Initiation au projet scénographique publié le 23/03/2009

Bilan d'un stage de scénographie

Le questionnement dramaturgique condensé en quelques mots

Le scénographe doit ensuite travailler avec les images qui lui viennent. Il peut les retranscrire au moyen de mots. C’est ce que nous avons fait pour Nous les héros, Juste la fin du monde de Lagarce et La Fausse Suivante de Marivaux. Avec Jack et notre professeur, nous avons interrogé les trois pièces en posant des questions dramaturgiques pour aller vers un choix scénographique.

Avant d’entrer dans les détails, il faut trouver la sensation que nous voulons donner, puisque, rappelons-le, la première chose que voit le spectateur est une image dont il se nourrit pendant le reste de la pièce. Nous cherchons ensemble quelques mots qui seraient les mots-clefs de chaque pièce.

Pour Nous les héros de Jean-Luc Lagarce

Nous trouvons :

  • Guerre : il n’y a pas d’échappatoire dans cette pièce : nous pouvons penser à un espace sans issue, à un plafond Nous pouvons aussi imaginer une lumière très froide, très agressive. Des mots en rapport avec la guerre : oppression, réfugiés, froid, sombre, fin.
  • Fiançailles : avenir, festif, clair, gaîté … ce devrait être un moment heureux, convivial. Pourtant nous voyons qu’ici ce n’est pas vraiment le cas. Cela nous conduit à un paradoxe qui donne à réfléchir sur l’ambiance, sur la situation des personnages, sur le côté pathétique qui en ressort Il y une sorte de déséquilibre et de bouleversement : comment peut-on représenter un déséquilibre ?
  • Famille : ici, cette famille est un résumé de la société : elle est sans cesse travaillée par des tensions, des solidarités et des remises en cause. Mais tous les personnages ne font pas partie de la famille. Certains sont embauchés par la troupe. C’est une sorte de « famille - entreprise ». Quels sont les rapports entre les personnages ? Les « personnages rapportées » sont-ils très différents des autres ? Quels sont les rapports de force ?
    Dans cette pièce, une question s’impose : ont-ils véritablement joué une pièce auparavant ? Jack nous rappelle que ce n’est pas parce qu’un personnage dit quelque chose qu’il faut le croire. Nous pouvons prendre le parti de faire mentir un personnage ou de le rendre fou.

Pour Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce :

Il est question de famille, de retour, et d’amour :
Louis revient dans sa famille mais il est oublié, rayé par les siens. On voit qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu de communication. Le retour de Louis est impromptu, « intempestif ». Les choses vont-elles se dire et être dévoilées ? Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de communication et d’écoute qu’il n’y a pas d’amour, nous rappelle Claudine

Il est question d’adieux. Le personnage Louis revient vers son passé car il va mourir, il n’a plus d’autre choix que de prendre conscience de sa situation. Nous pouvons cependant imaginer qu’il revient sans aucun signe de désintégration. Nous pouvons penser qu’il est parti parce qu’il se sentait, à tort ou à raison, différent de son entourage. Des résonances autobiographiques ? Nous ne pouvons nous empêcher de faire un parallèle avec la vie de l’auteur qui lui aussi a une sœur ( mais son père n’est pas mort ) Cependant la pièce ne met en scène ni la mort ni la maladie, juste le retour de Louis. Ces personnages se séparent au moment où ils se retrouvent, mais à part Louis personne ne le sait. Plus que jamais il ne faut pas raconter la fin, ni par la scénographie, ni par le jeu – nous verrons à quel point il faut éviter le pathétique - même si tout est vu du point de vue de la fin.
Dans la scénographie, nous devons faire le choix de la dimension du temps et du souvenir.

Pour La Fausse Suivante de Marivaux

Il est question d’épreuve et de vérité, d’argent et d’amour.

L’histoire se passe chez la Comtesse. Dans ce lieu, il y a toujours du passage, des entrées et sorties en permanence : chaque fin de scène est ponctuée par un« quelqu’un vient » ou un « je m’en vais » Beaucoup de bruits de couloir, un va-et-vient permanent. C’est un espace totalement perméable, piégé : on peut passer, on peut parler, on peut être vu, surprendre et être surpris. La question est de savoir comment représenter dans la scénographie cette perméabilité constante.

Ce jeu d’apparitions et disparition est lié au thème central du travestissement : une femme se déguise en chevalier afin de tromper son (ses) adversaires(s) Cependant l’argent est le nerf de la guerre, du jeu de séduction, entre ceux qui en veulent et celle qui en a : le chevalier qui peut « arroser » est de ce point de vue maître du jeu. Mais à quel prix peut-on acheter la vérité ?

Autre point essentiel pour la scénographie : le jeu des valets. Trivelin est plus malin que ses maîtres, on peut penser à Sganarelle dans le théâtre de Molière. Leur malice n’est pas ridicule, bien au contraire. Pour eux il n’est question que de sexe, d’argent et de ventre.