Éloquence : les outils du comédien publié le 17/02/2020

Le silence pour éprouver la nécessité de la parole

Cela aura été, sans aucun doute, la phase de travail la plus déstabilisante de ces deux journées. Qu’est-ce qui peut en effet justifier le recours au silence (y compris pendant les pauses soit pendant près de cinq heures) dans une formation dédiée à l’éloquence ?
En travaillant sur une longue plage de mutisme, durant lesquels les participants sont obligés de recourir à des moyens d’expression exclusivement corporels, Keti Urubetogoyena joue de la frustration de la parole pour préciser l’acte de dire et sa nécessité.

Les poussées

"L’objectif de ces poussées réciproques est de chercher un contact de plus en plus profond avec l’autre (...) comme le fera plus tard, réellement, la "main invisible" de la voix : parole incarnée par l’acteur qui s’incarne dans son auditeur"1

  • Exemple 1
    A et B face à face, en position de travail ; poussée mains contre mains durant toute la chanson
    Régulation : pousser n’est pas se crisper, pousser suppose de respirer.
  • Exemple 2
    A et B face à face, en position de travail. Sur la musique, A amorce une poussée, B y répond (mains contre mains, dos contre dos, tête contre ventre, etc.).
    Retour en position de travail : B amorce une poussée, A y répond, etc.
  • Exemple 3
    En binôme, sur une chanson longue, au sol, poussée dos contre dos pendant toute la durée de la chanson ; sentir quand l’émergence d’un son devient indispensable pour continuer de pousser.
    Régulation : un son est une vibration, pas un mot.

Les étreintes

Il s’agit de " faire prendre conscience que l’acte de dire qui transforme précisément les "mots inanimés du texte" en "Verbe" se doit d’être un contact tout aussi concret que l’étreinte entre deux personnes, que, comme elle, il engage le corps entier en une réelle intimité, que comme elle, enfin, il doit toujours être l’occasion d’un échange, il doit nourrir le sujet qui dit comme celui qui reçoit."2

  • Exemple 1
    Face à face en position de travail. Sur une chanson courte, se regarder simplement sans bouger respirer et sentir dedans. A fin de la chanson, s’éteindre. A la fin de l’étreinte, regarder tout le groupe.
  • Exemple 2
  1. Réfléchir à un mot qu’on aime beaucoup prononcer. En position de travail, yeux fermés, sur une musique, se laisser habiter par son mot ; respirer et sentir dedans. A la fin de la chanson, regarder tout le groupe avec ce mot en soi.
  2. Yeux fermés, mains devant soi se déplacer dans la salle ; quand on rencontre un partenaire, l’étreindre avec l’envie de partager son mot.
  3. Bouger en étant empli de son mot et de l’envie de le prononcer ; se regarder, partager.
  4. Écrire lisiblement son mot sur le sol avec du scotch en petit ou en grand.
  • Exemple 3
    Départ en position de travail ; yeux fermés, mains devant soi, se déplacer dans la salle ; quand on rencontre un partenaire, l’étreindre et échanger son mot (celui écrit au sol) à l’oreille ; sentir le plaisir d’articuler.

(1) K. Irubetagoyena, "Peut-on enseigner la présence scénique ?", p.224

(2) Ibid.p 222