Enfants influenceurs, droit à l’image et exposition de soi publié le 25/02/2026
Une séance EMI à partir de Les enfants sont rois de Delphine de Vigan
Contexte et objectif de la séance
Dans le cadre d’une collaboration en seconde entre une enseignante de lettres et une professeure documentaliste, nous avons souhaité aborder la question des enfants influenceurs, phénomène ayant débuté aux USA vers les années 2006 et qui ne cesse de grandir dans de nombreux pays.
Cette séance s’inscrit dans la continuité de la lecture du roman Les enfants sont rois de Delphine de Vigan, étudié en classe de français. Le récit met en scène une famille dont la vie quotidienne est exposée sur les réseaux sociaux à travers une chaîne suivie par des milliers d’abonnés, jusqu’à ce qu’un événement dramatique révèle les dérives de cette surexposition. Le roman interroge la mise en scène de l’enfance, la recherche de visibilité, le regard du public et les conséquences de la marchandisation de l’intime.
Cette entrée par la fiction permet aux élèves d’aborder avec distance des problématiques très actuelles : droit à l’image, consentement, responsabilité des adultes, et impact de l’exposition numérique sur la construction de l’identité.
Plus-value du numérique dans cette séance
Il s’agit d’aider les élèves à prendre conscience des risques de dérive liés à l’usage du numérique, notamment sur la question du droit à l’image et à la vie privée ainsi que les difficultés d’appliquer la loi sur le droit à l’oubli.
Le numérique comme outil d’apprentissage :
Dans cette séance, le numérique agit comme facilitateur pédagogique. Le recours à des ressources audiovisuelles en ligne (documentaire, bande-annonce, contenus YouTube) favorise l’identification des élèves, suscite l’émotion et renforce ainsi leur engagement dans la réflexion.
Le visionnage collectif constitue un point d’appui commun : tous les élèves partagent la même situation de départ, ce qui permet une analyse collective de cas concrets plutôt que théoriques. Les supports numériques jouent ici un rôle de déclencheurs d’échanges, rendant plus aisée la prise de parole et l’expression d’expériences personnelles.
Le numérique comme objet d’apprentissage :
Le numérique ne constitue pas seulement un support : il est au cœur des contenus étudiés. Les élèves travaillent sur un phénomène né des environnements numériques : l’exposition de soi, la recherche de visibilité et les logiques de célébrité construites par les plateformes.
La séance permet de développer des compétences info-documentaires et citoyennes : décrypter une situation médiatique, comprendre le cadre légal applicable aux contenus en ligne, distinguer sphère privée et sphère publique, interroger la notion de consentement, et mesurer les conséquences à long terme de la publication d’images.
Les élèves prennent conscience des mécanismes propres aux espaces numériques : circulation rapide des contenus, persistance des traces, perte de contrôle de l’image. Le travail dépasse donc l’analyse technique pour s’inscrire pleinement dans l’éducation aux médias, la formation du jugement et la construction d’une posture responsable en ligne.
Modalités de mise en œuvre
- Niveau éducatif : deux classes de seconde générale
- Durée : 2 heures
- Ressources numériques utilisées :
- enfants influenceurs : adoption de la proposition de loi
- enfants influenceurs : une vie sur les réseaux, documentaire d’Anne-Marie Avouac https://www.youtube.com/watch?v=GuF...
- Bande annonce du film Truman Show https://www.youtube.com/watch?v=wbC...
- Applications numériques utilisées :
- Pré-requis :
- Lecture individuelle du roman
- S’informer sur la législation encadrant les enfants influenceurs
Déroulement de la séance
- Accompagnés de leur professeure de français, avec laquelle les élèves de seconde ont lu le roman, nous avons commencé la séance par un visionnage d’extraits choisis du documentaire d’Anne-Marie Avouac grâce au grand écran installé au CDI.
- Réaction des élèves à l’issue de la projection des extraits : ils nous ont fait part des moqueries qu’ils avaient subies à la sortie du tube de Pink Lily Pop it Mania. Leur génération des années 2010 a été montrée du doigt à cause de cette simple chanson et l’influenceuse a reçu de nombreuses critiques.
Nous avons donc réalisé une "thérapie de groupe" qui n’était pas prévue !
- Puis, j’ai distribué des extraits de textes de loi relatifs au travail des enfants influenceurs que les élèves ont lu à haute voix.
- Ensuite, 12 élèves ont chacun pioché une question qu’ils ont lue à haute voix à leurs camarades qui tentaient d’y répondre en s’aidant des articles de loi préalablement abordés.
- Pour terminer, nous avons projeté une courte vidéo intitulée Message d’Ella sur l’absence du consentement des enfants quant à l’usage que leurs parents font de l’image de ces derniers.
Compétences travaillées
- Compétences disciplinaires :
- Savoir argumenter, débattre
- Savoir préserver ses données personnelles
- Compétences du CRCN mises en œuvre par les élèves :
-
- Interagir
- Partager et publier
- Collaborer
- S’insérer dans le monde numérique
- Protection et sécurité
- Sécuriser l’environnement numérique
- Protéger les données personnelles et la vie privée
- Évoluer dans un environnement numérique
-
- Compétences du CRCN-Edu mises en œuvre par l’enseignant :
-
- Adopter une posture ouverte, critique et réflexive
-
Bilan critique de la séance
L’échange avec les élèves fut très constructif et enrichissant.
Nous avons tous pris conscience des dangers liés à l’exposition des enfants sur les réseaux sociaux et de la législation, même si celle-ci évolue. En effet, le 06 février 2025, une nouvelle proposition de loi visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants est venue compléter la précédente, datée du 19 octobre 2020.
Petite parenthèse “salon littéraire” : Cette réflexion sur l’exposition numérique trouve un écho dans l’actualité éditoriale. Delphine de Vigan vient de publier en janvier 2026 son nouveau roman Je suis Romane Monnier (Gallimard, 15 janvier 2026), qui explore la place des traces numériques dans nos vies personnelles.
Dans ce récit, l’intrigue démarre lorsqu’un homme se retrouve en possession du smartphone d’une inconnue, Romane Monnier, et découvre peu à peu les messages, photos et contenus qui composent son identité numérique, questionnant ainsi ce que nos appareils racontent de nous : une mémoire numérique et la frontière entre vie intime et données accessibles.

