Compte rendu de l'Université de printemps d'histoire des arts. publié le 12/06/2018  - mis à jour le 14/06/2018

Samedi 2 juin 2018 :

 A 9h : Atelier 1 :

Les écritures du rêve.

Par Alayne Gisbert-Mora.

Les auteurs :

  • Olivier Barbarant
    Inspecteur général de l’éducation nationale, spécialiste du surréalisme.
  • Renaud Ferreira de Oliveira
    Inspecteur général de l’Éducation nationale, groupe des « Lettres », groupe « Enseignements et éducation artistiques ».
  • Brice Sicart
    Inspecteur d’académie, inspecteur pédagogique régional d’arts plastiques dans l’académie de Créteil.

Comment entrer en écriture par le rêve ?

Cherchons à interroger la part du rêve dans les apprentissages.
Un temps d’errance est requis dans la création. Jean-Michel Othoniel y a fait allusion lors de la leçon inaugurale du Festival de l’histoire de l’art de 2018. Il faut accepter ces temps de rêverie chez l’élève, propices à l’imaginaire.
Laissons-nous assez de temps pour le lâcher prise à l’élève ?

1- Le rêve comme motif représenté ou évoqué dans l’œuvre d’art.

Le cinéma est vite apparu comme un rêve éveillé ne serait-ce qu’à cause des conditions de monstration,( salle obscure...) expérience collective et éveillée qui dure.
Les artistes d’avant-garde ont très vite vécu des expériences rêvées éveillées du cinéma (les poètes ont capitalisé cette expérience comme un processus d’écriture « voir un film sans le voir » par exemple en le voyant à l’envers …)

  • Entr’acte film de 22 min , réalisé en 1924 par René Clair sur un scénario de l’artiste Francis Picabia occupe véritablement l’entracte du ballet nommé « Relâche ». Il est « Dada »sur une musique d’Erik Satie. C’est un film réalisé par des amis, scénic railway (montagne russe)
    Le film agit-il sur le spectateur comme une transcription des forces du rêve qui sont organisées en cadences majeures. Il s’agit de brouiller les repères, de créer des espaces cubo-fututristes.. La résultante du film est la résurrection du mort par l’effet même du cinéma, le mort n’est-il pas le spectateur ? Nous ?
    Ce film est un manifeste de la corruption et de l’efficacité des effets sur le spectateur, on cherche à le « réveiller » comme dans les expositions surréalistes.
  • En 1923, dans La Roue de Abel Gance, ce dernier invente le montage alterné. Il y multiplie les effets visuels et adopte un montage rapide et précis, très rythmé, utilise les caches pour centrer l’attention et agir sur le spectateur.
Source : flickr.com.

Philippe Soupault, poète français, cofondateur du surréalisme et journaliste, cherche à jouer sur les effets du rêve dans ses textes. Il dresse également un inventaire méthodique de toutes les possibilités offertes par le 7e art. Cette recherche a pour vocation la découverte de toutes les voies d’accès à l’irrationnel. Il subit également l’influence des burlesques américains et des feuilletons populaires.

2- Des images qui durent.

  • Dans La maison de Docteur Edwardes, Alfred Hitchcock mélange deux niveaux de réalité différentes.
    Extraits 1h05 à 1h08 et 1h19 à 1h22
la_maison_de_docteur_edwardes
Source : wikipédia.org.

Le cinéma donne corps à l’inédit et entre en résonance avec une définition du surréalisme .On crée des images qui durent, images non réversibles comme un précipité de rêve dans le réel. Hitchcock introduit des objets de rêve dans le réel. Il accentue les valeurs de blanc et de noir dans un jeu diégétique.
Qu’est ce que le surréalisme ? Pour André Breton C’est « Ici comme ailleurs traquer la bête folle de l’usage » des choses , donner un rôle aux objets les plus quotidiens.
On entre dans une métaphore entre conscience et lumière.

3- La vie est un rêve comme un autre.

Seuil entre rêve et réalité – Brouillage des codes.

  • Avec Le charme discret de la bourgeoisie de Luis Bunuel en 1972, nous sommes dans le registre de la frustration dans une série de rêves emboîtés.
    A quel moment bascule-t-on ? Où sont les indices ? Principe de l’étrangeté croissante. On finit par douter du réel, il n’y a plus de réel.

Autres références possibles :

  • Le Sang d’un poète en 1930, la Belle et la Bête en 1946, Orphée en 1950 de Jean Cocteau.
  • Eraserhead en 1977, Inland Empire en 2007 de David Lynch.
  • Insomnia en 2002, Inception en 2010 de Christopher Nolan.