Etude d'une œuvre de propagande nazie publié le 22/01/2011

Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens), Leni Riefenstahl, 1935

L´impact du film

La première du film aura lieu en grandes pompes le 28/03/35 à Berlin à l´UFA-Palast am Zoo (le plus grand cinéma allemand de l´époque) en présence d´Hitler et des ambassadeurs étrangers, suite à une importante campagne publicitaire. Il s´agira d´un gros succès tant commercial que critique : en 1935 le film recevra, oh surprise !, le « Grand prix national du film allemand » et, le « Lion d´or du festival de Venise » (Italie fasciste oblige ?) mais aussi le « Grand prix à l´Exposition Universelle (des Arts et des Techniques) de Paris » en 1937. Cependant le film sera peu diffusé à l´étranger.
Le Triomphe de la volonté ne fut pas un film dont le régime rendit la vision « obligatoire ». De plus, sa diffusion à l´intérieur même du Reich semble ne pas avoir été sans problème. En effet certains dignitaires du régime, mécontents du sort que le film leur réserva ne firent pas d´efforts pour favoriser sa diffusion dans les espaces géographiques où ils exerçaient leur autorité (alors que dans d´autres régions les écoliers étaient tenus de le voir). Les relations difficiles entre Goebbels et Riefenstahl (il semble toutefois improbable, comme elle le déclara plus tard, qu´elle fut gênée dans la production du film par des gens du ministère de la propagande), la situation même de la réalisatrice par rapport à l´idéologie véhiculée (il s´agit d´une femme dans un monde où finalement la force virile est érigé en modèle absolu) peuvent aussi avoir été des freins dans la diffusion de l´œuvre.
Cependant on peut se demander si le public était totalement réceptif à l´ensemble des messages que le long métrage diffuse. Les allusions idéologiques, politiques étaient-elles vraiment absorbées au-delà des messages politiques les plus évidents, les plus répétitifs ? D´ailleurs, Goebbels lui-même était réticent face aux productions (documentaires ou fictions) trop ouvertement nationales socialistes, ce dont témoignent les chiffres, puisque dans l´Allemagne nazie les films de propagande furent minoritaires face aux comédies musicales, mélodrames et autres films policiers ou historiques : près de 150 œuvres pour 1350 films produits entre 1933 et 1945. De même, dans son étude The Power of Film Propaganda. Myth or Reality ?, Nicolas Reeves (cité par Roel Vandel Winkel in Une Histoire mondiale des cinémas de propagande, op. cité, p.315), estime que le film de Riefenstahl, lors de sa sortie publique en mai 1935, fut incapable de regonfler la popularité d´Hitler qui décroissait alors en raison de la montée des problèmes économiques et de la désapprobation publique vis-à-vis des lois antisémites, promulguées lors du rassemblement du Parti en 1935.

Bibliographie

  • Jean-Pierre Bertin-Maghit (sous la direction de), Une Histoire mondiale des cinémas de propagande, Nouveau Monde éditions, 2008.
  • Christian Delage, La Vision nazie de l´Histoire à travers le cinéma documentaire du Troisième Reich, L´Age d´Homme, Lausanne, 1989.
  • Michel Delahaye, « Leni et le loup » interview de Leni Riefenstahl, in Cahiers du Cinéma, # 170, Septembre 1965.
  • Marc Ferro, Cinéma et Histoire, Nouvelle édition refondue, Folio Histoire, Gallimard, 1993.
  • Siegrfried Kracauer, De Caligari à Hitler, L´Age d´Homme, Lausanne, 1973, réédition 2009 ( avec une postface par Leonardo Quarisima).
  • François Niney, L´Epreuve du réel à l´écran, Essai sur le principe de réalité documentaire 2ème édition, De Boeck, Bruxelles, 2004.
  • Jean-Loup Passek (sous la direction de), Dictionnaire du cinéma, Larousse, Paris, 2001.