Elaborer un emploi du temps à l'école maternelle publié le 22/12/2025

1- Prendre en compte les besoins physiques, physiologiques, de sécurité affective …

Voici quelques éléments de réponse, issus des préconisations institutionnelles :

« Nous avons besoin de nous aérer, de courir et de jouer dehors … »

La récréation est une coupure nécessaire. Pour être bénéfique, celle-ci dure 30 minutes, habillage/déshabillage inclus, en extérieur dès que possible, et partage la demi-journée de façon équitable (et non en fin de demi-journée).
Des craies de trottoir, des vélos/draisiennes, du matériel de transvasement ou d’observation sans danger peuvent être proposés. Puis, faire classe dehors est aussi l’occasion de sortir.

« Nous avons besoin d’aller aux toilettes au bon moment. »

Tous n’ont pas envie simultanément. Certains se retiennent du fait de la présence des autres. La gestion du grand groupe est difficile dans cet espace. Ce sont autant de raisons valables de proscrire les passages collectifs aux toilettes (une tolérance est possible à la rentrée en PS, le temps de repérer les lieux et de comprendre le fonctionnement).
Les passages aux toilettes sont donc organisés à la demande. L’ATSEM peut accompagner un petit groupe d’élèves. C’est un temps pour apprendre à être autonome (se déshabiller, se rhabiller, se laver les mains…).
C’est aussi plus facile de veiller à l’intimité de chacun.

« Les plus petits d’entre nous ont besoin de dormir l’après-midi. »

À trois ans, le corps et le cerveau se construisent encore ; le sommeil nocturne n’est pas toujours suffisant pour se ressourcer. L’école organise donc un temps de sieste pour les PS, positionné dès la fin du repas.
 La pénombre est recommandée (faciliter la surveillance et préserver le rythme naturel, sans le décaler).
 Le cycle de sommeil dure entre 1h30 et 2h, sans laisser dormir au-delà et empiéter sur la nuit.
 Un réveil échelonné est organisé pour ceux qui se réveillent avant l’heure de fin de sieste.
 Le besoin d’une récréation ne se pose que pour ceux qui n’ont pas ou très peu dormi.

Certains dormiront profondément toute l’année, d’autres dormiront de moins en moins. Il est important d’adapter la réponse au fil du temps. Dans tous les cas, les élèves doivent pouvoir bénéficier d’1h30 de classe a minima l’après-midi. Apprendre à se rhabiller fait partie des apprentissages.
Pour répondre à ces besoins (passage aux toilettes, surveillance de dortoir), les ATSEM de l’école s’orientent sur les classes de PS prioritairement.

« Quand nous grandissons, le sommeil de la nuit nous suffit ! »

Les élèves de MS et GS n’ont pas besoin de dormir ou de s’allonger pour un « temps calme » en début d’après-midi. La lecture d’une histoire, une écoute musicale ou la possibilité de peindre sont des activités de basse intensité pouvant être menées (domaine inscrit à l’EDT).

 Le regroupement de tous n’est pas la seule possibilité. Chacun peut avoir besoin de s’isoler à ce moment.
 Ceux, à la marge, pour lesquels les conditions familiales empêchent un sommeil nocturne réparateur doivent pouvoir trouver une réponse à leurs besoins : il est possible de leur proposer une place au dortoir (en accord avec la famille et l’enfant).

« A notre arrivée, nous avons besoin de nous sentir accueillis mais pas que… »

L’accueil de chaque élève, d’un regard, de quelques mots et d’une attention particulière, demeure l’objectif premier de l’enseignant. Ce n’est pas un temps dédié aux parents ou à l’ATSEM, sauf urgence.

Mais, l’intégralité de la première plage-horaire de la matinée, soit 20/25 min au maximum, ne peut pas être consacrée à cet accueil et aux jeux libres, sous peine d’ennui ou d’agitation. Dès que possible, l’enseignant se positionne dans un espace de jeux, dans la bibliothèque de la classe, devant le chevalet ou à un ilot de tables … Il joue, il fait parler les élèves, il lit un livre ou il écrit sous la dictée … Il se donne une intention pédagogique, relevant d’un domaine du programme (inscrit à l’EDT).

Il arrive parfois que le contexte local empêche une application à la lettre des préconisations (toilettes dans un autre bâti, horaires du bus scolaire, heure de coucher non géré par le personnel communal …). Pour autant, cela ne doit pas empêcher toute recherche d’une solution qui, à défaut d’être idéale, répond aux besoins au mieux.

