Bilan de matière : A tout seigneur, tout honneur : Antoine Laurent de Lavoisier. publié le 23/12/2008

Traité élémentaire de chimie (1864).
Le second texte est tiré du Traité élémentaire de chimie (1864) de Lavoisier.
« On a vu que l’air de l’atmosphère était principalement composé de deux fluides aériformes ou gaz, l’un respirable, susceptible d’entretenir la vie des animaux, dans lequel les métaux se calcinent et les corps combustibles peuvent brûler ; l’autre, qui a des propriétés absolument opposées, que les animaux ne peuvent respirer, qui ne peut entretenir la combustion, etc. Nous avons donné à la base de la portion respirable de l’air le nom d’oxygène, en le dérivant de deux mots grecs όξύς, acide, γείνομαι, j’engendre, parce qu’en effet une des propriétés les plus générales de cette base est de former des acides en se combinant avec la plupart des substances.
Nous appellerons donc gaz oxygène la réunion de cette base avec le calorique. Sa pesanteur dans cet état est assez exactement d’un demi-poids de marc par pouce cube, ou d’une once et demie par pied cube, le tout à 10 degrés de température et à 28 pouces du baromètre.
Les propriétés chimiques de la partie non respirable de l’air de l’atmosphère n’étant pas encore très bien connues, nous nous sommes contentés de déduire le nom de sa base de la propriété qu’a ce gaz de priver de la vie les animaux qui le respirent, nous l’avons donc nommé azote, de l’α privatif des Grecs, et de ζωή, vie ; ainsi la partie non respirable de l’air sera le gaz azotique. Sa pesanteur est de 1 once 2 gros 48 grains le pied cube, ou de 0 grain, 4444 le pouce cube.
Nous ne nous sommes pas dissimulé que ce nom présentait quelque chose d’extraordinaire ; mais c’est le sort de tous les noms nouveaux ; ce n’est que par l’usage qu’on se familiarise avec eux. Nous en avons d’ailleurs cherché longtemps un meilleur, sans qu’il nous ait été possible de le rencontrer ; nous avions été tentés d’abord de le nommer gaz alcaligène, parce qu’il est prouvé, par les expériences de M. Berthollet, comme on le verra dans la suite, que ce gaz entre dans la composition de l’alcali volatil ou ammoniaque ; mais, d’un autre côté, nous n’avons point encore la preuve qu’il soit un des principes constitutifs des autres alcalis ; il est d’ailleurs prouvé qu’il entre également dans la combinaison de l’acide nitrique ; on aurait donc été tout aussi fondé à le nommer principe nitrigène. Enfin, nous avons dû rejeter un nom qui comportait une idée systématique, et nous n’avons pas risqué de nous tromper en adoptant celui d’azote et de gaz azotique, qui n’exprime qu’un fait ou plutôt qu’une propriété : celle de priver de la vie les animaux qui respirent ce gaz
. » pp. 48-49

Le symbole N utilisé pour l’azote a quant à lui une origine anglo-saxonne, ce gaz étant désigné par nitrogen en anglais, ce qui étymologiquement signifie « faiseur de nitre » à savoir de salpêtre (nitrate de potassium KNO3).