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article La "Tentation d’Eve", une oeuvre de la danseuse chorégraphe Pietragalla     -    publié le 01/05/2012    mis à jour le 07/05/2012

Etude d’une oeuvre contemporaine et d’une artiste

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L’objet d’étude : une artiste.

La danseuse chorégraphe Marie-Claude PIETRAGALLA,
et plus particulièrement une de ses œuvres,
une création solo La Tentation d’Eve.
Un projet pédagogique de Mme FREGAL

Thématique : « Arts, Créations, Cultures ».

Problématique générale : Comment ont évolué l’image et la place de la femme au XXème siècle ?

Cet objet d’étude est vu en classe de 3ème et appartient au domaine artistique : « art du spectacle vivant » (danse, mais aussi en marge théâtre, voire marionnettes).

Progression en EPS :
Le projet est inscrit dans la progression des élèves, dans la mesure où les activités artistiques ont leur place dans le programme d’EPS au collège. Dans notre collège, les activités physiques d’expression s’inscrivent dans la programmation suivante : danse en 6ème (niveau 1) et en 4ème (niveau 2).
En 6ème, il s’agit de « composer et présenter une chorégraphie collective structurée en enrichissant des formes corporelles et des gestes simples, en jouant sur les composantes du mouvement : l’espace, le temps et l’énergie. Maîtriser ses émotions et accepter le regard des autres. Observer et apprécier avec respect les prestations ».
En 4ème, les élèves doivent « composer et présenter une chorégraphie collective en choisissant des procédés de composition et des formes corporelles variées et originales en relation avec le projet expressif. Apprécier les prestations de façon argumentée, à partir de quelques indicateurs simples ».
Concrètement, on attend la production d’une chorégraphie collective de 4 à 6 élèves, en s’appuyant sur une musique choisie par le groupe, en respectant les contraintes techniques (espace, temps, énergie) et en ayant un projet symbolique (une histoire).
Ainsi l’expression corporelle s’inscrit dans une approche contemporaine de la danse, avec un message (une histoire) et un support musical fort et porteur de la production.

• La mise en oeuvre

Les oeuvres sont analysées à partir de 4 critères au moins : la forme, les techniques, les significations et les usages. Nous allons étudier La tentation d’Eve, une chorégraphie composée et interprétée par Marie-Claude Piétragalla de ces points de vue.

- Forme

La Tentation d’Eve est une chorégraphie solo créée par Marie-Claude Pietragalla et son compagnon le danseur Julien Derouault en 2010 et dansée par elle. C’est une création contemporaine où danse, marionnette, théâtre et musique s’articulent judicieusement.
La Tentation d’Eve est « un voyage poétique à travers la mémoire des femmes. Son itinéraire, semblable à un livre d’images, prend naissance de l’origine à nos jours. »
Avant d’étudier l’oeuvre, il faut s’intéresser à l’artiste et à son courant d’inspiration.

- Qui est Marie-Claude Pietragalla ?

C’est une danseuse chorégraphe française née à Parie en 1963. Elle fait ses débuts à l’Opéra de Paris en tant que danseuse classique. Puis elle se dirige vers la danse contemporaine après avoir dansé pour les grands chorégraphes comme Maurice Béjart, William Forsythe, Carolyn Carlson ou encore Mats Eck qui vont l’influencer dans son style.

