Les Rendez-vous de l'Histoire: la charte de Paris, 19 au 21 novembre 1990 publié le 16/11/2020

Intervention de Pierre MOREL

Quels rapprochements sont opérés entre la charte de Paris et la résolution de problèmes de sécurité flottants ?

La fin de la guerre froide a été l’objectif prioritaire de la politique étrangère de la France. La visite de L. Brejnev à Paris en 1971 -premier déplacement en Europe d’un dirigeant soviétique- donne lieu à un certain nombre de points qui conduiront à la charte de Paris. Le rôle de la France est de remettre en perspective, de couvrir l’ensemble du continent européen. La CSCE apparait alors comme le réceptacle naturel pour ce projet.
Par contre, les faits s’accélèrent et se complexifient entre novembre 1989 et octobre 1990. La réunification allemande s’organise avec le plan en 10 points de H. Kohl en novembre. Or, F. Mitterrand ne voulait pas de cette réunification qui se dessinait hors du processus européen. Il se rend à Kiev rencontrer M. Gorbatchev pour connaitre sa position, et éviter le risque d’une déflagration européenne. Dès lors, le sommet de Strasbourg, du 08 décembre 1989, aborde la question de la réunification de l’Allemagne dans l’Europe. Il illustre alors la tension entre H. Kohl qui veut se concentrer sur sa politique intérieure et F. Mitterrand qui tient à la rattacher à l’Europe.
En parallèle, un processus de réduction des forces en Europe est mis en œuvre pour diminuer les tensions. Il s’agit pour les artisans de la charte de Paris de monter un discours politique afin d’abaisser le système de terreur et de dissuasion. La logique de démantèlement des systèmes d’alliance propres à la guerre froide implique de considérer tous les pupitres. La finalité est de favoriser la réunification allemande chapeautée lors de la charte de Paris. Le tout en seulement trois mois. En définitive, la conférence de New-York du 1er octobre 1990 met fin aux droits des quatre vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Elle permet à l’Allemagne de mettre en œuvre et sans tutelle sa réunification.
En outre, la Yougoslavie se retrouve au cœur des enjeux du début de l’année 1990 car elle semble hors cadre. En effet, deux principes avaient été définis au moment de la conférence d’Helsinki pour transformer l’Europe. Le premier est la règle de droits et le second est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais qu’est-ce qui doit être entendu par peuple ? Est-ce que c’est la volonté des peuples qui passe en avant ou la règle de droits définie comme les règles et les normes qui permettent la sauvegarde des équilibres ? Cette question anime sans nul doute le conflit yougoslave et à travers lui l’Europe des années 1990.

Aujourd’hui, le CSCE a pour but de réduire les violences. Par contre, elle ne règle pas les conflits car elle n’a pas suffisamment de forces. Pour Pierre Morel, la fin de la guerre froide a été manquée. La France s’est reposée sur de beaux résultats et n’a pas anticipé l’avenir. Il convenait de faire attention à L’URSS. Cette dernière est en profond tourment au moment de la charte de Paris. Beaucoup la désapprouve au sein même de l’appareil de M. Gorbatchev.