Les enfants juifs nés en Charente-Maritime pendant la guerre : une publication de Gérald Sim publié le 04/05/2026

Des familles juives pendant la Seconde Guerre mondiale en Charente-Maritime

Gérald Sim

L’ouvrage de Gérald Sim, professeur à la Rochelle, au collège REP+ Pierres Mendes France s’inscrit dans le sillon des travaux de micro-histoire sur la Shoah et des démarches d’Alain Corbin (biographie consacrée à Louis-François Pinagot). Cette enquête s’intéresse aux enfants juifs nés entre 1939 et 1944 dans ce département côtier. Ils sont une vingtaine. Enfants nés dans la guerre, ils sont aussi des enfants de la guerre par sa dimension idéologique dans la mesure où ils incarnent ce que le régime nazi abhorre, à savoir la reproduction de la « race juive ». En intégrant les parents, les frères et sœurs aînés, le corpus étudié comporte au total une centaine de personnes.

La problématique générale de l’ouvrage

Quelles ont été les stratégies parentales pour assurer la survie de leurs enfants, en particulier les nouveau-nés face aux desseins génocidaires du régime nazi ? Quels ont été les facteurs de réussite ou d’échec ? Le questionnement vise à sortir de la logique victimaire (travaux de Iannis Roder) en partant du postulat que l’individu dispose de la capacité (ou non) de sortir du piège dans lequel l’enferme la politique discriminatoire puis exterminatrice des nazis. Il implique d’examiner les moyens dont disposaient les parents pour protéger leurs enfants en élargissant l’analyse vers les membres du réseau familial, les cercles de sociabilité et les œuvres de bienfaisance juives ou chrétiennes.

Les sources mobilisées dans le cadre de cette enquête.

  archives départementales et municipales en Moselle, Charente-Maritime, Charente, Dordogne, Vendée, Vienne (fiches domiciliaires, dossiers de renouvellement de cartes d’identité, rapports municipaux, préfectoraux) ;
  fonds iconographiques (Mémorial de la Shoah, Espace de la résistance et de la déportation d’Angoulême) ;
  service historique de la Défense à Caen, Pau et Vincennes ;
  archives nationales et archives de l’OSE à Paris ;
  papiers privés de familles ;
  témoignages oraux auprès des enfants nés entre 1939 et 1944 et de leurs descendants.

Les principales conclusions de l’ouvrage

  • Le corpus étudié est majoritairement composé de parents immigrés, arrivés en France dans l’entre-deux-guerres et issus du démembrement des empires centraux et orientaux. Ces derniers se sont installés en grande majorité en Moselle où un processus d’intégration s’observe. Processus que la guerre et la politique des nazis viennent briser.
  • 60% du corpus est décimé à la fin du conflit. Parmi les 40% survivants, la grande majorité est composée d’enfants (60%). La proportion élevée de parents exterminés s’explique par les mobilités imposées entre 1939-1942 rendant la mobilisation des réseaux de sociabilité construits en Moselle plus complexe. Deux moments clés sont essentiels : les évacuations de 1939 vers la Charente-Inférieure et l’expulsion du littoral en novembre 1940 pour les Juifs étrangers - novembre 1942 pour les Juifs français. La dimension stratégique du littoral dans le cadre de la bataille de l’Atlantique est à intégrer comme un aspect fondamental dans la destinée des familles étudiées.
  • La survie des enfants a été rendue possible essentiellement par la mobilisation du réseau familial. L’action des œuvres sociales chrétiennes et juives vient suppléer les réseaux de parenté lorsque ces derniers se trouvent dans l’incapacité de protéger des fratries nombreuses. Cette stratégie implique un nouvel éclatement de la cellule familiale avec des frères et sœurs dispersés pour de nombreuses années. Elle affecte la construction de l’identité de l’enfant dont l’éducation s’effectue auprès de différents adultes. La comparaison entre les différentes familles étudiées permet également de discerner un arc transversal ouest-est « de résistance et d’espoir », partant de la Charente-Maritime jusqu’en Suisse, en passant par la Charente, le Limousin et les départements de la Loire et de la Haute-Loire.
  • d) Le destin de ces familles est resté longtemps circonscrit à la mémoire des survivants. Depuis les années 1990, des actions mémorielles et pédagogiques menées au niveau local, départemental et régional permettent la découverte de ces trajectoires brisées. Elles prennent des formes diverses au sein de l’espace public (érection de plaques, de stèles) et scolaire (pédagogie de projet à partir des enfants scolarisés durant le second conflit mondial, intervention de descendants dans les classes, réalisation de bandes dessinées…). Toutes ces actions participent à une intégration posthume des disparus, le plus souvent étrangers, dans le récit national.

Une notice de cet ouvrage a également été publiée sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Un grand merci à notre collègue Gérald Sim pour la publication de cet ouvrage.