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article Enseigner c’est ajuster     -    publié le 03/11/2015    mis à jour le 22/12/2015

Le numérique est une écriture, avec laquelle chacun doit se familiariser. C’est aussi potentiellement un "instrument culturel supérieur", dit Dominique Bucheton1.
Comment mettre à jour ses méthodes pour développer la pensée de l’élève et réussir le pari de la démocratisation de l’école ? Comment la formation peut-elle accompagner l’évolution des pratiques enseignantes ?

Une intéressante conférence s’est tenue le 13 octobre à Canopé 86 en introduction d’une journée de formation, visant à montrer et nommer les gestes effectués par l’enseignant(e) pour piloter la classe, créer une atmosphère, tisser les apprentissages entre eux, étayer, dans un ajustement permanent.

Conférence de Dominique Bucheton à Canopé Poitiers - 13 octobre 2015

Conférence sur "les gestes professionnels ajustés" prononcée à Canopé Poitiers le 13 octobre 2015 par Dominique Bucheton. Cette intervention ouvrait la première journée d’une formation de formateurs au numérique organisée par le DAN de l’académie de Poitiers.

Dominique Quéré a souhaité débuter une formation de formateurs par cette présentation, car il lui paraissait nécessaire de bien comprendre ce qui est en jeu dans la situation de l’agir enseignant avant d’étudier comment le numérique impacte le métier.

• Du contrôle au "lâcher prise"

Les composantes de l’agir enseignant ont été étudiées pendant des années par l’équipe pluridisciplinaire (psychologie sociale, sciences du langage, didactique, sciences de l’éducation) dirigée par Dominique Bucheton. 5 préoccupations sont enchâssées :

  • les objets de savoir et les techniques à connaître sont au centre de la plupart des situations d’enseignement ;
  • le pilotage permet de gérer la classe ;
  • le tissage est composé d’actes et de mots qui relient les notions et permettent de donner du sens à l’activité faite en classe. C’est un élément très présent dans l’enseignement technique, souvent insuffisant ailleurs ;
  • l’étayage permet d’aider à apprendre et d’encourager ;
  • la mise en place d’une atmosphère vise à créer un climat de confiance et de travail dans le groupe.

Les postures de l’enseignant(e) sont des combinaisons momentanées de gestes qui prennent appui sur ses représentations de la situation (le temps restant suffira-t-il, que sont capables de comprendre les élèves...). Elles peuvent varier en fonction des scénarios et des moments. L’expert(e) sait notamment provoquer des émotions stimulantes et contrôle ses frustrations, pour éviter le sur-étayage. Il ou elle circule sur un large panel de postures, parfois accompagnantes, parfois "tour de contrôle", parfois en "lâcher prise" (pour laisser de la place à la réflexion, à l’initiative et à l’auto régulation).

Un multi agenda de préoccupations

Schéma sur le geste professionnel enseignant

• Interactions professeurs-élèves

Le comportement de l’élève influence celui de l’enseignant(e), et vice-versa. Dans les deux cas ce sont des personnes, qui réagissent en fonction de leurs émotions, de leurs valeurs, de la représentation qu’elles se font d’elles-mêmes, etc. Il est logique que leurs relations soient émaillées de malentendus.

Les consignes ne sont jamais intégralement appliquées : dans le monde du travail comme dans celui de l’éducation chacun préfère s’approprier les procédures, utiliser un peu de sa liberté individuelle.

L’élève en réussite sait adopter différentes postures (ludiques-créatives, réflexives, scolaires...) selon ses besoins ou la situation, alors que l’élève en difficulté alterne le plus souvent entre des postures peu productives : celle qui consiste à se conformer aux consignes sans réellement s’engager, celle du refus et une posture "première" qui laisse libre cours à ses impulsions (ce qui lui évite l’ennui, mais ne lui permet pas de progresser).

De courtes vidéos ont été montrées pour illustrer des ambiances de travail différentes, avec le même groupe d’élèves, géré différemment.

Les enseignants apprennent petit à petit à éviter le désintérêt des élèves par la valorisation des réussites et des efforts, la composition judicieuse de groupes de travail, l’organisation du temps et de l’espace, mais aussi par le ton de leur voix, leur manière de regarder et d’écouter les élèves, etc.
Une vidéo filmée au cours d’un atelier dirigé en collège a été commentée à titre d’exemple (l’enseignant se rend disponible pour 5 à 10 élèves pendant 30 mn, pendant que les autres élèves travaillent en autonomie).

• Former c’est résister à ses tentations

Dominique Bucheton a également partagé ses observations concernant la formation continue des enseignants.

Le formateur ou la formatrice peut avoir la tentation de tout montrer, mais doit s’abstenir de faire "à la place" de l’enseignant(e) qui se forme. Chaque enseignant(e) sera en effet amené(e) à choisir les modèles qui lui correspondent, et à les adapter au contexte dans lequel il ou elle travaille.
Il s’agit de l’accompagner avec bienveillance. Mme Bucheton invite à soigner l’accueil des stagiaires, à pratiquer l’écoute active, à valoriser l’appartenance à une communauté, à faire émerger l’identification des problèmes qui se posent, à faire réfléchir, et à faire décrire des règles professionnelles transférables. Les modèles sont utiles mais ne doivent pas précéder le questionnement. Ils sont à considérer comme des ressources et non comme des situations à reproduire.

La présentation est consultable ci-dessous. Merci à Mme Bucheton d’avoir une fois de plus partagé ses travaux, sa réflexion et son expérience.

(1) didacticienne du français, professeure honoraire des universités, ancienne directrice du LIRDEF (laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique, éducation et formation)

- Document joint
un document L’agir enseignant (Powerpoint de 365.8 ko)

Dominique Bucheton, 13 octobre 2015

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