Instructions générales pour l'enseignement de la philosophie publié le 12/12/2008  - mis à jour le 16/12/2008

La matière de l’enseignement

La matière de l’enseignement n’appellera que peu d’observation : à ce point de vue, les programmes sont assez explicites. Sur certains points cependant, quelques explications paraissent utiles.

La métaphysique

On remarquera d’abord que, dans le programme nouveau de la classe de philosophie, une place un peu plus étendue est faite à la métaphysique. La brièveté de l’ancien programme sur ce point semblait inviter le professeur à se contenter d’un minimum, bien qu’assurément il lui restât loisible de s’entendre sur des questions, qui, de leur nature, sont si amples. C’est avec intention, pourtant, qu’on a, cette fois, dans la rédaction même du nouveau plan d’études, visé à mieux faire sentir cette ampleur, en rapprochant des questions précédemment dispersées, ou en leur rendant leur véritable caractère. Il y a sans doute une forme de métaphysique surannée et peut-être verbale qui n’est pas à encourager, surtout auprès de jeunes esprits. Certains professeurs, envisageant sous cet aspect cette partie du cours, peuvent être naturellement tentés de ne lui accorder qu’un intérêt tout historique et rétrospectif. mais nous ne sommes plus au temps où une antithèse aiguë et radicale était établie entre la métaphysique et la science positive. Elles nous paraissent beaucoup plutôt s’être rapprochées. Le philosophe n’est plus étranger à la science ni défiant à son égard, et les savants, en raison même des progrès récents, ont acquis en général un sentiment plus net et plus vif de leur science, au moment où, sans avoir touché sa borne, elle est obligée de s’arrêter, suscite des questions que ni l’observation ni la démonstration rigoureuse ne peuvent résoudre, et qui pourtant s’imposent à l’esprit. La métaphysique peut donc, et doit par suite être abordée dans un esprit parfaitement harmonique sinon identique, à celui de la science.

Pas de cours distinct d’histoire de la philosophie

Les programmes nouveaux, d’autre part, n’ont pas cru devoir rétablir un cours distinct d’histoire de la philosophie. Les motifs qui en avaient amené la suppression subsistent. Ce n’est pas seulement le manque de temps, plus sensible aujourd’hui que jamais, mais c’est surtout que l’exposition des systèmes, forcément réduite à une excessive brièveté, perdrait par là toute valeur éducative. Sous la double influence déformante de cette inévitable superficialité et de l’inexpérience des jeunes gens, les plus hautes doctrines d’un Platon, d’un Malebranche, d’un Leibniz, risquaient d’apparaître sous un aspect inintelligible ou même caricatural. Quoi de plus fâcheux qu’une telle impression chez des jeunes gens qu’il est bon d’habituer au respect des grandes manifestations de la pensée ?

C’est dire en quel sens doit être compris l’article du programme à option ainsi libellé : "Tableau d’ensemble très sommaire indiquant la suite chronologique et les relations des doctrines et des écoles." Ce n’est à aucun degré une exposition des systèmes qui est visée par là. Il s’agit uniquement d’un travail de coordination historique et théorique des doctrines que le cours aura eu l’occasion de faire connaître, mais d’une façon nécessairement tout à fait dispersée. Quant à l’"Exposé historique d’un grand problème..., etc." il visera justement à faire, sur un point limité, ce qu’il serait impossible de faire sur l’ensemble de l’histoire de la pensée, et à initier ainsi, autant que l’enseignement élémentaire le permet, les jeunes gens à ce que peuvent être dans ce domaine la méthode et l’intérêt d’une étude historique.

C’est pourquoi aussi, dans le choix de semblables questions, le professeur soucieux de la portée éducative de son enseignement évitera de s’arrêter à des auteurs ou à des problèmes de second ordre. Il s’attachera au contraire à quelqu’un de ces grands noms qui dominent un siècle et tout un mouvement philosophique, ou à telles questions primordiales dont la solution décide de toute l’orientation de la pensée. Dans le choix enfin de toute matière à option, le professeur saura faire leur juste part et aux motifs tirés de l’intérêt intellectuel des élèves et à ceux qui dérivent de sa compétence propre sur un point déterminé. Car il est utile à la classe comme au maître que celui-ci puisse en quelque mesure donner satisfaction à ses préférences, et continuer à une se cultiver dans une certaine direction, en donnant par cela même aux élèves l’exemple d’une pensée personnelle et un peu approfondie.

D’ailleurs, il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer que, même dans cette étude particulière de problèmes plus restreints, le professeur ne devra jamais perdre de vue l’œuvre d’éducation et de culture générale qui lui incombe. Il faudra donc qu’il se défie d’une érudition qui aurait sa fin en elle-même, d’un vain luxe de noms propres, d’indications bibliographiques ou techniques, de discussions méthodologiques, qui ne pourraient que rebuter la grande majorité des élèves, sans grand profit pour le développement véritable de l’esprit.