Etude d'une œuvre de propagande nazie publié le 22/01/2011

Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens), Leni Riefenstahl, 1935

L´aspect formel d´une œuvre de propagande

C´est par ce biais que s´exprime réellement le point de vue de l´artiste. En ce sens, il est fondamental pour comprendre en quoi Le Triomphe de la volonté est vraiment une œuvre de propagande. De la pré production (avec les répétitions à partir des décors conçus par l´architecte officiel du régime Albert Speer) aux énormes moyens fournis lors du tournage (16 équipes de tournage, plus de 100 personnes -36 cameramen dont Walter Frentz le cameraman personnel d´Hitler pendant la Seconde Guerre Mondiale-) tout sera organisé pour éviter l´échec de la précédente production (Der Sieg des Glaubens -Victoire de la foi-, 1933, où d´après ceux qui ont vu ce qu´il en reste, semble régner la plus grande confusion), participer à la célébration de l´ordre nouveau et surtout regrouper le peuple allemand autour du nouveau guide suprême.

Ainsi aucun aspect du langage cinématographique, audio ou visuel, n´est laissé de côté, et contribue à donner la sensation d´avoir affaire à un « film plein », voire même « trop plein », ce qui n´est peut être pas sans finalité idéologique. En effet, comme l´écrit Jérôme Bimbenet, « Saturation des yeux et saturation des oreilles empêchent toute réflexion, tout libre arbitre, toute liberté de l´esprit. Seul l´abrutissement compte. Cela pourrait bien être le totalitarisme des images, le pouvoir total dans le son et les images. Pouvoir suggestif total, image totale, son total, et même silence total lorsqu´il y en a puisqu´il est significatif et assourdissant. » (in « Le cinéma de propagande nazie (1930-1939) : un impact limité. » p. 149, in Une Histoire mondiale des cinémas de propagande, Sous la direction de Jean-Pierre Bertin-Maghit, Nouveau Monde éditions, 2008).

Il y a donc bien un énorme travail d´organisation, de sélection, de réorganisation des 61 heures de rush. Ce sont 5 mois de montage qui montrent que rien n´a été laissé au hasard, d´autant plus que le film rompt avec la chronologie réelle du congrès, ce qui témoigne d´une réflexion approfondie d´organisation du matériel filmé. Justement, c´est parce qu´il s´agit d´une œuvre artistique, de création que son auteur réfutait le fait qu’il puisse s´agir d´une œuvre de propagande… mais en pouvait-il être autrement de la part d´un film produit par le NSDAP-Reichspropaganda Abteilung ?

Une analyse de l'aspect formel de cette oeuvre (Word de 34 ko)

Le triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl