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article Pour un classement thématique des romans     -    publié le 08/06/2015    mis à jour le 19/06/2015

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Ce texte est le récit de la mise en œuvre du classement par thèmes du fonds des romans au collège de Montbron. La démarche s’inspire des pratiques qui se développent dans les bibliothèques publiques. Elle est expliquée en particulier dans l’article « Où sont les romans qui racontent des problèmes : classer autrement les romans pour les jeunes » de Soizik Jouin, responsable de la bibliothèque Chaptal à Paris, paru dans le BBF en novembre 2008 (consultable en ligne en suivant ce lien).

L’idée consiste à passer d’un classement intellectuel basé sur le rangement alphabétique, traditionnel dans les CDI et les bibliothèques, à un classement spatial se rapprochant des attentes des élèves. Autrement dit à remplacer un classement fonctionnant selon une logique d’offre par une autre privilégiant une logique de demande. L’objectif général est de mettre en valeur le fonds des romans afin de le rendre plus lisible et plus accessible aux jeunes lecteurs, en particulier à ceux qui en sont les moins familiers.

•  I. Réflexion préparatoire : effectuer un état des lieux du fonds des romans

Pour être efficace et en éviter les principaux écueils, une telle entreprise mérite une réflexion préparatoire. Si le principe général est simple à comprendre, sa mise en pratique est conditionnée par plusieurs paramètres : les caractéristiques des élèves de l’établissement, la nature du fonds des romans, la configuration du mobilier et des locaux, et enfin le temps que l’on peut y consacrer. Car, aussi motivant que peut paraître ce projet, il faut s’attendre à ce que la période de transition entre l’ancien et le nouveau système de classement s’étale sur plusieurs mois, la durée étant bien-sûr proportionnelle à l’importance du fonds. Au collège de Montbron, l’opération s’est étendue sur une durée de six mois, à cheval sur deux années scolaires, du mois d’avril au mois de décembre.
C’est un travail de longue haleine qui exige persévérance et disponibilité de temps. Si l’on ne peut pas s’y consacrer suffisamment, il est envisageable de n’appliquer ce nouveau classement qu’à une partie du fonds. Cette conversion partielle peut éventuellement servir de banc d’essai. L’un des avantages du classement thématique est sa facile réversibilité : autant sa mise en place est longue, autant le retour à un classement alphabétique peut s’effectuer rapidement.

La première étape consiste à évaluer l’espace et le mobilier dont on dispose pour étaler son fonds. C’est l’un des inconvénients du classement par thèmes, il prend davantage de place que le classement par ordre alphabétique qui rentabilise l’espace par sa nature linéaire. Avec un classement thématique, on se retrouvera inévitablement, comme pour les livres documentaires, avec des rayons plus ou moins remplis en raison de l’impossibilité de remplir l’espace vide disponible avec des livres dont le contenu n’a rien à voir avec ceux qui les précèdent.
La mise en espace qu’il faut visualiser avant de commencer détermine en partie le compartimentage des thèmes que l’on choisira ensuite, celui-ci étant contraint par l’existant pour décider en combien d’espaces internes distincts sera divisé le fonds. Mais ce peut être aussi l’occasion d’une extension ou d’un renouvellement du mobilier, une telle réorganisation constituant un bon argument pour obtenir l’achat de nouveaux meubles ou étagères. Ce qui a été le cas au CDI du collège de Montbron où l’aménagement de l’espace thématique « imaginaire », le plus fourni, a été l’occasion de l’acquisition d’une double étagère pour le recevoir. Quoi qu’il en soit, la définition des grands thèmes est ensuite totalement libre, ceux-ci étant divisibles ou synthétisables à volonté. L’article de Soizik Jouin montre comment trois bibliothèques ayant adopté ce type de classement ont fait, à partir des mêmes grands sujets, des choix identiques ou différents d’organisation des thèmes.
A cet égard, la notion de thème semble préférable à celle de genre, même si les deux se rapprochent voire s’assimilent parfois, cela dans l’optique de ne pas s’enfermer dans des catégories préétablies et de conserver la souplesse d’un classement qui a l’ambition de gagner en liberté. On entendra le terme de sujet ou thème dans une acception assez générale, le but n’étant pas de découper le fonds en une multitude de sections minuscules de quelques ouvrages, mais en grands blocs cohérents susceptibles de concerner un même public. Par exemple, tous les thèmes comme famille, adolescence, mort, vie professionnelle, handicap, environnement, etc. pourront constituer l’espace des sujets dits « de société », autrement dit ces fameux « romans qui racontent des problèmes ». De plus, les jeunes lecteurs, davantage focalisés sur le contenu des histoires racontées que sur leur typologie, sont assez peu concernés par la notion de genre qui appartient plus aux adultes. La transformation proposée veut essayer de faciliter l’accès direct et autonome au fonds et de répondre aux questions des élèves qui se/nous posent la question « où sont les romans qui racontent des histoires d’animaux / des histoires vraies / des histoires d’amour / font peur / etc. ».

Pour en revenir à la réalité prosaïque et en caricaturant un peu, c’est le nombre d’étagères et l’espace disponible qui détermineront le nombre de sections internes du fonds et donc les rassemblements thématiques à effectuer. La quantité de livres de chaque grand thème décidera aussi, sans pour autant y présider, des regroupements possibles ou non. Pour exemple, le fonds de romans (en dehors de ceux classés en 800 : 65 romans) du collège de Montbron comprend 1 712 exemplaires et se trouve réparti en huit grandes sections regroupant vingt-et-un thèmes : 209 romans dans la section « détente » (humour, animaux, sport), 122 en « sentiments » (amour, amitié), 170 en « vécu » (récit de vie, autobiographie, journal, épistolaire), 183 en « société » (sujet de société, adolescence), 246 en « enquête » (policier, suspense, espionnage), 164 en « autres époques » (histoire, mythologie), 203 en « évasion » (aventure), 415 en « imaginaire » (fantastique, science-fiction, merveilleux, fable). En sachant que cette répartition finale a fait l’objet en cours de processus de réajustements par rapport aux choix originels. Ces huit sections plus ou moins fournies laissent des espaces vacants sur certains rayonnages qui permettent une autre manière de mise en valeur avec la disposition de face sur des chevalets d’un ou deux livres par étagère, soit au total une trentaine d’exemplaires. La seule exposition de face assure aux titres qui en bénéficient un emprunt beaucoup plus rapide que lorsqu’ils sont noyés dans un océan de livres dont on ne voit que les tranches. Les lecteurs pressés ou indécis s’emparent spontanément de certains des ouvrages ainsi suggérés.
Thèmes et genres se confondant parfois, se chevauchant ou s’incluant d’autres fois, cela mène à adapter dans la base documentaire les entrées du champ « genre » en s’affranchissant en partie de ceux proposés, conservant les grands classiques (policier, aventure, fantastique…), supprimant les obsolètes (western), simplifiant « humour, satire » en « humour » et surtout en ajoutant des entrées (adolescence, espionnage, récit de vie…) qui permettent d’étoffer et de nuancer la liste existante en fonction de son fonds et de son public. Les choix effectués sont forcément contestables et doivent assumer leur part de subjectivité.

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