La dictée à l’adulte publié le 05/03/2019

Passer du texte raconté au texte écrit  : les modalités de passation en dictée à l’adulte.

Dans quelles conditions optimales se mettre pour arriver à faire en sorte que l’enfant passe d’une compétence à l’autre ?

On suppose au départ que l’enfant est capable de raconter seul. Il faut qu’il puisse passer d’une communication dialogique à un monologue. Or cela n’est pas encore construit solidement à l’entrée au CP, il faut donc aider les enfants à y parvenir et ce dès la petite section.

Pour cela on organise des temps en situation duelle (relation individuelle)  :

  • 1 seul enseignant pour 1 élève pour 5 minutes environ.
  • Un petit groupe de 4 ou 5 enfants dans lequel un seul et même enfant dicte et les autres sont témoins de la genèse du texte. Cela présente quelques avantages, d’une part lorsque c’est leur tour, ils sont familiarisés avec le dispositif, d’autre part, il voit eux aussi la mise en relation de l’oral et de l’écrit  : ils apprennent également.
  • Celui qui dicte est à côté du maître, il doit voir ce qui s’écrit dans le bon sens.

Au départ l’enfant est dans l’oral, le travail de l’enseignant est avant tout d’écrire. Certains enfants restent dans l’oral, ils tiennent leur texte sémantiquement mais pas littéralement. Ils vont bien monologuer mais n’ont pas de registre de langue spécifique  : ils n’ont pas encore conscience des valeurs de la langue écrite.

La relation à l’apprentissage de la lecture par la dictée à l’adulte a un enjeu  : la compréhension de l’unité du mot. A ce moment là, lorsqu’on copie mot à mot, on sème de la grammaire.

Mais si l’on veut écrire à ce rythme, il va être nécessaire pour l’enfant de se fixer le texte dans la tête pour mieux pouvoir le fixer sur la feuille. Là le rôle de l’enseignant est essentiel  : il doit dire que ce n’est pas possible d’écrire aussi vite que l’on parle. Il faut prendre le temps pour obliger à la reformulation et à la construction du texte.

Car c’est bien à ce moment et à cette condition que l’enfant va prendre conscience des spécificités de l’écriture par rapport à la parole monologique orale. Il faut ralentir car je ne m’adresse pas à une personne mais à une main.

Si ce dispositif est mis en place régulièrement, l’enfant calque rapidement son discours à l’écriture de la main et commence à mettre en place les relations entre ce qu’il dit et ce qu’il voit écrit. Il va petit à petit construire ses propres compétences métalinguistiques (j’ai des mots pour parler des mots  : verbes, noms, adjectifs…) et épi linguistiques (je sens que ça ne va pas et je trouve des solutions sans avoir les mots).

Pour aider l’enfant à formuler correctement l’enseignant peut dire qu’il ne comprend pas telle construction, telle suite de mots ou tel agencement de phrases ou que d’autres lecteurs ne comprendraient pas. Le texte est alors soumis à la relecture en permanence.

Les textes, une fois terminés doivent être, sous une forme ou une autre, publiés. Or l’enseignant décide le publiable dans les limites de l’acceptable linguistique (ni barbarismes, ni solécismes, ni textes bancals). La norme est de rigueur. Il faut éviter de tomber dans le goût des mots d’enfants. On ne peut pas accepter d’écrire « mon frère a prendu le pain  » même si sur le plan de la construction du participe passé cela peut-être considéré comme juste voire mignon, on se doit à l’exactitude de la langue française et corriger avec l’enfant.

L’étayage, l’accompagnement permanent de l’adulte dans ce dispositif est surtout valable de la Grande Section au Cours Préparatoire jusqu’à la Toussaint ou Noël. Pour quelques uns qu’il ne faut pas abandonner il sera nécessaire de continuer en allégeant de plus en plus les interventions.

Attention  : la dictée à l’adulte est un dispositif parmi d’autres. Dans le cas des enfants dyslexiques, par exemple, il ne permet pas de déceler les difficultés rencontrées par les enfants. Dans le cas présent ce serait plutôt le contraire car ils se révèlent souvent très performants à l’oral

L’enfant, dans ce type de travail développe trois compétences essentielles à une meilleure maîtrise de l’écrit et de la lecture  :

  1. Il distingue le registre de l’écrit du registre de l’oral (essentiellement dans l’agencement de l’ordre des mots)
  2. Il distingue, dans le temps de la production écrite, la mise en mémoire du texte et la mise en écriture de ce même texte. Il prend conscience de l’aide substantielle du retour en arrière (on ne comprend pas alors on revient en arrière, tout cela servira plus tard, ce que ne font plus les enfants, la relecture des écrits pour les amender). Cette conscience ne se construira que si l’enseignant dans son étayage dit et redit comment on procède ensemble pour le retour en arrière.
  3. Il aura appris à changer de registre d’énonciation selon qu’il est dans l’écrit ou dans l’oral.