In-FINE : Low-tech et sobriété numérique en éducation publié le 19/04/2021  - mis à jour le 25/04/2021

cycle de vie d’un ordinateur
ADEME

Le nombre d’équipements numériques utilisés s’accroit sans cesse, et leur usage représente 8,3% de la consommation électrique française (chiffre 2019).
 Débat 2 de l’émission du 11 mars 2021 : discussion sur l’impact environnemental des infrastructures, des matériels et ressources numériques, et pistes pour faire évoluer les comportements via l’éducation.

Regards croisés de :

Les défis

 Des ressources épuisables. Frédéric Bordage explicite la démarche de sobriété numérique. Le numérique est un formidable outil, mais les matériaux qui permettent de fabriquer les équipements sont en quantité limitée. Il n’est pas bon d’être dépendant d’une ressource qui n’existera plus dans 2 ou 3 générations. La sobriété est une solution pour faire durer le numérique.

 L’accès : Muy-Cheng Peich indique que plus de 40% de la population de la planète n’a pas internet. Son organisation milite pour que l’accès à la connaissance s’élargisse.
Dans ce contexte un des défis est que les projets de développement soient bien adaptés, et de prendre en compte les possibilités d’appropriation des technologies pour que ces projets soient viables et non des "éléphants blancs".

 La conception : Nicolas Chagny explique que les normes RFC sur lesquelles s’appuie l’internet ont été formalisées en 1992. Certaines comme l’IPV6 doivent être repensées pour prendre en compte les besoins actuels, dont celui de sobriété.

 Les objectifs : "Numérique responsable" est le terme privilégié chez Engie, pour parler non seulement de green IT mais aussi de "IT for green" (mettre le numérique au service de la protection environnementale).

Comment s’incarne la question de la sobriété dans la classe ?

David Jadaud en tant que professeur de technologie accompagne les élèves pour qu’ils s’approprient le matériel et que leurs usages du numérique aient un faible impact écologique.
 Rendre tangible : Il travaille avec des maquettes pour rendre visible la masse des matériaux nécessaires, puis évoque les leviers pour augmenter la durée de vie d’un appareil. Il ouvre la "boite noire" pour faire connaître les structures.

 Créer : des jeux technologiques de réutilisation de matériel en fin de vie permettent de créer de nouveaux objets. Rendre les élèves acteurs augmente leurs compétences d’une manière jubilatoire. Cela développe l’émancipation et la résilience.

Faut-il commencer par le matériel ou par les usages ?

 Savoir : Sintia Erin précise que dans le numérique c’est la création du matériel qui a l’empreinte carbone la plus forte. C’est donc en changeant moins souvent de matériel qu’on baisse significativement cette empreinte. Il faut apporter ces connaissances aux élèves et aux collaborateurs, et que cela devienne un réflexe également dans les directions des différentes entités (entreprises, administrations, établissements scolaires...).

 Concevoir : Selon Nicolas Chagny, il faut sensibiliser les concepteurs de matériel : penser "green by design" (éco conception). Dans les écoles Webforce 3 ces standards sont enseignés.

 Former : GreeniT pousse depuis 10 ans les pouvoirs publics à intégrer ces problématiques dans les parcours scolaires. Il faut parler sobriété numérique et responsabilité à tous les niveaux d’enseignement.
En post bac il faut former à la conception de services numériques qui intègrent de la low tech, donner des clés de compréhension.
 Un livre blanc a été remis au ministre en mars 2018.

 Informer : à l’heure actuelle il y a un problème de "green washing"1 qui influence les contenus de formation. Il faut que les enseignants aient accès à des contenus de qualité.

 Montrer : Il faudrait être exemplaire auprès des jeunes.
Exemple vécu en collège : renoncer à un logiciel de conception assistée par ordinateur sous-utilisé qui nécessite des machines performantes au profit d’un service en ligne utilisable avec des petites machines (Raspberry Pi) ayant moins d’impact.

