Le chant choral dans les collèges par Philippe Bazin, IA-IPR Education musicale et chant choral. Etat des lieux 2013-2014. publié le 10/05/2014  - mis à jour le 06/01/2015

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2. LES CHIFFRES.

a. Les élèves choristes dans les collèges.

Cf. Annexe 1 : tableaux 1 à 4. Ce que l’on peut y observer :

  152 collèges publics sur 160 et 26 collèges privés sur 44 offrent aux élèves la possibilité de participer à la chorale : 86 % des collégiens du public et 63 % du privé peuvent y avoir accès ;

  le pourcentage d’élèves concernés, lors de l’année scolaire 2013-2014, tourne autour des 9% dans les établissements qui possèdent une chorale (8,8 % dans le public et 9,1% dans le privé) ;

  le fait qu’il se maintienne à cet étiage au niveau 5ème, monte à 13,4% pour le niveau 6ème, et tombe sensiblement chez les plus âgés n’étonnera personne : le parcours scolaire du collégien se caractérise par un accroissement progressif du volume des enseignements obligatoires et optionnels, ce qui limite la possibilité de choisir un enseignement complémentaire.

Autres éléments :

 les élèves des enseignements spéciaux (Segpa, Ulis) sont accueillis, par petits groupes, dans de très nombreuses chorales. Inutile de souligner le caractère très positif de cette inclusion ;

 d’une façon générale, le pourcentage d’élèves mobilisés est inversement proportionnel à la taille de l’établissement. Notons que si ce n’était pas le cas, les « grands » établissements n’auraient pas d’espace disponible pour des répétitions de groupes pléthoriques, sauf à financer plusieurs chorales, ce qui est exceptionnel ;

  l’on relève presque partout une répartition filles-garçons de l’ordre de ¾ - ¼. Ce n’est pas propre au collège : tous les praticiens du chant choral constatent ce déséquilibre. La physiologie est sans doute en cause (la mue, beaucoup plus prononcée chez les garçons que chez les filles) ; mais aussi les représentations sociologiques, euphémisme pour désigner les préjugés. Peut-être aussi une question de genre : plus d’individualisme dans la sphère masculine, un état d’esprit davantage aiguisé par l’appétit de concurrence que par le goût de l’harmonie ? En effet, dans une chorale, le mot « concurrence » n’a pas sa place, nous y reviendrons.

Pour illustrer ces commentaires, laissons la plume à M. Vukorep, professeur dans le collège de l’académie où la mobilisation pour la chorale est la plus massive (53 % des collégiens) :

« La chorale est une activité incontournable pour une grande majorité des collégiens du Château d’Oléron, et ce dès la sixième. Ces nouvelles recrues sont motivées certes par le plaisir de chanter mais également par l’opportunité de faire une activité avec les « grands » du collège (Troisièmes) qui apportent une stabilité au groupe en faisant profiter les plus jeunes de leur expérience. La présence des musiciens lors des concerts et de quelques répétitions assurent également la pérennité du projet. Les thématiques étant différentes d’une année sur l’autre, nombreux sont les élèves à faire 4 ans de chorale. Pour ceux-là l’expérience musicale aura été de taille puisqu’ils auront entre 60 et 70 chants à leur actif, fait une douzaine de concerts, sur des scènes couvertes et en extérieur, été accompagnés par plus d’une vingtaine de musiciens différents, auront travaillé avec des techniciens, et surtout accumulé un nombre incalculable de souvenirs. La pratique du chant choral est source de cohésion au sein de la communauté scolaire. Elle offre à chacun l’opportunité de trouver sa place, de se découvrir, de découvrir les autres et de révéler les ressources qui sommeillent en chacun ».

b. Les moyens

Cf. annexe 2 : tableaux 5 et 6, et 7.
B.O. du 22/09/2011, circulaire « Le chant choral à l’école, au collège et au lycée »
« (…) La quotité horaire de référence pour la prise en charge d’une chorale en collège ou lycée reste de deux heures/semaine. La spécificité du travail nécessaire, la fréquente multiplication des répétitions à l’approche de la fin d’année, l’organisation d’un ou plusieurs concerts publics dans un lieu professionnel extérieur et la concertation avec les professionnels associés justifient cette référence. Elle peut cependant être modulée en fonction des constats effectués chaque année et de l’évaluation portée par le corps d’inspection. (…) »

  • globalement, dans l’académie, la « quotité horaire de référence » est effectivement modulée, puisqu’en moyenne une chorale est soutenue à raison de 1,8 H dans le secteur public, et 1,3 dans le secteur privé sous contrat ;
  • en termes de coûts pour l’Etat-employeur, cette dernière observation doit être elle-même modulée : ce sont beaucoup plus souvent des heures-poste dans le secteur privé (81%) que dans le secteur public (47%) ;
  • la modulation est beaucoup plus fréquemment à la baisse (52 établissements octroient seulement une heure) qu’à la hausse (seulement 4 établissements octroient plus de 2 heures) ;
  • cette modulation semble tenir fondamentalement à la taille de l’établissement, et en conséquence aux marges qu’il peut dégager sur sa dotation globale. Ainsi, un établissement de plus de 400 élèves parvient beaucoup plus souvent à dégager les deux heures qu’un établissement de moindre jauge. Ce constat explique probablement les différences de quotité observées entre les départements : plus nombreux sont les établissements de grande taille dans un territoire, plus grande est la moyenne des quotités.

