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article Oreilles tombantes, groin presque cylindrique : exemples de réceptions     -    publié le 23/12/2008

Réceptions de ce spectacle par des élèves d’option théâtre

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• Réception du spectacle par une élève de terminale en option de spécialité

Introduction

Cette pièce est un long monologue. Une actrice seule sur un plateau, une femme seule dans sa cuisine. Elle nous raconte des bribes de sa vie, mais parle aussi du temps présent. Les spectateurs sont pris à parti, ils sont le reflet de l’absurdité de cette femme, du solipsisme qu’elle crée au quotidien. Ce monologue dévoile une partie de sa folie, de la folie humaine.

Une vieille cuisine. Des objets posés sans cohérence. Des chaises suspendues, comme la télé. Tout est bancal dans cette scénographie signée Laurent Peduzzi, à l’image de cette femme et de sa vie. Une vieille cuisinière trône au centre. Pendent aussi, tels des cadavres, des vêtements, des robes, des costumes, comme une grande armoire aérienne, vestige d’une vie qui dépassa les murs de cette cuisine. Une meuble en bois rempli de bouteilles, signe de la manière dont cette femme fait face à sa solitude et à ses angoisses. Au sol, un plancher dont les planches sont disjointes. Une lumière va peu à peu sortir de ses fentes, telle une montée souterraine de violence. Dans ce décor, tout semble hostile à la vie humaine : des armes un peu partout, un fusil, de grands couteaux, et tous ces meubles qui ne tiennent pas sur eux-mêmes.

Relation au réel

Cette pièce peut s’interpréter de plusieurs manières. Elle revêt certains aspects naturalistes. C’est de ce coté naturaliste que naît tout le malaise. En apparence, c’est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal, une femme enfermée dans sa cuisine, d’où elle reçoit des appels téléphoniques, des visites. Ces passages où elle parle de ses amies qu’elle ne veut pas voir nous rappellent l’existence d’un réel extérieur au microcosme qu’elle s’est construit. On pourrait placer son univers dans un contexte réaliste : une maison isolée en campagne, une porcherie. Mais aussitôt on s’aperçoit que tout ne tourne pas rond. Cette jeune femme charmante, qui débarque sans crier gare dans une nuisette de starlette. Le décalage se met en place. On se demande d’où tombe cette femme qui parle sans cesse. Elle arrive et amène un monde avec elle, un monde où tous les gens sont dangereux : que ce soit ceux qui toutes les nuits viennent tuer ses cochons, ou encore ses amies dont elle ne se rappelle même plus le nom tant elle en a. Cependant ces ennemis, réels ou non, restent à l’extérieur. Elle vit seule dans son propre monde, celui où les autres ne lui veulent que du mal, à elle et à ses cochons.

Car son obsession porcine a remplacé tout autre horizon : elle renforce l’absence de repères dans sa vie, dans son monde. Ses cochons représentent l’unique passion qui l’anime et, peut-être aussi, ce qui la fait survivre. Dans cette pièce, nous n’avons aucun rapport ni au temps qui passe, ni au temps qu’il fait. Elle semble coupée du monde depuis longtemps et pourtant son corps si vivant semble justifier du contraire. C’est un personnage hors du temps, si ce n’est la nuit qui représente le paroxysme de la violence extérieure. Le femme tourne en rond dans cet espace, se répétant toujours. La parole semble être l’unique moyen d’échapper aux angoisses qui la rongent. Comme si tant qu’elle parlait, elle était en sécurité. C’est cet effet de boucle, d’amplification de sa parole qui produit une sorte d’épuisement qui arrive jusqu’au spectateur

Relation au spectateur

Cette relation entre deux mondes différents, un monde réel et un autre qu’on pourrait qualifier de psychiatrique, crée chez le spectateur une hésitation, une incertitude quant à l’authenticité de la jeune femme, ou en tout cas à son caractère humain. Le spectateur ne sait pas si « c’est du lard ou du cochon », ce qui est le cas de le dire. Et dans cette incertitude, c’est le rire jaune qui l’emporte. Car le spectateur rit, mais il rit d’un rire qui n’est pas produit volontairement par le personnage. Il rit avec gêne. Un grand malaise s’installe. Tout d’abord, les spectateurs ne savent pas jusqu’où cette femme va les emmener en terme d’hystérie. Ils ne savent pas non plus si elle les a placés de son côté ou du côté des tueurs de cochons. Pendant toute la pièce, ils vont chercher à quel niveau elle se situe.

