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article Regards sur le livre "L’école face à l’alcool"     -    publié le 12/12/2011

Couverture : "L'école face à l'alcool"

Les auteurs nous donnent à réfléchir sur les difficultés de certaines des missions de l’école. Sans polémique, ils nous entraînent sur une réalité sociale, l’alcoolisme, qui touche aussi bien des membres de son personnel que des élèves ou des parents d’élèves. C’est un livre qui donne à penser, un livre qui nous interroge sur l’étendue de nos responsabilités en tant qu’éducateurs, en tant qu’enseignants. Depuis 1870, des politiques énergiques sont conduites pour éradiquer « ce fléau social » ou encore « cette grande cause nationale », chacune de ces expressions ramenant à une période bien précise. La question posée par les auteurs reste d’actualité : « comment sauver nos enfants ? ». Cette question est adressée à l’Ecole qu’il s’agit d’interroger : comment l’Ecole peut-elle sauver nos enfants ? Il s’agit bien d’interroger l’école sur sa contribution à la lutte contre l’alcoolisme, par les biais des programmes et par celui des politiques éducatives.

Un chapitre introductif permet de dresser cette part du chemin sur lequel l’Institution scolaire s’est engagée. Dans l’école de la troisième République, l’alcool et l’alcoolisme sont déjà dans les programmes scolaires, cantonnés cependant dans deux champs : la morale et l’hygiène. Avec le Régime de Vichy, la lutte contre l’alcoolisme est renforcée par une éducation antialcoolique plus offensive qui sera poursuivie jusque dans les années 70. Les deux pistes retenues par les auteurs pour conduire leur analyse sur un siècle (1870-1970) sont largement présentées : les manuels scolaires et les films fixes d’enseignement.

Une première partie présente en trois chapitres la vulgate alcool à travers les manuels scolaires et les films fixes d’enseignement. C’est bien là l’intérêt de cet ouvrage. Les auteurs proposent une analyse de l’intérieur. Ils montrent, sans omettre ce qu’il reste à faire, ce que l’institution a déjà réalisé depuis quelques décennies, les efforts accomplis par les personnels enseignants et non enseignants d’ailleurs. On y retrouve le discours et les images de cette politique éducative de lutte contre les boissons alcooliques, avec les nombreuses nuances apportés fruit des rivalités et enjeux des différents acteurs. C’est ainsi que l’intensité de cette lutte est bien inégale : certains manuels, les plus anciens, rappellent les vertus de l’alcool, ses effets thérapeutiques et alimentaires (sic). Dans les années 50, la gamme des opinions se déclinent de l’affirmation franche à la négation absolue. Nombre d’auteurs hésitent et semblent même parfois se contredirent d’un paragraphe à l’autre (p.49). La présentation des effets de l’alcoolisme est plus claire et le terme retenu pour qualifier l’abus d’alcool est fixé au début du XXe siècle : le terme d’ivrognerie cédant la place au vocable plus global d’alcoolisme. Sur les causes de l’alcoolisme, les manuels comme les films fixes d’enseignement ne disent pas grand-chose avant les années 40, préférant insister sur les remèdes possibles. Les auteurs partagent jusque là l’opinion dominante qu’il s’agit d’un vice qui relève d’abord de la morale. C’est plus tardivement que l’on retrouve l’idée que l’alcoolisme n’est plus une cause mais plutôt une conséquence de la misère. La recherche de remèdes conduit assez rapidement à un paradigme : l’éducation relayée par une propagande ad hoc est le levier indispensable de la lutte contre ce fléau.

La seconde partie de l’ouvrage, intitulée « la mission antialcoolique », se justifie essentiellement par un élément déterminant au milieu des années quarante : l’antialcoolisme bénéficie désormais d’un appareil d’Etat opératoire dans le champ de la protection sociale. Cette « mission antialcoolique » - le terme est d’essence religieuse – est désormais un devoir d’Etat. L’Ecole se charge des plus jeunes et elle dispose désormais de moyens financiers et techniques pédagogiques nouvelles. L’enseignement est novateur parce que les supports sont également novateurs : les auteurs consacrent ainsi un premier chapitre au film fixe, comme innovation pédagogique. Un renouvellement profond des manuels est l’autre base de cet enseignement novateur. Après des années durant lesquelles les réimpressions à l’identique du contenu des ouvrages. Les années 50 marquent un tournant : les auteurs revoient profondément les contenus. Ils manifestent leur souci de mieux respecter les instructions officielles, alors que l’éditeur se montre plus vigilant sur la conformité des livres avec les nouveaux programmes. Les auteurs manifestent aussi leur souhait d’intégrer l’évolution des connaissances, les fruits de la recherche scientifique. Le progrès de l’imagerie scolaire est aussi un élément non négligeable de cette évolution. Après un chapitre consacré à ces nouvelles éditions antialcoolique, les auteurs étudient la dimension morale, réévaluée, de ces publications. Cette politique éducative de lutte contre l’alcoolisme est aussi engagée sur le plan des idées, il s’agit bien de former les futurs citoyens. De plus, les enseignants son enjoints de travailler avec l’aide des experts en santé. La circulaire ministérielle du 26 avril 1951 adressée aux Recteurs demande ainsi à « tous les membres du corps enseignant de mettre leur autorité et leur dévouement habituels au service du Comité National (CNDCA) dont ils mesurent toute l’importance, de recevoir les représentants que le Comité National leur enverra et d’étudier avec eux les formes d’action les plus efficaces pour convaincre la jeunesse des dangers de l’alcoolisme, pour la race et pour le pays » (BOEN n°16, citée page 181). On s’achemine vers une nouvelle exigence : une éducation à la responsabilité.

Un CD-ROM joint au livre permet d’accéder à une banque d’images fort riche sur cette question. On regrettera simplement que ces ressources ne soient pas véritablement présentées, explicitées et mises en perspective. Il s’agit plutôt d’une matière brute qu’il convient de retravailler pour l’intégrer à nos enseignements.
Au total, cette publication peut intéresser de nombreux lecteurs et elle constitue un outil auquel l’enseignant peut se référer pour aborder cette thématique et au-delà cette réalité à laquelle l’Institution, les personnels, les publics scolaires et plus largement la communauté scolaire restent confrontés.

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