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article Stage "Les normes médicales et les représentations de l’humain" (24 janvier 2013)     -    publié le 28/03/2013

Programme bâti par Brigitte ESTEVE-BELLEBEAU (IA-IPR de Philosophie) et Benoît PAIN

• Projet

Nous voudrions esquisser pour l’heure, une réflexion qui devrait se poursuivre sur plusieurs années, une réflexion sur les représentations de l’humain à partir des normes médicales, et chemin faisant, montrer comment l’évolution de ces normes induit des changements aux conséquences importantes dans le cadre même de l’école.
On pensera en particulier à l’impact de l’idée d’homme normal, à ses maladies, ses phobies (scolaires entre autres) ses tocs et plus globalement ses peurs. On pensera également à la possible modification des regards grâce à une meilleure prise en charge thérapeutique de certaines pathologies, et ainsi à l’intégration de personnes malades, (chroniques) dans le cadre scolaire. Il s’agira de mettre les échanges qui vont s’élaborer entre chercheurs, cliniciens et personnels de l’éducation nationale en regard d’un projet plus fondamental – un projet qui a été jusque là un parent assez pauvre – celui d’une éducation à la santé. (Il nous faudra sans aucun doute chercher à savoir si le terme de santé est le plus pertinent où s’il convient, en accompagnant l’histoire de ce concept, d’en décliner l’usage au profit d’un autre terme.)
Pour ce faire, il faudra surmonter un premier paradoxe : commencer par ne pas s’occuper de l’école ! ce premier temps de stage tournera en effet résolument le dos à l’école, comme pour mieux y revenir, et en se rappelant que le détour est le chemin pour accéder au réel, chemin qu’emprunte justement tout élève.


• Le matin

Partir de l’idée de l’impossible auquel est confrontée la médecine aujourd’hui entre l’exigence de prise en compte de la singularité du patient et l’autre diktat : celui de l’EBM et du caractère normé des profils pris en compte. Vieille question en philosophie que celle de la synthèse entre universel et singulier.
Comment concrètement faire face à ce dilemme entre neurologie et psychiatrie ? Peut-on imaginer un dialogue entre disciplines ou non ? et pourquoi ? Tel est le premier temps de la réflexion qui sera menée cette année. Quelles représentations de l’humain sont livrées par chacune de ces disciplines médicales ? Et enfin quels éléments d’analyse la philosophie peut-elle en extraire ?


Dr. Frédéric SALES, psychiatre, praticien hospitalise au CH de Libourne : Trois métiers impossibles : gouverner, soigner, éduquer

Il semblerait qu’il y ait trois métiers impossibles : gouverner, soigner, éduquer. C’est sur la base de cet impossible qu’il est annoncé le pari osé d’un horizon dialectique pour deux d’entre eux. Cet impossible, pour la médecine, doit être traité avec son temps. Le médecin lettré a laissé la place au médecin technicien autorisé et encouragé par les progrès de la science et pour le bien de l’humanité. Or la science a son objet. C’est connu, l’objet de la science. Et elle évacue le sujet qu’elle dessine en creux. Ce qui intéresse la psychanalyse. Qui différencie radicalement l’organisme et le corps. L’organisme comme chair vivante. Le corps comme effet de langage. La croyance que l’Education Nationale ou la Santé est Une, homogène et parlant d’une seule voix n’amène pas d’horizon de dialogue possible. Mais elles peuvent être porteuses d’un discours. Et ceux qui y travaillent peuvent y prendre position, opinion et s’éclairer des champs connexes, traversés par les mêmes courants sociaux. Il ne s’agit pas tant, comme praticien, de porter une idéologie mais d’être orienté par sa pratique. En ce sens, tout protocole, toute classification, pour utile qu’ils soient à l’opérateur, devraient être confrontés à la praxis. En permanence. Ce n’est pas le cas. Nous en examinerons quelques effets dans le champ de la jonction psychiatrie-somatique dans un service de psychiatrie de liaison et d’urgence qui a à faire avec le champ somatique, social, éducatif et judiciaire. Nous nous appuierons sur des cas cliniques pour constater les effets de la position des soignants sur l’organisme, sur le corps, sur la personne et sur le sujet. C’est à partir d’une clinique au ras des pâquerettes, la plus précieuse, celle-là même qui se recueille au lit de la parole des patients qui disent, qui témoignent, que nous nous permettrons, avec cet éclairage et avec une certaine prudence, un questionnement des réponses établies, notamment celle du DSM, ou de nos constructions personnelles, toujours en jeu. Il s’agit fondamentalement de tenter d’articuler des questions. Sans doute bien plus pour border cet impossible que pour le boucher d’une réponse toute hâtive et faussement anxiolytique. Et d’une manière qui ne soit pas Une, la médecine, la psychiatrie ne l’étant pas plus que l’Education Nationale. Border cet impossible exige une inventivité, fusse-t-elle protocolaire. En cela, les deux champs peuvent être amenés à dialoguer. Le débat sera trop court. Le pari est donc osé mais passionnant, le traitement de l’impossible débutant bien avant sept ans et ne s’achevant qu’après 77 ans, qu’avec la vie en fait. Chacun y va de sa construction. Toutes ne se valent pas. Mais elles se confrontent toutes à un Réel.
un document Trois métiers impossibles : gouverner, soigner, éduquer (PDF de 369.2 ko)

Dr. Frédéric SALES - Psychiatre, praticien hospitalier au CH de Libourne.
Chef de service de CAPLib (intersecteur de psychiatrie de liaison et d’urgence).