Pour comprendre le style de Marie-claude Pietragalla, il faut revenir un peu en arrière dans l’histoire de la danse. A la fin du XIXème siècle et début du XXème, les précurseurs et théoriciens du mouvement innovent dans la conception, la représentation du geste et le mettent en rapport avec d’autres arts (en opposition au Ballet romantique, tutu et techniques de pointes). L’exposition universelle de Paris en 1889, dans laquelle apparaissent les danses exotiques d’Inde, d’Asie, d’Afrique, etc influenceront fortement les danseurs du XXème siècle. Notamment l’américaine Isadora Duncan (années 1900-1930) qui s’installe à Paris et qui danse des récitals pieds nus, en tunique légère, dans la nature, sera une des pionnières de cette « danse libre » (fonction spirituelle de la danse, libération du corps féminin en contradiction avec les courants puritains, établissement de relations avec les mouvements philosophiques et artistiques d’autres domaines comme le théâtre, la musique, la littérature, plus qu’avec le monde de la danse). C’est le début de la danse moderne.
La danse moderne est un courant apparu quasi simultanément en Allemagne et aux Etats-Unis autour des années 20 et c’est une forme de danse de scène créée par des artistes voulant se libérer de la danse classique et son cadre rigide C’est la génération des « Grands Maîtres » de la danse moderne dont Mary Wigman en Allemagne (danse d’expression) et Martha Graham aux Etats-Unis (danse, expression de l’inconscient). La danse moderne a engendré, après la 2ème guerre mondiale, ce qu’on nomme aujourd’hui la danse contemporaine.

En France, dans les années 70, un courant de danse contemporaine : La Nouvelle Danse Française, naît sous l’influence de quelques danseurs et chorégraphes (pas tous français) voulant développer un langage chorégraphique se détachant de la danse moderne et de l’institution de l’Opéra de Paris, dont Carolyn Carlson (qui a fortement influencée Pietragalla). Ainsi sont créés des Centres Chorégraphiques Nationaux, qui permettent de réaliser des oeuvres chorégraphiques et de former des futurs chorégraphes.

Carolyn Carlson, née en 1943 en Californie, est une danseuse et chorégraphe américaine de danse contemporaine. Elle est une grande figure de la Nouvelle Danse Française dans les années 70-80 (solo Blue Lady 1983). Après avoir été dans différents lieux prestigieux pour y créer ou y diriger des compagnies, elle revient en France en 1995. Elle crée pour Marie-Claude Pietragalla « Signes » en 1997. Mais déjà en 1993, elle avait composé pour elle (dont elle était très complice et en qui elle voit un vrai sens de l’improvisation), « Don’t loock back », une recherche de l’identité féminine.
« L’intérêt de Carolyn Carlson pour l’improvisation en solo, l’amène naturellement à travailler avec des musiciens de jazz ( John Surman ou Michel Portal) ou avec son compagnon le compositeur français René Aubry (il a composé la musique de Blue Lady en 83 et celle de Signes en 97). La musique contemporaine est aussi très présente dans l’oeuvre de Carolyn Carlson avec des collaborations avec des compositeurs majeurs comme Pierre Henry ( considéré comme le Père de la musique électroacoustique, en 1949 il collabore avec Maurice Béjart dans Messe pour le temps présent et le tube Psyché Rock qui a influencé le générique de Futurama, une série américaine). Document 1

Elle a également collaboré avec des plasticiens comme le peintre Olivier Debré qui réalisa des décors monumentaux pour la pièce Signes. » Document 2

Cette vue succincte de la danse contemporaine, de l’approche de Carolyn Carlson dont s’est fortement inspirée Marie-Claude Pietragalla, permet de mieux comprendre ce courant dans lequel va s’engouffrer cette dernière pour ses propres créations.

Nous avons vu qu’en tant qu’interprète, Marie-Claude Pietragalla avait déjà abordé la danse contemporaine même si, au début, sa base est classique.
Par exemple, elle s’est illustrée dans « In the middle of somewhat eted »1991 de W.Forsythe ; « Don’t loock back »1993 et « Signes »1997 de C.Carlson ; « Variation d’Ulysse »1995 de J.C Gallota ; « Giselle »1997 de Mats Eck.

