Prendre en charge la très grande difficulté scolaire publié le 14/03/2019

Constitution d’une classe de 6ème spécifique au collège Jules Verne de Buxerolles

Action innovante Jules Verne

A l’origine du projet

Environnement du projet

Le collège Jules Verne de Buxerolles accueille 530 élèves et propose une option Classes Horaires Aménagés Théâtre. Le collège accueille 60% de CSP défavorisées et est classé REP. En 2017, 14,71% des élèves entrant en 6ème étaient en retard (pour une moyenne départementale de 7,92%).

C’est dans ce cadre qu’une équipe d’enseignants a décidé de prendre en charge la très grande difficulté scolaire en constituant une classe de 6ème spécifique.

Situation de départ

A l’origine du projet, un même constat établi en équipe :

  • il est difficile de prendre en compte la très grande difficulté scolaire et d’adapter les contenus pédagogiques au sein de la classe,
  • les élèves en très grande difficulté passent d’une situation d’échec à une autre, que ce soit de lors du passage de l’école au collège ou d’un cours à l’autre.

Face à ce constat, les enseignants qui s’étaient mobilisés pour réfléchir ensemble ont donc proposé leur projet à la Direction de l’établissement qui l’a accepté.

Mise en place du projet

Objectifs du projet

  • Accueillir dans les meilleures conditions les élèves repérés par les professeurs des écoles de CM2 lors de la commission d’harmonisation CM2/6ème
  • Permettre aux élèves repérés de terminer leur cycle 3 dans les meilleures conditions
  • Retravailler avec les familles les éventuelles orientations SEGPA
  • Souder une équipe pédagogique autour des mêmes objectifs

Organisation du projet

Il a donc été décidé de constituer une classe de 6ème de 20 élèves maximum en s’appuyant sur les avis de professeurs des écoles entendus lors de la commission d’harmonisation. Les élèves choisis sont des élèves plutôt volontaires, n’ayant pas de souci de comportement et ayant un profil plutôt SEGPA.

Le co-enseignement est favorisé, en AP notamment, et des projets interdisciplinaires fédèrent l’équipe. Une réflexion sur l’évaluation est également menée.

Les intercours pouvant être compliqués les déplacements d’une salle à une autre sont limités.


Mise en œuvre du projet

Si les temps de cours sont les mêmes (il n’y a pas d’aménagements prévus dans l’emploi du temps), c’est la pratique de l’enseignant qui évolue afin de prendre en compte les besoins spécifiques de ces élèves. Une importance accrue est ainsi accordée aux points suivants lors des temps de cours :

  • Savoir-être : rappel permanent des règles collectives, rituels qui aident à l’appropriation de ces règles...
  • Vocabulaire  : création d’une « boîte à mots », explicitation des mots de vocabulaire qui font obstacle au sens, rappel des règles d’orthographe lors de la prise du cours…
  • Culture générale : par exemple le cours de français sur l’Illiade est l’occasion de revenir sur ce qu’est l’Antiquité avec les élèves.
  • Motricité  : ce dernier point spécifique au cours d’ EPS.

Enfin, il est à noter que ces deux classes participent aux classes chantantes.

Un outil transdisciplinaire, "la boîte à mots" : tous les mots que les élèves ne comprennent pas et qu’ils veulent noter sont répertoriés dans une boîte à mots présente en salle de cours. Lorsque cela est nécessaire, les élèves peuvent aller rechercher le mot dans la boîte.

Du côté des enseignants

Du côté des enseignants, c’est l’écoute, la disponibilité et une attention accrue aux difficultés rencontrées par les élèves qui sont nécessaires pour proposer des pratiques et contenus adaptés aux élèves. Certains temps de la journée sont plus compliqués que d’autres à gérer, il est donc important plus qu’ailleurs et plus qu’avec d’autres élèves de mettre en place des adaptations.

Exemples de pratiques et adaptations proposées :

  • Les activités sont variées et proposées sur des temps courts (temps d’écrit, d’oral, exercices variés, déplacement dans la classe lors du changement d’activité…).
  • Davantage de temps est accordé aux tâches à effectuer par rapport aux autres classes d’un même niveau. Les élèves ont donc le temps de réussir à leur rythme.
  • Une grande place est accordée au visuel (image fixe, vidéo, leçon illustrée, leçon sous forme de carte mentale…) afin d’aider à la compréhension et à l’appropriation des leçons.
  • Les élèves sont davantage accompagnés dans les différentes tâches à réaliser en cours et réussissent donc plus facilement (organisation du cahier de français par l’enseignante, découpage du cours en davantage d’étapes).
  • Le support de cours dont disposent les élèves est projeté et complété en même temps que le cours des élèves afin d’aider dans la prise du cours.
  • Valorisation des réussites : les élèves sont encouragés et félicités dans leurs progrès quels qu’ils soient, on les encourage à essayer, la remise d’un "permis" en fin d’une séance d’AP stimule les élèves qui se sentent ainsi valorisés.
  • Dialogue avec la famille et aides méthodologiques  : l’insistance est mise sur la méthodologie et le matériel à avoir afin d’aider l’élève à devenir collégien, la famille est impliquée dans cette démarche.
« Si vous ne notez pas tout, c’est grave ou pas ? Non ce n’est pas grave, vous essayez c’est l’essentiel. »
Pratiques et adaptations proposées (durée 00:34) (MPEG4 de 4.2 Mo)

Cette vidéo propose un aperçu des pratiques et adaptations proposées dans le cadre du projet mené au collège Jules Verne de Buxerolles.


Bilan du projet

Premier bilan

A l’issue de la première année, il a été décide poursuivre le projet sur le niveau 5e. Certains élèves ont alors été sortis du dispositif pour intégrer les autres classes quand d’autres ont intégré la 5ème spécifique. C’est le signe de la réussite du projet qui est ouvert et observe les élèves pour les accompagner au mieux.

A l’échelle de l’établissement on se rend compte que les autres classes sont en progrès et on rencontre nettement moins de soucis de comportement. Le climat scolaire est donc amélioré.

La classe de 6ème spécifique
« Le collège c’est facile ! »

Les élèves ont pris confiance en eux et ne se sentent pas en difficulté. Ils sont heureux d’être au collège et expriment les mêmes difficultés que d’autres élèves : "les grands qui bousculent", "les gens pas gentils", ou encore les mêmes peurs : "J’ai une bonne moyenne générale mais j’ai peur du prochain contrôle il est dur."

Si les parents n’ont pas été informés de la démarche menée au collège c’est pour ne pas stigmatiser les élèves. Cependant, certaines familles ont compris et une famille a même vu le comportement de son enfant s’apaiser à la maison.

Et après ?

Se pose maintenant la question de la suite du projet. Il serait souhaitable en effet de le poursuivre sur le niveau 4e afin de mener avec les élèves une véritable réflexion sur l’orientation.

L’équipe souhaiterait être formée à l’évaluation et espère pouvoir étendre son action.

Parole d’enseignant :

« Le côté positif de ces classes, c’est que ces gamins existent. »