Si tout était fantastique, le spectateur pourrait se reposer, « je ne suis pas concerné, c’est un autre monde », et pourrait alors rire à gorge déployée de ce personnage totalement imaginaire, mais elle revient toujours à l’attaque pour créer l’angoisse, nous montrant qu’elle est bien une humaine, qu’elle a une vie, tout comme les spectateurs, qu’elle cuisine pour de vrai (du cochon). Nous la voyons se démener sur une boîte de conserve tout à fait réelle. Et comme pour laisser planer l’ambiguïté, elle va, pour l’ouvrir, prendre appui sur la télé suspendue.

Relation au sens

Cette obsession des cochons est très symbolique.
On pense d’abord au mythe de Circée. Circée était une magicienne séductrice qui, si elle était embarrassée par l’amour de ses courtisans, les transformait en porcs. On peut donc penser que ce personnage de la femme ait pu avoir un passé de femme très courtisée, ce qui ne serait pas surprenant, étant donné son état physique, mais que cette vie l’a lassée, épuisée, et qu’elle s’est alors retrouvée ainsi, en haine des hommes. Le cochon est un animal qui symbolise l’impureté. Il est souvent rapproché de l’homme. Ainsi on dit que manger du porc serait comme manger de l’homme. Nous remarquons que la femme, tout en voulant protéger ses cochons, en mange également. Sa relation au cochon est donc, là encore, très ambiguë.

Le cochon représente aussi une idée de consommation à outrance, de « mange sans faim ». Ce qui peut faire penser à la race humaine, à une critique de la société actuelle, d’une société qui pousse toujours plus à la consommation. On peut aussi comparer les hommes à un troupeau de bêtes qui fonce en masse, ce qui nous ramène encore au cochon qui symboliserait alors la violence aveugle, la violence des peuples entre eux. On peut également penser à l’abattage en masse du cochon, devenu tellement banal à nos yeux. Et justement, cette femme ne pense-t-elle pas un moment à s’abattre elle-même ?

La lecture de ce spectacle n’est pas du tout fluide. Tout est saccadé. Tout s’enchaîne comme un disque mal positionné. Ainsi, après avoir violemment projeté un couteau dans le plancher comme dans un délire, elle se lance dans une danse effrénée qui fait virevolter sa jolie robe. Il y a très peu de cohérence entre ses propos mais quand elle part dans un sens, elle va jusqu’à l’extrême. Ainsi, si elle commence à parler du travail, elle va finir par ne dire que ça : « travail travail travail travail travail … » jusqu’à la folie. Cette manière d’enchaîner les phrases peut parfois rappeler le phrasé de Lagarce qui ressasse chaque idée jusqu’à la meilleure manière de la dire. Tantôt très décontractée, tantôt au bord du suicide, elle enchaîne les phrases, toujours plus vite, et se répétant toujours davantage. Et le sujet des cochons revient toujours comme un leitmotiv entre le nettoyage de son fusil et la cuisson de ses huîtres.
Et le rythme suit ces phrases, s’accélérant dans les périodes de pur délire, puis s’adoucissant juste après. Et la bande son vient lui faire écho, soulignant cette atmosphère, cette montée de violence, le son augmente comme une guerre qui se prépare et qui éclate.

Conclusion

Enfermée, épuisée, il n’y a que les cochons, la violence monte, au dehors comme en elle-même, il n’y a que les cochons, le monde autour ne comprend pas, il n’y a que les cochons, ils veulent les lui tuer, la tuer. Il n’y a que les cochons. Plus rien. Il n’y a que les cochons.

Sa folie, ses répétitions compulsives pourraient rappeler l’autisme de Rain Man. La différence, c’est qu’ici on n’est pas sûr de pouvoir incriminer la maladie.
On peut aussi penser à Birdy qui est dans son monde à lui. Mais, à l’inverse de cette femme qui s’enferme un peu plus de jour en jour, lui ne rêve que de s’échapper et de voler.
Pour l’univers et de la boucherie, et l’aspect bancal, on peut citer Delicatessen : avec son vieil immeuble déglingué et l’image frappante de la grosse lame du boucher frappant la viande. Il est également à citer pour la tentation du cannibalisme en période de restriction : l’homme, à force d’être mêlé aux animaux, aux rats, est devenu lui-même nourriture.

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