégie comparable avec deux extraits tirés des Caractères de La Bruyère. On peut d’abord faire repérer les effets de parallélisme et d’opposition entre le portrait de Giton et celui de Phédon que l’on aura placés en vis-à-vis, avant de faire deviner quelle est la dernière phrase qui achève chacun des deux textes ; il est riche / il est pauvre.
Cette manière de procéder permet de mettre en évidence l’efficacité argumentative du procédé, et de maintenir l’intérêt des élèves jusqu’à la résolution de l’énigme.
Le texte intitulé « Le Berger et son troupeau » propose à son lecteur une réflexion menée sur le pouvoir à travers une métaphore classique.
La Bruyère commence par le tableau bucolique d’un berger affairé auprès de son troupeau, puis en tire la conclusion que le souverain, comme le berger, ne doit pas être envié, mais respecté, puisque sa condition est bien plus laborieuse que celle de son peuple.
Lors de la première lecture, les élèves sont donc invités à réfléchir à la manière dont La Bruyère fait ici l’éloge du pouvoir royal.

Cependant, le texte ne s’arrête pas là. Avant de leur en donner la lecture complète, on conduit les élèves à s’interroger sur la crédibilité de la métaphore du berger, appliquée à Louis XIV, en leur montrant des tableaux représentant le Roi Soleil et le Château de Versailles (la « bergerie » !), et en leur lisant un extrait des Mémoires de Saint-Simon qui dénonce avec vigueur le luxe ostentatoire et les fastes de la cour sous son règne.
On restitue alors aux élèves l’intégralité du texte proposé, dont les dernières phrases laissent apparaître le jugement du moraliste :

« Le faste et le luxe dans un souverain, c’est le berger habillé d’or et de pierreries, la houlette d’or en ses mains ; son chien a un collier d’or, il est attaché avec une laisse d’or et de soie. Que sert tant d’or à son troupeau ou contre les loups ? »

 

Ces exercices qui aiguisent les capacités interprétatives des élèves, et les incitent à la relecture des textes proposés leur permettent progressivement d’adopter la posture requise pour une lecture analytique. Ils ont par ailleurs pour avantage de faire varier les modes d’approche des extraits proposés, et de relancer l’activité de la classe.