« Musiques en jeux » - Projet Cité Educative publié le 04/05/2026
Depuis 2022, le quartier des Couronneries, à Poitiers, bénéficie du label « Cité éducative » attribué par l’État. Ce dispositif vise à renforcer l’accompagnement éducatif dans les quartiers prioritaires, en mobilisant à la fois les enfants, leurs familles et l’ensemble des acteurs éducatifs. L’ambition est claire : créer un environnement propice aux apprentissages et à l’épanouissement, en multipliant les initiatives adaptées aux besoins du territoire. Dans cette dynamique, l’année 2023 a vu émerger plusieurs actions concrètes. Parmi elles, « Frotte quenotte », un rituel quotidien de brossage des dents en maternelle, encadré par les équipes périscolaires et les ATSEM ; l’« Opération Coup de pouce », qui propose aux élèves de CP et CE1 un accompagnement en lecture, écriture et mathématiques ; ou encore la mise en place d’une webradio avec le collège Jules Verne. À cela s’ajoute un dispositif de mentorat assuré par des lycéens, venus soutenir les plus jeunes dans leur travail scolaire. Autant d’initiatives qui traduisent une volonté de soutenir les apprentissages tout en diversifiant les formes d’accompagnement.
C’est dans ce contexte que le TAP – Scène nationale de Poitiers a choisi de s’engager cette saison dans un projet d’éducation artistique et culturelle (EAC). Depuis octobre 2025, avec le concours de l’OCNA (Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine), une classe de CM2 de l’école élémentaire Alphonse Daudet participe au projet « Musiques en jeux », qui se déploiera jusqu’en juin 2026. Au cœur de ce projet : une approche sensible et active de la musique. Il ne s’agit pas seulement d’écouter, mais bien de pratiquer, d’expérimenter, de ressentir. Les élèves sont ainsi invités à explorer différents univers sonores à travers des temps de rencontre et de création, aux côtés de leur enseignant, d’artistes et des équipes du TAP. Cette immersion progressive leur permet à la fois de découvrir le champ musical et de s’y inscrire, en valorisant leurs propres références culturelles. La pratique collective, quant à elle, développe l’écoute, la concentration et le sens du groupe, tout en encourageant la créativité. Le projet ne s’arrête pas aux portes de la classe. Il s’ouvre également aux familles et aux habitants du quartier, avec des propositions ponctuelles qui favorisent leur implication. Une rencontre accompagnée d’un atelier de chant avec une chanteuse lyrique a ainsi été organisée en janvier, tandis qu’une sortie au TAP Cinéma a réuni petits et grands en février. Ces temps partagés participent à ancrer le projet dans la vie du quartier et à créer des passerelles entre les différents publics. Implantée au cœur des Couronneries, au nord de Poitiers, à proximité de Buxerolles, l’école élémentaire Alphonse Daudet accueille près de 200 élèves, répartis en une dizaine de classes. La majorité d’entre eux évolue dans un contexte social modeste, ce qui renforce l’importance de dispositifs comme celui-ci, qui offrent un accès élargi à la culture.
Depuis le mois de décembre, les 23 élèves de la classe de CM2 suivent ainsi un parcours d’éducation artistique et musicale construit sur la durée. Encadrés par leur enseignant, les intervenants du TAP et de l’OCNA, ainsi que le service d’action culturelle du TAP, ils ont d’abord été initiés à la musique classique : découverte des familles d’instruments, immersion lors d’une répétition de l’orchestre, visite de la scène nationale… Une entrée en matière qui a permis de poser les bases du travail mené ensuite en classe avec Clément Berny, tout au long du premier semestre 2026.
Nous avons eu l’occasion d’assister à l’un de ces ateliers, le jeudi 23 avril, le septième depuis le lancement du projet.
La séance s’ouvre sur un temps d’échauffement ludique : le jeu du « I-A-O ». Le jeu du “Hi Ha Ho” est un jeu de rythme collectif : les participants se passent une impulsion en disant “Hi”, “Ha” ou “Ho” avec des gestes précis, en gardant un tempo. L’exercice, en apparence simple, demande en réalité une attention constante : chacun doit rester connecté au groupe pour ne pas briser le rythme. Une manière efficace et dynamique d’entrer dans l’atelier. Vient ensuite un travail rythmique et corporel sur « Dans l’antre du roi de la montagne », extrait de Peer Gynt d’Edvard Grieg. À travers des percussions corporelles, les élèves construisent progressivement une séquence musicale dont la difficulté réside dans l’accélération du tempo. L’exercice se complexifie encore lorsqu’ils se répartissent en deux groupes, fonctionnant en écho, dans un jeu de questions-réponses. La précision et l’aisance dont ils font preuve témoignent d’un travail régulier et approfondi. Le troisième temps de l’atelier fait la part belle au chant et au mouvement. Les élèves reprennent « Kokoleoko », une chanson ghanéenne, accompagnée d’un enchaînement rythmique. Puis ils découvrent « Shosholoza », un chant traditionnel d’Afrique du Sud. Au-delà de l’apprentissage musical, un temps d’échange est consacré à la compréhension du contexte de cette chanson, liée à l’histoire des mineurs et aux chants de travail. Une vidéo leur permet également de découvrir la gumboots dance, ouvrant la voie à une possible appropriation corporelle lors des prochaines séances. La matinée se conclut par un temps de création en autonomie. Répartis en petits groupes, les élèves utilisent l’application BandLab sur tablette pour composer de courtes séquences sonores. Ils expérimentent, assemblent, testent différentes combinaisons. Ce travail amorce une démarche de création personnelle, qui sera approfondie dans les semaines à venir.
Le projet se poursuivra jusqu’à la fin de l’année scolaire, avec deux temps forts à venir : la venue des élèves, le 5 juin, au spectacle Toucher de Clément Lebrun, proposé dans le cadre du temps fort « D’une Oreille à l’Autre », consacré aux musiques contemporaines ; puis une restitution des travaux menés en classe, présentée aux familles à l’école Alphonse Daudet, à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet.
Ce projet est le fruit d’un partenariat étroit entre plusieurs institutions : la Ville de Poitiers, la préfecture de la Vienne, le rectorat de l’Académie de Poitiers, le TAP – Scène nationale de Poitiers et l’OCNA. Tous contribuent, chacun à leur manière, à sa mise en œuvre. Un remerciement particulier à Clément Berny pour la qualité de son intervention et son engagement auprès des élèves. L’implication de l’équipe pédagogique de l’école, et notamment de Virgile Burnel, enseignant de la classe de CM2, mérite également d’être soulignée pour son accueil et son investissement. Enfin, il faut saluer le sérieux et l’enthousiasme des élèves. Leur implication, leur capacité d’écoute et leur envie d’apprendre donnent pleinement sens à ce projet, dont ils sont les premiers acteurs.