2 - Prendre en compte les besoins d’apprendre

« Jouer, explorer, découvrir, parler, apprendre … Nous en avons besoin. A l’école, c’est notre métier ! »

Chaque moment de la journée d’école est consacré au programme en vigueur, au travers de situations qui permettent d’apprendre en jouant, en réfléchissant, en résolvant des problèmes concrets, en s’exerçant, en se remémorant et en mémorisant.

La récréation, la pause méridienne et la sieste en PS sont les seuls moments inscrits ainsi à l’EDT et qui n’en relèvent pas.

✓ Grâce à une organisation du temps pour mieux apprendre

Limiter la durée des plages-horaires

A l’école maternelle, un enfant ne peut pas rester assis et attentif plus de quelques minutes (avant 3 ans : 3-10 min, à 3 ans : 10-15 min, de 3 à 6 ans : 15-30 min. Ce sont des moyennes très variables, selon l’individu, son âge, le contexte, le moment de la journée, son vécu …).
Limiter la durée des plages est donc important : un regroupement collectif efficace ne dépasse pas 15 min et un temps de travail en plus petits groupes 30 min (voire moins chez les plus petits). Il arrive que des séances nécessitent une plage plus longue et il est important de laisser le temps nécessaire (ex : situation-recherche en arts, venue d’un scientifique dans la classe …) mais généraliser ce fonctionnement est contreproductif (démotivation, ennui, fatigue, agitation …).

Proposer une alternance dynamique des temps

Pour éviter que les élèves ne se fatiguent, ne s’ennuient ou ne s’agitent, il est important d’alterner des plages de courtes durées (5 à 15 min) et des plages plus conséquentes (30 min). Cette alternance se lit sur l’EDT. Pour les mêmes raisons, les activités nécessitant une importante charge cognitive (découverte de nouvelles notions, mémorisation, échanges collectifs…) ne peuvent pas s’enchainer. Il est important de les alterner avec des activités moins couteuses cognitivement (jeu, entrainement quotidien, rebrassage …). Le cahier-journal relate ces différents choix.

Assurer les transitions

Plus les enfants sont petits, plus ils ont besoin de temps pour assimiler. Cela leur demande une maturation physique et cognitive qu’ils construisent progressivement à cet âge. Donc prendre le temps d’assurer les transitions et de les marquer de façon explicite et intentionnelle aide les élèves à mieux s’engager.

Prévoir de nombreux temps de réactivation pour assurer une mémorisation à long terme

La recherche démontre que, sans répétition, nous oublions entre 50 et 80% de ce que nous découvrons au bout d’une journée (Travaux sur la courbe de l’oubli). Les premiers apprentissages s’estompent vite !
Comme Mme Viviane Bouysse l’explicite (lien), la prise en compte de cette dimension temporelle des apprentissages est incontournable : « Ce sont des boucles dans le temps qu’il faut construire et organiser […] les taches d’apprentissage demandent un temps considérable. »

Ainsi, de nombreux temps de réactivation sont nécessaires, sur la même demi-journée, entre le matin et l’après-midi, sur l’ensemble de la semaine. Plus ils sont nombreux et fréquents au début des apprentissages, meilleure sera la mémorisation. Les reprises pourront ensuite s’espacer dans le temps.

✓ Grâce à des pratiques d’enseignement spécifiques

Choisir la modalité de regroupement en réponse à l’apprentissage visé (et non l’inverse)

La façon de regrouper les élèves est un choix pour les aider à mieux apprendre. Selon les cas, le petit groupe est la modalité la plus adaptée. Mais, le demi-groupe voire la classe entière peuvent aussi être envisagés :

En classe entière

Tous les élèves se répartissent à des pôles différents : la consigne est la même pour tous, seul le matériel varie. L’enseignant gère un groupe identifié comme en difficulté. Ce temps pourra être répété mais le nombre de répétitions et le niveau de difficulté dépendront de la progression de chacun (et non du nombre de groupes de la classe).

En demi-groupes

Un demi-groupe mène une séance dirigée avec l’enseignant. L’autre moitié travaille seule sur une autre tâche (relevant d’un entrainement par exemple). Selon les besoins, une rotation pourra être effectuée.

En petits groupes

Parce que l’apprentissage visé ne peut être acquis que par un travail en petits groupes, la classe est répartie ainsi. Le nombre de rotation sera égal au nombre de groupes concernés. Ceux « en autonomie » s’affairent sur une autre tâche.

Toute la classe n’a pas systématiquement vocation à travailler tout le temps la même chose ! (cibler : élèves prioritaires et/ou groupes de différenciation).