 Initier : Muy-Cheng Peich est d’accord avec la nécessité d’ouvrir la boite noire pour apporter des clés de compréhension, et pour que les jeunes puissent prendre des initiatives citoyennes.
Internet off line (snicker internet) permet d’utiliser un site en le mettant sur un serveur, avec une seule mise à jour à la fin de l’activité. L’innovation technologique permet des mises à jour incrémentales.
Elle met en avant la nécessaire médiation, car il ne suffit pas qu’un contenu puisse être accessible facilement, il faut pouvoir se l’approprier.

Qu’est-ce que la low tech ?

Des outils simples utilisables par le plus grand nombre et à faible empreinte. Par exemple les sms que m’envoie la SNCF pour me transmettre mon billet.

Atelier soudure
Photo tetue
Flickr Cc BY NC

Comment contrecarrer la puissance d’attraction de la présence en ligne et des algorithmes ?

 Expliquer : Nicolas Chagny préconise d’expliquer avec patience et ténacité.

 Expérimenter : David Jadaud préfère offrir aux élèves une expérience qui soit encore plus satisfaisante qu’"une heure de plus sur un écran".

 Séduire : Frédéric Bordage pense aussi que les familles comme les enseignants doivent travailler la question des alternatives séduisantes pour éviter le "tout numérique".

Sintia Erin précise qu’il ne faut pas diaboliser le numérique mais trouver l’équilibre.
Muy-Cheng Peich évoque l’intérêt de la pluralité. Il y a beaucoup de biais structurels, beaucoup de contenus éducatifs numériques viennent des pays du Nord et des hommes (actuellement 90% des contenus). Chacun doit pouvoir créer et faire entendre sa voix.

Cadrages structurels

 L’obsolescence logicielle est en train d’être encadrée, précise Nicolas Chagny. Parfois on doit changer d’appareil parce que les nouveaux logiciels ne peuvent pas être utilisés sur tel smartphone. L’initiative consiste à promouvoir la neutralité des terminaux. Nous devrions être libre de faire d’autres choix que ceux du constructeurs, en terme de magasin d’applications notamment.

 La mutualisation des contenus, leur interconnexion, sont d’autres solutions. Il faut rendre les contenus plus lisibles.

 Réemplois : ils doivent être encadrés car les matériels reconditionnés sont parfois décevants. Un auditeur recommande la coopérative commown (fairphones, location d’ordinateur, etc.)

 Accessibilité : il faut que les services numériques soient éco conçus pour être plus légers.

Comment lutter contre l’ignorance ?

 Donner à voir : David Jadaud confirme qu’il y a un vrai leurre on a l’impression que le numérique n’est pas matériel. Il faut remettre le data center au centre du village.

 Élargir les échanges : Nicolas Chagny propose d’ouvrir le sujet, de ne pas rester entre spécialistes car chacun est concerné, comme pour la sécurité.

N’est-ce pas politique ?

Oui, derrière la production de communs il y a une certaine vision de la société et de l’économie. Il faut très tôt sensibiliser à ces enjeux et avoir de vrais débats sociétaux, avec une approche holistique2.

Il faut savoir ce que nous voulons faire des dernières réserves de ressources, soigner et éduquer ... ou utiliser plein d’objets connectés et agrandir toujours nos écrans.

Comment les acteurs de l’éducation peuvent-ils contribuer ?

  • Faire durer le matériel,
  • fournir aux enseignants des contenus de qualité validés pour semer les bonnes graines chez les enfants,
  • avoir les bonnes informations au bon niveau,
  • il faut des médiateurs bien formés.

Recommandations d’auditeurs :

(1) tromper le consommateurs en se donnant à tort l’image de responsabilité écologique

(2) qui s’intéresse à un objet dans sa globalité

(3) Nano-ordinateur conçu par une fondation pour démocratiser l’accès aux ordinateurs.

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Auteur

 Chantal Bernard

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