Assises académiques des langues vivantes publié le 30/11/2008  - mis à jour le 28/04/2010

30 septembre 2008

Un des objectifs de cette journée, organisée par les Inspecteurs de Langues Vivantes de l’académie, en collaboration avec la DAREIC et la MEIPPE, est de faire connaître tout ce qui se fait dans notre académie en matière d’ouverture sur l’Europe, de pratiques créatives et innovantes à tous les niveaux d’enseignement – pratiques encouragées, bien entendu, par le groupe de pilotage académique Langues Vivantes ; c’est, aussi, d’analyser l’impact des échanges sur les pratiques pédagogiques de classe et d’établissement.

Enfin, et qu’il me soit permis d’insister sur ce point, l’enjeu principal me paraît être de comprendre en quoi ces échanges et l’enseignement des langues vivantes s’enrichissent mutuellement et favorisent l’ouverture vers d’autres disciplines afin de mieux répondre à la formation du citoyen européen.

On le sait, d’une façon générale, une forme enseignée sans qu’ait été installé le contexte où elle trouve sa pertinence a peu de chances de laisser trace dans la mémoire des élèves ; il importe réellement de maintenir l’équilibre entre les activités liées aux aspects formels de la langue et celles liées au sens. Et le sens dont il est question ici n’est pas strictement linguistique ou même langagier. Il est culturel et engage la rencontre de modes de dire et de penser différents, spécifiques de cultures et de civilisations "autres". Il requiert de pouvoir se "déprendre" de soi, de ses habitudes, de ses représentations pour confronter les différents modes de faire, de dire, et de penser constitutifs de l’humain, pour faire dialoguer les cultures et les rapprocher plutôt que les diviser.

C’est tout cela qu’il nous faut conserver à l’esprit lorsque nous prétendons, et à juste titre, œuvrer à la formation de citoyens européens. L’enseignement des langues apporte donc ici une contribution irremplaçable. Il apporte la maîtrise de la langue, certes, mais aussi tout ce à quoi elle donne accès. Les récents programmes de langues vivantes, d’ailleurs, soulignent ainsi, et à tous les niveaux, le poids de la composante culturelle de cet enseignement, et le fait que ce sont bien les références culturelles qui rendent les échanges véritablement fructueux. Apprendre une ou plusieurs langues, c’est, bien sûr, apprendre à communiquer techniquement, mais c’est surtout s’approprier progressivement une vision plus juste, plus fraternelle, de l’Europe, et des valeurs communes.

A travers la dimension européenne, du reste, c’est peut-être un défi encore plus ambitieux qu’il nous appartient de relever ; car, comme le rappelle, non sans lyrisme, le linguiste Claude Hagège dans son ouvrage Le souffle de la langue  : "Du fait qu’elle est diverse par ses langues, l’Europe donne vocation à ceux qui l’habitent d’étreindre la diversité du monde"

Frédéric Cadet - Recteur de l’académie de Poitiers