Compte rendu de l'Université de printemps d'histoire des arts. publié le 12/06/2018  - mis à jour le 14/06/2018

Vendredi 01 juin 2018 :

 A 9h30 :

Le cerveau, l’art et le rêve.

Par Anne Amsallem.

Auteur : Jean-Pierre Changeux, biologiste et professeur émérite au Collège de France.
Modération : Henri de Rohan-Csermak, inspecteur général de l’Éducation nationale, et Chantal Georgel, chargée de mission à l’Institut national d’histoire de l’art.

Le constat de départ vise à remarquer que l’Éducation nationale s’ouvre de plus en plus aux neurosciences. Recherche scientifique et recherche en histoire des arts peuvent avoir des imbrication dans la mesure où la chimie de l’œil et celle du cerveau conditionnent notre rapport au monde et aux œuvres d’art : un daltonien ne verra pas une peinture de la même façon qu’un homme sans altération de sa perception.

Mythologie et histoire de religions : le rêve, ou voir en songes

Le rêve se retrouve dans le contenu des mythes dans toutes les cultures comme un moyen de s’affranchir du réel. Il nécessite le sommeil, qui est un état physiologique récurrent caractérisé par la suspension de vigilance. Cette activité est importante puisque un tiers de notre vie se passe à dormir et que notre activité cérébrale reste en mouvement pendant le sommeil, caractérisée alors par une suite d’images, organisées ou non, et de représentations mentales et qui procurent à l’individu réveillé des souvenirs.

Pour quelle raison le rêve existe-il et comment les éléments s’organisent-ils entre eux pour créer cette machine fabuleuse qu’est le cerveau ?

Descartes peut apparaître comme le premier neurobiologiste. Dans son traité de l’homme, en faisant la différence entre le cerveau d’un homme qui rêve et le cerveau d’un homme éveillé, il propose la première théorie neurophysiologiste du rêve.
L’homme possède 85 milliards de neurones et chacun peut être relié à des milliers d’autres, ce qui génère plusieurs milliards de relations et connexions neuronales. Toutes les activités de notre cerveau, des plus humbles (se nourrir, marcher) jusqu’aux plus hautes (la religion, l’art), sont des activités neuronales. Les cellules nerveuses entrent en contact les unes avec les autres, elles sont en contiguïté (et non en continuité). On a pensé longtemps qu’elles étaient en continuité pour préserver l’idée de l’âme. Dès lors qu’on considère que l’on considère que les cellules sont en contiguïté et plus en continuité, l’âme devient de la chimie !

Jean-Pierre Changeux adopte ici le point de vue constructiviste et expose la manière dont se construit le cerveau, décrivant comment les éléments cérébraux s’imbriquent les uns avec les autres. La référence au matérialisme instruit de Bachelard montre la construction de notre cerveau comme une donnée essentielle pour comprendre notre spiritualité.
Le déroulement d’une nuit de sommeil se caractérise par une alternance de sommeil lent et de sommeil paradoxal. On a longtemps cru à tort que le rêve se faisait pendant le sommeil paradoxal.

J.P. Changeux insiste sur la matérialité de nos états de conscience pendant le rêve et pendant la vie éveillée et souligne une plus grande activité pendant le sommeil paradoxal. Le sommeil induit une chute de tonus musculaire mais l’activité du cerveau est constante. Il note aussi que si on s’intéresse au rêve, on peut aussi s’intéresser à la drogue car un rapprochement existe entre les états de conscience du rêve et l’hallucination produite par la modification chimique du cerveau (les somnifères montrent que l’on peut agir chimiquement sur le sommeil)

Sommeil et apprentissage.

Le sommeil produit une amélioration de l’apprentissage. La privation de sommeil affecte la mémoire ainsi que la mémoire émotionnelle.

Accès à la conscience et traitement conscient

On peut parler d’une neuroscience de la conscience. J.P. Changeux désigne le terme de conscience comme l’état physiologique du sujet éveillé. Les multiples modalités et quantités de mémoires accumulées doivent trouver place dans un espace global où toutes ces activités sont unifiées.
L’esprit est invisible mais par l’imagerie numérique on peut avoir un indicateur de l’éveil de nos états de conscience, ce qui atteste donc d’une matérialité de la conscience.
Le cerveau est constamment conscient. Lorsqu’il est éveillé il fonctionne sur le mode projectif : il projette sur ce qu’il perçoit, anticipe, se questionne. Quand on ne fixe pas son attention, l’esprit erre de droite à gauche. L’activité du rêve est liée à cette activité spontanée et non coordonnée à la raison.

Fonctions du rêve

Pour Freud : voie royale d’accès à l’inconscient. Satisfaction imaginaire des désirs inconscients
Pour Jung : le rêve a pour fonction de rétablir l’équilibre du psychisme
Pour les neurosciences : une des fonctions du rêve est de donner un coup de balai à tout ce qui s’est passé dans la journée, une forme de stabilisation de la mémoire et remise à niveau de l’activité passée

Types de rêve :

  • cauchemar : forte charge anxieuse
  • rêves sexuels : fantasmes variés
  • rêves lucides : irruption de la conscience éveillée
  • rêves créatifs : valeur de liberté dans l’imaginaire, la vie rêvée, au sens de représentation d’un autre monde possible

Références artistiques

L’image disparaît, de Dali
Le sommeil de la raison engendre des monstres de Goya :
I have a dream de Martin Luther King,