En étant à la direction du Ballet National de Marseille 1998, Marie-Claude Pietragalla, s’oriente franchement vers des créations contemporaines : « Sakountala »2000, ballet qui évoque l’oeuvre de la scluptrice Camille Claudel, en alliant danse, théâtre et cirque.
Elle quitte le Ballet de Marseille, et elle crée en 2004 et dirige depuis sa propre compagnie : La Pietragalla Compagnie, le Théâtre du Corps. Marie-Claude Pietragalla revendique cette recherche chorégraphique sur le « Théâtre du Corps » car elle pense que « notre société en dissociant le corps et l’esprit, scinde une pensée consciente d’une pensée inconsciente refoulée dans la chair.Le corps a alors développé et acquis un langage caché qui lui est propre et que la danse se propose de transmettre. Il est le vecteur de l’inconscient, du rêve et de l’imaginaire. Le mouvement devient sa narration, la chorégraphie, le support »
Pour Marie-Claude Pietragalla « travailler avec des personnalités et des artistes de tous horizons est une donnée centrale dans mon travail ; la mixité des techniques de danse est le fil conducteur de chaque nouvelle écriture. »
C’est ainsi qu’elle va chorégraphier notamment « conditions humaines » 2006, inspiré du drame des mineurs de Courrières ; « Sade ou le théâtre des Fous » 2008 ; « Marco Polo » 2009 où participent 17 danseurs de Hip-Hop et 3 chanteurs ; et puis « La Tentation d’Eve » 2010, solo dans lequel elle retrace l’histoire des femmes en traitant de différents personnages au fil des âges.

- Techniques

La tentation d’Eve, un extrait
(Documents 3 et 4)

Comme nous l’avons vu précédemment, Marie-Claude Pietragalla s’appuie, comme Carolyn Carlson qui l’a fortement inspirée, sur différents supports pour mettre en place sa L’une des révolutions de la danse contemporaine tient sans doute aux multiples formes qu’elle prend sur scène. On peut tout se permettre, ou presque : durée, vestiaire, décors, tout semble s’inventer- ou se réinventer- en temps réel » Philippe Noisette, Danse contemporaine mode d’emploi.
L’utilisation d’un décor est très épuré mais fortement symbolique avec cette énorme pomme que la danseuse pousse au début du spectacle. Le choix des costumes qu’elle enfile successivement et qui, comme au théâtre, donnent du sens au personnage évoqué : par exemple le tailleur noir et strict, les cheveux tirés et les lunettes « intellectuelles » pour jouer le personnage de la femme d’affaire. La vidéo (masque) et les techniques modernes de l’informatique sont mobilisées (son image de femme d’affaire projetée sur grand écran). Les techniques corporelles de la danse contemporaine permettent de donner tantôt une impression torturé au personnage qui se débat pour se libérer de ses démons liés à sa condition de femme (mouvements saccadés, anguleux, repli...) tantôt une légèreté pour évoquer cette libération (sauts, arrondis, fluidité...) et son émancipation (se redresse). Egalement la gestuelle illustre la particularité de chaque personnage, les arabesques du « gentilhomme » , les déplacements primitifs de la sorcière ou la béatitude de la Sainte.
Les techniques instrumentales (la musique) respectent aussi les codes de la danse contemporaine par leur grande variété : de la musique baroque à la musique électroacoustique en passant par le registre de l’opéra.

- Significations

A travers cette chorégraphie, la danseuse interroge « la mémoire collective pour mieux comprendre le sens et la complexité de l’éternel féminin et la façon dont le corps de la femme au cours des siècles, s’est modelé inconsciemment à travers l’homme, la religion et les codes sociaux ».
« Eve ou la tentation d’être toutes les femmes à la fois – Eve en quête d’elle même – Eve entre le désir de paraître et le besoin d’être. La Tentation d’Eve se dévoile à travers une gestuelle inventive mêlant théâtre, danse, expression et mouvement ».

- Usages

La Tentation d’Eve est avant tout un spectacle qui est conçu et interprété pour être vu et apprécié par les spectateurs. Il peut être source d’inspiration pour d’autres créations, ou d’autres courants artistiques, transformé, adapté pour d’autres réalisations (cinématographique par exemple). C’est aussi du point de vue du chorégraphe un message, une revendication sur sa vision du corps, de la société. Ce spectacle « parle de façon intime de l’énergie féminine, du féminin de l’être...(il) nous guide à travers la condition féminine. »

 
- Page suivante : dimension pluridisciplinaire du projet, savoirs à transmettre et capacités à travailler

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