Organiser l’entraide publié le 18/01/2019  - mis à jour le 08/02/2019

Des outils, une méthode, une posture

Pour installer des habitudes de monitorat entre élèves, un climat propice à l’engagement dans le travail et à la persévérance, Jérôme Andrade1 a mis en place depuis 2 ans des séances d’échanges de savoirs. L’accompagnement personnalisé et l’aide aux devoirs sont ici facilités par un contexte dans lequel l’élève trouve :

  • un espace pour travailler en autonomie ou à plusieurs,
  • des ressources,
  • la possibilité de se faire aider,
  • et un document que chacun.e peut mettre à jour, pour gérer les flux.

Échanges réciproques de savoirs

Ces temps de soutien et d’approfondissement sont proposés :

  • chaque semaine au sein même des séances de mathématiques ;
  • dans le cadre du dispositif de "devoirs faits" ;
  • comme modalité de préparation aux examens blanc ou terminaux.

Certains établissements se sont montrés intéressés pour utiliser ce principe comme outils d’organisation des études du soir en internat ou comme organisation de l’AP (accompagnement personnalisé) en seconde.

Le document interactif d’organisation est affiché à l’écran (dans la vidéo il a été réalisé avec un mur virtuel Padlet2). Les élèves y formulent sous forme de vignettes des demandes précises de soutien, et proposent leur aide sur ce qu’ils/elles maîtrisent. Chacun.e est ainsi invité à évaluer ses besoins et ce qu’il/elle pense avoir bien acquis.

Le document est en ligne, il peut donc être accessible en permanence et depuis plusieurs lieux, ce qui facilite son actualisation. Il permet de visualiser les rapprochements entre demandes et offres, ainsi que la gestion des flux (en attente d’échange/en cours ou fait), à la manière des tableaux kanban3.
Un forum d’échange en ligne, donc consultable à distance, facilite entre les séances les questions/réponses sur les points restant obscurs.

Concevoir un kanban (durée 03:07) (MPEG4 de 93.3 Mo)

Le fonctionnement
du document d’organisation

Développer l’autonomie

Avant la séance le professeur s’appuie sur sa connaissance des élèves et sur les offres et demandes exprimées pour préparer des fiches de méthode et d’exercices, et associer des noms à ces fiches. Il place ensuite ce plan de travail à la disposition, dans une vaste salle équipée d’un mobilier léger qu’il est permis de déplacer, et de tableaux mobiles.

Les élèves apprennent progressivement à utiliser le plan de travail et les autres outils, tel que leur cahier de méthodes. Pour répondre aux demandes l’enseignant utilise souvent le questionnement, qui invite l’élève à réfléchir et à trouver par lui ou elle-même les attitudes adéquates.

Les jeunes ont des marges de manœuvre à l’intérieur du cadre mis en place : faire les fiches dans un ordre ou dans un autre, se placer dans l’endroit le plus approprié de la salle, travailler seul ou à plusieurs, face à face ou côte à côte, aider ou se faire aider.
L’élève fait ses choix, et l’effort lui est plus acceptable que s’il lui était imposé par l’enseignant.

Créer un cadre (durée 02:56) (MPEG4 de 101.4 Mo)

Dans la classe mutuelle de Jérôme Andrade


Apprendre à apprendre

Pendant la séance l’enseignant laisse les élèves agir. Il observe, étaye et explique, pour compléter ce que les élèves ne réussissent pas à faire sans lui, mais avec l’objectif de transmettre des méthodes de travail, dans l’esprit du dispositif "devoirs faits". Pas seulement des méthodes pour apprendre, mais aussi des méthodes de co-formation.
Il pousse les élèves à explorer les ressources matérielles et humaines qui auraient pu leur éviter d’avoir recours à l’aide du professeur.
Il valorise le fonctionnement des groupes d’entraide efficaces.

Valoriser les méthodes (durée 01:43) (MPEG4 de 57.1 Mo)

Dans la classe mutuelle de Jérôme Andrade

Encourager

Les élèves décident eux-mêmes s’ils/elles se sentent capables d’expliquer un point du programme à leurs pairs et de les aider. L’élève fait ses choix dans sa zone proximale de développement (Piaget Vygotsky).

Certain.e.s peuvent s’apercevoir au cours des explications que les notions ne sont pas encore suffisamment claires dans leur esprit. Le professeur prend soin par son langage et ses expressions de confirmer que ces tâtonnements font bien partie de l’apprentissage. Les élèves sentent ainsi qu’ils/elles ont effectivement raison de prendre des initiatives, de se faire confiance et de s’auto évaluer ; c’est bien l’attitude attendue dans ce type de travail. Ici l’erreur et la réflexion sont les bienvenues.

La stratégie de l’enseignant s’appuie sur la pyramide des apprentissages4 : "en mettant l’élève en posture d’enseignement il retiendra, 24 heures après, 90% de ce qu’il a enseigné contre seulement 5% de ce qu’il a entendu lorsque le professeur enseigne en frontal".

Permettre la réflexion (durée 01:15) (MPEG4 de 34.4 Mo)

Dans la classe mutuelle de Jérôme Andrade

L’élève moniteur

Les élèves apprennent au fil des séances à communiquer de manière claire, et à assumer des rôles de moniteurs en appliquant des principes pédagogiques : laisser le temps de comprendre, observer la personne qui apprend, faire reformuler pour vérifier la compréhension...

Ils/elles se rendent compte progressivement qu’enseigner ou aider demande un langage précis, une progression, mais aussi une réelle attention à l’autre et à sa perception du thème traité.
Ils/elles ont conscience qu’un moniteur impliqué démultiplie réellement les occasions de lever les blocages.
Les élèves qui se font aider par leurs pairs se disent :

  • moins intimidés que devant le professeur pour montrer leurs lacunes,
  • plus à même de comprendre un langage (verbal et non verbal) qui leur est familier,
  • plus autorisés à s’exprimer pour demander de ralentir, de répéter, de reformuler.

Le professeur sait qu’il faut laisser le temps nécessaire à ces interactions entre pairs, et se tenir à une distance qui favorise ces échanges. Et parfois...se taire.

Se mettre en retrait (durée 02:27) (MPEG4 de 68.6 Mo)

Dans la classe mutuelle de Jerôme Andrade

Le choix des outils

Le document d’organisation visible dans ce film a été réalisé avec Padlet, disponible en freemium5. Le nombre de murs offerts étant devenu limité, le professeur utilise depuis Linoit, également en freemium6. Il est possible d’appliquer la méthode Kanban avec d’autres outils "grand public" en freemium, tels que Trello, qui offre une version éducation7.
D’autres outils sont proposés par Framasoft, association d’éducation populaire qui n’utilise pas les données à des fins de profilage publicitaire : le basique Framémo ou le plus élaboré Framaboard sont tous deux gratuits pour l’utilisateur, financés par les dons et subventions.

Merci aux élèves et à Jérôme Andrade pour ce témoignage.

(1) professeur de mathématiques dans un collège rural, formateur, chargé de mission au CARDIE

(2) Outil proposé en freemium par l’entreprise Wallwisher, basée à San Fransisco

(3) méthode de gestion des flux issue de l’industrie automobile au Japon, à base d’étiquettes à déplacer

(5) Freemium : gratuit pour les fonctionnalités de base, payant pour une version plus élaborée

(6) Linot appartient à Asteria Corporation, basé à Tokyo au Japon. Les conditions d’utilisation sont en anglais

(7) Trello a été créé en 2011 et racheté en 2017 par l’entreprise Altassian.