Initiation au projet scénographique publié le 23/03/2009

Bilan d'un stage de scénographie

Pour Nous les Héros de Lagarce : du labyrinthe à la balançoire
compte rendu par Marie

D’abord il faut chercher des mots en rapport avec la pièce : grâce à ces mots on peut s’interroger sur les points communs et imaginer des images correspondantes.

Quand on dit Nous les héros, nous répondons : fiançailles : fête, sortie, espoir, clarté, lumière, convivialité. Mais rappelons que cette union n’est pas réellement voulue par les personnages. Il y a aussi : tension, guerre, questionnement, perte, quête, dévalorisation, exclusion, hypocrisie, peur, choix, but, déséquilibre .

« Demain nous fuirons mais ce soir encore nous faisons semblant puisque nous ne savons rien faire d’autre »
Cette phrase est tombée sous nos yeux : elle renforce notre idée de scénographie. Le mot de déséquilibre nous fait penser à un labyrinthe. C’est symbolique de la perte : on cherche la sortie ; les personnages de la pièce ne cherchent–ils pas un moyen d’échapper à leur vie ? Au centre de ce labyrinthe, il y aurait une boîte, un lieu de passage : ce serait la pièce où la troupe pourrait se retrouver. A l’intérieur, les actions « réelles » comme les fiançailles par exemple. Le public serait placé au dessus : situation offusquante pour lui aussi ; il ressent la même chose que les acteurs mais il devient maître de la situation quelque part.

schéma labyrinthe Nous les héros

On propose ce projet à Jack qui n’est pas très convaincu : on se rend compte qu’un plateau est trop petit pour un labyrinthe et une boîte ; il trouve que la parcours de l’acteur ne va pas. « Dire les choses mais ne pas tout tuer » Nous avons voulu tout analyser et justifier mais il nous demande de laisser le public imaginer. C’est bien de penser à plein de choses mais il faut garder une seule question.

Puis une autre idée nous vient : un plateau qui bascule. On reste dans le principe du déséquilibre et c’est techniquement possible : ce serait une sorte de balance que les acteurs feraient bouger. Ce dispositif joue avec les appuis des acteurs : leur jeu va être déstabilisé et déstabilisant. Nous envisageons d’inclure le public dans le jeu, de créer une interaction entre acteurs et spectateurs dont faudrait limiter le nombre à une trentaine.

Le plateau sera une plate-forme montée sur verrins. Les acteurs seront en danger permanent avec ce plateau en déséquilibre. Sur le plateau il y aura une table pour les fiançailles avec deux bancs.
Les acteurs sont conviés au buffet des fiançailles : le public est invité à la fête, tout le monde se retrouve autour de la grande table recouverte d’une nappe blanche. On pense aux réactions du public : certaines personnes peuvent se conduire de façon inattendue. Au début l’espace est figé. Et à un moment précis, coupure d’électricité. Le plateau commence à bouger. Moment crucial. Tout bascule. Est-ce la guerre qui provoque ce chambardement ?
Bon nous passons à la réalisation des maquettes.

le radeau de Nous les héros

ou de l’asile à la démolition ?
Bilan par Aliénor

Avec Julie et Rebecca, nous choisissons de nous orienter vers Nous les héros. Il nous vient tout de suite des images communes : un univers écrasant, oppressant, sans issue plutôt glauque.

Nous avons au début l’idée de créer un effet de surprise qui surviendrait en fin de spectacle. Nous partons sur l’idée d’une pièce fermée qui se révèlerait être un asile. Un bruit indescriptible retentirait à chaque fois que les personnages parleraient de cette impalpable guerre. A la fin, le bruit en question se révèlerait être le bruit d’un tractopelle chargé de détruire cette partie de l’hôpital psychiatrique. Mais l’idée nous paraissait trop surfaite. Nous décidons de garder l’histoire du bruit et des travaux afin de symboliser cette guerre, mais en modifiant la trame .

Après plusieurs essais, une idée se détache : les acteurs sont enfermés dans un vieux théâtre miteux et glauque et la guerre dont ils parlent est en fait une guerre culturelle contre ceux qui désirent détruire ce vieux théâtre. Nous imaginons donc deux murs en angle droit : un décor en décrépitude, quasi-pourri. L’image finale est la destruction des deux murs grâce à des fissures pré-construites.

Nous décidons de travailler sur la décrépitude avec les effets de matière. Nous réalisons un véritable crépi sur les murs en polystyrène au moyen de boue séchée, mélangée à de la peinture verdâtre. Le sol ne doit pas non plus être reluisant : nous fendons de la mousse afin de dessiner un carrelage et nous élaborons une couleur des plus repoussante. Tout cela, bien entendu à l’échelle. Nous travaillons aussi sur l’humidité grâce à des variations de couleur aux plinthes des murs. Nous découpons ensuite au cutter les fissures dans les murs sans oublier de gommer l’aspect propre et neuf des matériaux utilisés. Le tout enfermé dans la traditionnelle « boîte noire ». Nous meublons cet espace désaffecté avec quelques souvenirs : un tuyau qui suinte au mur, un divan épuisé, un miroir terni.

maquette fin du théâtre