Compte rendu de l'Université de printemps d'histoire des arts. publié le 12/06/2018  - mis à jour le 14/06/2018

 Atelier 2 :

Rêves et songes dans l’opéra :

Par Anne Amsallem.

Auteures :

Cécile Auzolle ,maître de conférence en musicologie, université de Poitiers.
Nadège Budzinski, formatrice en histoire des arts, académie de Créteil.
Nathalie Fromonteil-Dreyfus, professeure à l’école élémentaire Bourget-Calmette de Jouy-en-Josas, académie de Versailles.

Avec la rêverie, la musique fait bon ménage et semble encourager une flânerie émotionnelle et sensorielle, entre états conscients et inconscients. Pour Freud le rêve est la satisfaction d’un désir inconscient et il revêt toujours une dimension symbolique. Il dit aussi toujours quelque chose de l’époque qu’il incarne. 4 opéras, du 17ème à nos jours, explorent ces liens mystérieux entre rêve, réalité et désirs.

1. Le rêve comme prétexte dramaturgique, par Cécile Auzolle, maître de conférences en musicologie, université de Poitiers

  • Le rêve est conçu comme prétexte dramaturgique global.
     Vincenzo Bellini, la somnambule, 1831.
    Opéra semi seria en deux actes sur un livret de Felice Romani, créé le 6 mars 1831 à Milan au Teatro Carcano
     Bohuslav Martinu, Juliette ou la clé des songes , 1938
    Opéra en 3 actes sur un livret du compositeur d’après la pièce de Georges Neveux, crée à Prague le 16 mars 1938

La somnambule de Bellini pose la question du rêve confronté à la réalité. L’état second de la protagoniste révèle les états profonds de sa pensée. Juliette ou la clé des songes développe une esthétique surréaliste et grotesque. Les certitudes sont brouillées (cf Alice au pays des merveilles). L’opéra ici devient une entière métaphore de l’esprit de Michel : décousu, absurde et confus. La représentation du rêve implique une notion de contraste et peut être comparé à la fête qui est aussi moment de valeur à part dans le quotidien.

  • Le rêve comme prétexte dramaturgique ponctuel
     Marin Marais, Alycone, 1706
    Tragédie lyrique en 5 actes avec prologue sur un livret d’Antoine Houdar de la Motte, représentée à l’académie royale de musique le 18 février 1706
     Philippe Boesmans, Julie, 2005
    Opéra en un acte sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger d’après Mademoiselle Julie de Srindberg, crée au théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles le 30 mars 2005.
    Le rêve peut aussi figurer dans l’œuvre lyrique comme prétexte narratif ponctuel et être associé, aussi bien à la thématique de la fête qu’au retournement de valeurs. Deux niveaux de rêves, le rêve endormi et le rêve éveillé, peuvent donner sens à la narration.

2. Exploitation pédagogique, le traitement musical du rêve par Nadège Budzinski, formatrice en histoire des arts, Créteil

  • La somnambule de Bellini pour les 1ères littéraires, enseignement de spécialité.

Aborder l’œuvre sous l’angle du rêve et du fantastique peut permettre d’aborder le genre du mélodrame, entre codification et variation et une période entre l’esprit des Lumières et le romantisme. Le rôle structurel des scènes de somnambulisme permet en outre de de faire une étude comparée de documents : un réseau d’œuvres, aussi bien littéraires que picturales ou musicales, peut être envisagé sous ces 2 angles :
 Lady Macbeth Somnambule, Delacroix, 1849-1850
 Lady Macbeth, opéra de Verdi, acte 4 : scène qui annonce la précipitation vers la chute finale. La scène de somnambulisme de Lady Macbeth est le moment où elle bascule dans la folie et qui annonce la précipitation vers le drame final (Esthétique romantique chez Verdi)
 Le cauchemar, Fussili, 1781
 Lady Macbeth somnambule, Fussli, 1784
 Le songe de la raison endormie engendre des monstres, Goya, 1799

  • Exploitation de Alcyone au collège en cycle 4

Possibilité d’aborder la tragédie lyrique : tragédie héroïque et tragédie merveilleuse à travers l’héritage de moyen-âge où le rêve permet de faire basculer dans l’univers merveilleux. Insister sur le fait qu’il y a des règles à respecter comme la nécessité de vraisemblance (unité de temps et de lieu)

  • Niveau : cycle 2

 Champ de compétence : la perception
 écouter (identifier et décrire les éléments sonores)
 faire entendre qu’il y a des chœurs et un soliste, qu’il y a un dialogue entre les cordes et les flûtes à bec. Mettre les relations entre le langage et le chant en travaillant les récitatifs
 analyser la manière dont les émotions sont traitées par les instruments et comment les instruments peuvent susciter la peur, le calme, la joie (la tempête à l’opéra peut exprimer le déchainement intérieur des émotions).

  • Alcyone , cycle 4 : 2nde option facultative

 notions : le cauchemar/la symphonie descriptive
 l’accélération rythmique (blanches, puis noires, puis croches, puis doubles et quadruples croches) pour susciter l’accélération du temps
 la tempête psychologique que l’on voit bien rythmiquement sur la partition
 thématique : imitation et narration à travers les arts, les époques et les civilisations/ imitation de la nature (cf : la poétique d’Aristote)/ Le sublime chez Boileau.
La scène rêvée contraste toujours avec la scène précédente éveillée et s’appuie sur des contrastes de nuances, de rythmes, ou d’orchestration. Le décalage crée un sentiment d’étrangeté. Il peut parfois y avoir un décalage comique ou une étrangeté pathétique : les hiatus entre les voix et l’étirement du temps peuvent surprendre ou déstabiliser. Le passage du réel au rêve s’appuie en outre sur des phénomènes mémoriels : citations, réminiscences, où chaque personnage, lieu, ou objet est caractérisé par un instrument dans une sorte de métalangage musical.

  • Le traitement musical du rêve, niveau cycle 2, école élémentaire.

Faire lire un conte et faire des rapprochements avec l’opéra
Développer l’imaginaire, laisser parler ses sensations. Les enfants expriment ce que la musique peut évoquer d’un conte ou réfléchissent sur le traitement de la voix

  • La seconde scène de somnambulisme chez Bellini, niveau 1ère SPE

 climax de tension dramatique
 thème « les arts et leurs publics dans la création artistique »
 notion : travail temporel : les souvenirs
 travail thématique : mélodies déformées, écourtées, inversées qui montrent que la mémoire s’effrite, que le temps est mouvant. A l’inverse, le leitmotiv indique qu’on est dans la réalité rêvée ; une perte des repères s’opère par ce leitmotiv.