Fonctionner uniquement en « groupes de couleur », c’est-à-dire tournants et figés à l’année, se révèle être un frein  :
 Faire tourner toute la classe sur l’ensemble des activités prévues demande du temps. Le rapport, apprentissage réel des élèves/temps dédié, est parfois trop faible.
 Ce système oblige à réfléchir à l’occupation des élèves « en autonomie » et à choisir des activités occupationnelles, qui parfois se surajoutent aux attendus du programme.
Sans compter que des élèves d’un même groupe n’ont pas les mêmes besoins sur l’ensemble de l’année ou que des élèves peuvent être absents, toutes ces raisons nous engagent vers d’autres pratiques !

Envisager plusieurs modalités pour prévoir les temps de réactivation
Pour que les élèves en bénéficient le plus possible sur la journée/semaine, l’enseignant varie entre :

 Organiser des plages spécifiques, fréquentes, plutôt de courtes durées, prévues à l’EDT.
« Si toutes les situations d’enseignement permettent l’acquisition du vocabulaire, des séances quotidiennes doivent être adaptées à l’atteinte d’un objectif précis. » (B.O. 2024)

 S’appuyer sur l’interdisciplinarité (2 domaines, ou plus, s’entrecroisent). Ex : « Le professeur veille tous les jours à écrire sous les yeux de ses élèves, verbaliser les tracés qu’il effectue et accompagner verbalement les tracés des élèves. » (B.O. 2024) => En EPS, écrire la liste du matériel en dictée à l’adulte, en arts plastiques, légender sa réalisation en essai d’écriture …

 À tout moment, déployer des gestes professionnels spécifiques (expliciter, étayer, proposer un feedback …) Ex : « Il veillera à ce que les élèves acquièrent, dans tous les temps de conversation, une bonne élocution. » (B.O. 2024)

Ces modalités démultiplient les temps de rebrassage nécessaires aux élèves.
Il est aussi envisageable de proposer une plage d’ateliers autonomes, en appui sur des situations de manipulation (souvent proposées sur des plateaux/barquettes en libre accès, avec un plan de travail personnalisé).

L’emploi du temps, un outil indispensable

Comment parvenir à un document abouti ? Voici quelques éléments identifiant les rubriques-clés.

Les durées
La journée
Toutes les plages-horaires de la journée apparaissent, sans temps invisibles.
La semaine
C’est l’amplitude la plus appropriée.
Une seule journée-type ne peut pas prendre en compte l’ensemble des choix évoqués ci-dessus.
La période
Sur une année, les élèves changent, leurs besoins évoluent. Des projets spécifiques peuvent nécessiter d’accentuer un domaine sur un autre temporairement ; une contrebalance est ensuite nécessaire. Pour ces raisons, l’enseignant régule l’EDT de façon périodique.

La lecture du programme
L’EDT organise la mise en œuvre du programme en vigueur : l’enseignant veille à balayer l’ensemble des domaines, sans en omettre. Donc, chaque domaine, et parfois sous-domaine, y figure. Ils sont à répartir de façon équilibrée, sur des plages-horaires spécifiquement dédiées et ce pour tous les niveaux de la classe.
Les objectifs, les modalités de regroupement ou les activités n’en relèvent pas (=> cahier-journal).

Les niveaux de classe
Tous les niveaux sont représentés et apparaissent de façon différenciée. Même si certaines plages peuvent être communes, c’est un gage de la bonne prise en compte des besoins différents.

Employer les séances dédiées à l’EPS, aux arts ou aux sciences comme contexte pour apprendre à parler.
Le quotidien de la classe, plus que certains projets, offre un contexte formidable pour apprendre à parler. Par exemple, prévoir des temps courts, jouxtant/encadrant la séance vécue, permet de nombreux temps de langage (oral et/ou écrit).

Des temps de réactivation
Comme évoqué ci-dessus, des plages, souvent de courtes durées, sont à prévoir sur la journée. Elles sont employées pour rebrasser les apprentissages en cours et aider les élèves à mieux mémoriser.

Enfin, un EDT n’est pas un document confidentiel.
Il est affiché en classe, a minima, mais aussi accessible à toutes personnes concernées (enseignants remplaçants, ATSEM, AESH, directeur de l’école au service du pilotage pédagogique, circonscription pour les besoins de formation, familles et mêmes élèves dans une version simplifiée).

Il n’existe pas d’EDT « modèle », transférable à n’importe quelle classe qui partage le même niveau. S’il témoigne de la mise en œuvre des programmes de façon générale, il livre aussi un reflet particulier des pratiques d’un enseignant au regard des besoins de sa classe à une période donnée (donc, en ce sens, impossible à copier).

Un recueil d’emplois du temps, consultables vous est néanmoins proposé pour une découverte curieuse et surtout pour accompagner la constitution de votre propre document. Lien

Issu de la Lettre Maternelle Octobre 2025 DSDEN de l’Essonne Mission Maternelle

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