Rapport du collectif OPSN autour de l'EMI et de l'esprit critique publié le 15/10/2025

Ce rapport a été produit dans le cadre d’une résidence scientifique de cinq jours organisée en Ariège, dans le village d’Auzat, au mois de septembre 2023, par l’Observatoire des Pratiques Socio-Numériques (OPSN)financé et porté par l’Université Toulouse III - Paul Sabatier et le laboratoire LERASS,en partenariat avec des chercheurs de l’Université catholique de Louvain (Belgique)et de l’Université de Neuchâtel (Suisse)
Cet observatoire porté par la plateforme technologique et d’expertise de l’Université de Toulouse (OPSN) a pour ambition de réunir des collectifs de chercheurseuropéens pour des sessions de recherche en temps réel sur des sujets à fort enjeu sociétal et dans des territoires où la recherche est peu ou pas présente.

Analyse du rapport du collectif OPSN (observatoire des pratiques sociaux-numériques) auquel est associée Julia Bihl , Maître de conférences invitée UCLouvain Chercheuse associée Chaire EAMDH TELUQ : "Conceptions de l’esprit critique dans le domaine éducatif : les limites d’un remède à la désinformation »".
Il invite à déplacer la focale : moins traquer "l’infox” que comprendre comment, pourquoi et pour qui un récit devient visible et à réinscrire l’EMI dans les sciences humaines et sociales.

Les points questionnés :
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  • Le triptyque “fake news / biais cognitifs / approche déficitaire des publics ” : réduire l’esprit critique à la détection d’erreurs et à l’hygiène cognitive installe une pédagogie curative et asymétrique (détenteurs du vrai vs élèves “déficitaires”). Elle invisibilise les apports des SHS (contextes, rapports de pouvoir, représentations) et les conditions techniques, algorithmiques et économiques de visibilité des contenus.
  • Un angle mort persistant : les pratiques numériques réelles des élèves restent trop peu prises en compte (dans le corpus CLEMI, 63 % des ressources, 90/142, n’y font pas référence).

Les Propositions du collectif de chercheurs et chercheuses associées :

  • Articuler science et société : enseigner la science en train de se faire (incertitudes, controverses, contextes d’énonciation), plutôt que des vérités closes.
  • Reconnaître des publics acteurs : partir des usages effectifs, des savoirs situés et de la pluralité des interprétations ; réduire l’asymétrie “experts/apprenants”.
  • Déplacer l’évaluation : au-delà du tri des sources, qualifier les récits (textualisation, formats, visibilités algorithmiques, enjeux de pouvoir) et mettre en débat.

Julia Bihl dans sa conférence de Pau – avril 2025) : a proposé :

  • Des productions multimodales évaluées sur l’évidentialité (preuves/sources), la pertinence énonciative (publics/usages) et un paratexte réflexif explicitant les choix.
  • Une grille d’évaluation croisant compétences épistémiques (vérifier/enquêter) et critiques-culturelles (représentations, rapports de pouvoir, effets de plateforme).
  • Des pistes opérationnelles : analyse de controverses, récits alternatifs étayés par des données invisibilisées, charte de publication éthique, décryptage des logiques de visibilité.

Pour citer le rapport : Collectif OPSN 2023 (2025), "Conceptions de l’esprit critique dans
le domaine éducatif : les limites d’un « remède à la désinformation »", disponible en ligne
sur : https://www.lerass.com/opsn/