A partir de la prochaine rentrée, il apparaît que des modifications sont diversement introduites dans la délégation des heures de chorale aux établissements. L’actualisation des données chiffrées de la présente enquête sera effectuée en novembre 2014 : les effets de cette nouvelle approche seront analysés en détail.

c. Les projets.

Cf. annexe 3 : tableaux 8 à 11. Observations :

  • Environ une chorale sur deux se présente en concert dans l’établissement lui-même (88/178) ;
  • Les deux tiers s’associent à des chorales d’autres collèges ou de lycées pour le ou les concerts (117/178) ;
  • cette association existe aussi, mais plus rarement, avec le Premier degré (19/178) ;
  • des instrumentistes professionnels accompagnent 135 chorales sur 178 lors des prestations publiques ;
  • l’on peut dénombrer, au printemps 2014, au moins 43 concerts de chorales des collèges dans 24 salles de spectacle professionnel :
Département Charente Charente-Maritime Deux-Sèvres Vienne
Nombre de concerts 6 16 8 9
Nombre de salles 5 10 4 5

Les partenariats, tant avec des musiciens professionnels qu’avec les structures du spectacle vivant, sont donc tout à fait développés. Remarquons bien qu’ils reposent sur l’initiative des professeurs, lesquels assurent la maîtrise des opérations : le volet culturel du projet d’établissement est ainsi enrichi par une action dont la cohérence avec les enseignements est garantie. Le revers de cette médaille est que les services placés sous l’égide du ministère de la culture ont quelque difficulté à reconnaître les chorales scolaires, sur lesquelles les artistes relevant de leur sphère d’influence n’interviennent pas en qualité de pilotes. Serait-il bénéfique pour les élèves d’échanger cette reconnaissance contre la cohérence des contenus pédagogiques ? La réponse est évidente.

Association du chant choral à d’autres modes d’expression.

Lors des concerts, nombre de chorales qui se produisent en association avec …

…les arts plastiques : …la vidéo ou la photographie : …la danse : …le théâtre : …les arts du cirque : …la technologie, les langues, l’UNSS :
32 7 23 67 2 6

La chorale est donc très souvent vecteur de ce que tous les acteurs du système éducatif appellent de leurs vœux, en regrettant de ne pas disposer de suffisamment de leviers pour une réelle mise en œuvre : l’interdisciplinarité.

Les répertoires.

Résumer en une typologie la diversité des répertoires mis en œuvre est difficile, en raison de l’extrême diversité de ceux-ci. Très globalement, l’on peut citer cependant :

  • autour d’un artiste : Jean-Jacques Goldman, Claude François, Sanseverino, La famille Chedid…
  • florilège de chansons variées, centrées sur une époque (les années 70…) ou un genre : le cabaret, le rock, le gospel…
  • comédies musicales écrites spécifiquement pour des chœurs, par des compositeurs comme Isabelle Aboulker, Latif Chaarani, Gilles Maugenest ;
  • des chants destinés à composer un spectacle à thème : l’enfance, les voyages, Paris, les chansons engagées, etc.
  • très rarement, des adaptations d’œuvres savantes, par exemple Carmen.

L’équation est complexe :

  • d’une part, le répertoire composé spécifiquement pour des chorales de collèges est encore peu répandu, en dépit des efforts de la FNCS, et la plupart des chœurs de la musique savante exigent des compétences qui excèdent les possibilités des élèves : les professeurs doivent chaque année adapter, arranger, opérer des choix, voire inventer ;
  • d’autre part, et surtout, il s’agit d’entretenir le volontariat : le « menu » annuel de la chorale doit être savamment dosé de façon à attirer et à satisfaire les publics les plus variés possibles. Il est conseillé d’envisager le long terme, en alternant par exemple répertoire attractif une année puis plus inhabituel l’année suivante.

Quoi qu’il en soit, force est de constater qu’il serait hasardeux de trop s’écarter d’un répertoire accessible au plus grand nombre, donc avec des racines populaires avérées : nous ne sommes pas ici en présence de « maîtrises », avec des élèves triés sur le volet et bénéficiant d’un entraînement quotidien. Toutefois, l’on doit garder présente à l’esprit la ténuité de la frontière entre art populaire et produit commercial dont la valeur marchande est parfois inversement proportionnelle à la valeur artistique.

Pour pallier cet écueil, à cette orientation résolument populaire des répertoires vient répondre un degré d’exigence artistique qui se réfère aux pratiques des musiques « savantes » : justesse polyphonique et précision rythmique, couleurs et contrastes de l’harmonie, soin apporté à la diction et au respect de la musicalité de la langue, recherche d’expressivité, toutes ces qualités musicales constituent bel et bien l’horizon artistique vers lequel les élèves sont orientés avec une persévérance que l’on espère nourricière pour leur personnalité, bien au-delà de l’expérience proprement musicale.

Envisagé sous cet angle transversal, le socle des compétences que renforce la pratique du chant choral mérite d’être interrogé : qu’apprennent donc les élèves choristes ?

Document joint

A partir des témoignages en provenance de la très grande majorité des collèges de l’académie, l’IA-IPR d’éducation musicale et chant choral Philippe Bazin a rédigé l’étude que vous trouverez dans ce document. Au-delà des chiffres, dont le recueil n’a jamais été aussi exhaustif, ce texte présente quelques éléments de réflexion sur ce qu’apporte la pratique du chant choral aux apprentissages des collégiens, en particulier dans le domaine des compétences sociales et civiques.

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Auteur

 Philippe BAZIN

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