Dr. Foucaud de BOISGUEHENEUC, neurologue, praticien hospitalier au CHU de Poitiers La représentation du corps en neurologie

Mots-clés : schéma corporel et représentation de soi, représentation du corps propre et neuro-physiologie du schéma corporel
un document La représentation du corps en neurologie (PDF de 438.2 ko)

Dr. Foucaud du BOISGUÉHENEUC - Neurologue, praticien hospitalier et directeur de l’unité de neuropsychologie du CHU de Poitiers.
Codirecteur du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche (CM2R) de l’Université de Poitiers.


Maël LEMOINE, maître de conférences des universités en philosophie à l’UFR de Médecine de l’Université François Rabelais de Tours : Normal et pathologique en psychiatrie : les définitions philosophique et scientifique de la maladie

Plan de la conférence :
  • Canguilhem : la notion de « normativité ».
  • La question des normes du comportement (la querelle de l’antipsychiatrie).
  • Le débat de l’analyse conceptuelle des concepts de santé et de maladie.
  • Maladie et santé dans le néonaturalisme contemporain.
Mots-clés : Normativité, antipsychiatrie, analyse conceptuelle, naturalisme et normativisme.
un document Normal et pathologique en psychiatrie (PDF de 320.2 ko)

Maël LEMOINE - Maître de conférences en Philosophie à l’UFR Médecine de l’Université de Tours.


• L’après-midi

L’après midi sera consacré à la prise en charge des questions relatives à l’autonomie de la personne atteinte de maladies chroniques de type Alzheimer, Parkinson.
C’est en effet, dans la perspective d’un cours sur matière et esprit, qu’un tel questionnement peut- être abordé en philosophie. Mais c’est dans la mesure, où nul ne peut a priori s’excepter d’une telle confrontation que les façons d’appréhender des situations nouvelles afférentes à ces pathologies seront abordées.
Les questions du regard sur autrui, des aménagements de vie, des accompagnements susceptibles de rendre à la personne malade une autonomie sont d’autant plus cruciales et nécessaires à penser qu’elles rendront possible la non confusion entre indépendance et autonomie. Si en effet, tout homme est né et restera dépendant des autres dans sa vie sociale comme professionnelle ou familiale, cela n’invalide en rien et pour lui le fait d’accéder à une certaine autonomie. Pour présenter cette difficile question nous ferons appel à plusieurs intervenants :


Pr. Marc PACCALIN, interniste, professeur de gériatrie à l’UFR de Médecine-Pharmacie de l’Université de Poitiers, praticien hospitalise et chef de service au CHU de Poitiers : La définition de la maladie d’Alzheimer

Ces 30 dernières années, des progrès considérables ont été accomplis dans la connaissance et la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. Pourtant, cette affection reste difficile à penser. Quel est son rapport avec le vieillissement normal ? Est-ce une maladie ou un syndrome ? Une maladie ou un handicap ? Une maladie « neurologique » ou « psychiatrique » ? Il s’agit également d’examiner les dilemmes que rencontrent quotidiennement les professionnels et les familles. Faut-il dire aux personnes malades ce qui leur arrive et ce qui les attend ? Comment respecter leur autonomie, quand elle est fragilisée par la maladie ? etc. Ces réflexions éthiques conduisent à conceptualiser ce que c’est que la maladie d’Alzheimer.
un document La définition de la maladie d’Alzheimer (PDF de 465 ko)

Pr. Marc PACCALIN - Interniste, praticien hospitalier et chef de pôle (Gériatrie) au CHU de Poitiers.
Professeur agrégé de gériatrie à l’UFR Médecine et Pharmacie de Poitiers.


Dr. Véronique AVEROUS, médecin de soins palliatifs, praticien hospitalier au CHU Saint-André de Bordeaux : A propos des soins palliatifs

voir Robert William Higgins « L’invention du mourant. Violence de la mort pacifiée », in revue Esprit, janvier 2003, no 291, pp. 139-168
un document A propos des soins palliatifs (PDF de 429.1 ko)

Dr. Véronique AVEROUS - Médecin de soins palliatifs, praticien hospitalier au CHU de Bordeaux.


Benoît PAIN, professeur de philosophie attaché à l’UFR de Médecine-Pharmacie de l’Université de Poitiers : Normes et fin de vie : quel soin ultime ?

Le concept de « biopouvoir » demeure opérationnel pour penser le rapport de la médecine à la question de la mort : celle-ci s’inscrit dans un contexte nécessairement technologique, qui fait de la vie et de la mort non plus des faits naturels, mais des objets de décision médicale, rendant problématique la notion de thérapeutique.
Mots-clés : éthique, bonne mort, « Cure » et « Care », éthique, individuation, mort, responsabilité, sens, soins et spiritualité.
un document Normes et fin de vie : quel soin ultime ? (PDF de 621.8 ko)

Benoît PAIN Professeur de Philosophie - Associé à l’UFR Médecine et Pharmacie de l’Université de Poitiers.

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