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article Critiques de trois courts métrages vus aux Rencontres Internationales Henri Langlois réalisées par un élève     -    publié le 22/01/2013

Un élève du LISA livre trois critiques de films vus au festival "Les Rencontres Internationales Henri Langlois" (Poitiers-décembre 2012)

• Meurtre a Junin

Le film d’Andrew Sala pourrait se résumer en une ligne : c’est l’histoire d’un meurtre. Voila tout. Et pourtant en seulement dix minutes, et un seul plan Meurtre a Junin, est incroyable, beau et magnifique.
C’est vrai, ces dix minutes ne sont que du pur bonheur qui m’ont envouté. En un seul plan, le réalisateur réussit à nous capter et à nous basculer dans de la fiction et à imposer son style, son monde et son histoire. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà été littéralement renverser en seulement dix minutes. C’est ce qui est d’ailleurs la grande réussite du film, renverser son spectateur sans utiliser de mouvement de caméra (mis à part la fin) et en si peu de temps. Le film joue sur la lenteur ce qui d’ailleurs ne m’a pas dérangé du tout et au contraire m’a fait d’autant plus apprécier le film. Je me souviens d’une scène qui est très intrigante : juste après avoir commis le crime, un personnage arrive au loin, on sait qu’il va arriver à notre niveau, et pourtant, lorsqu’il apparait en gros plan devant la caméra, on est surpris.
Quant au lieu du tournage, il est juste magnifique, ce parallèle des deux arbres, ce ciel d’aurore qui est d’un rose déconcertant, cette longue allée dont on ne voit pas le bout, bref juste magnifique. Le meurtre vient désacraliser ce lieu si paisible dont on entend encore les oiseaux gazouiller.
Pourtant, c’est vrai on ne comprend pas tout, un certain nombre d’éléments nous échappe, des choses se passent sous nos yeux sans qu’on les comprenne. Et alors ? C’est là le but du film. Nous ne sommes que des témoins, le réalisateur souhaite nous mêler qu’on le veuille ou non à cette sordide histoire. Ce film révèle notre côté voyeur, ou plutôt nous force à le révéler. C’est très fort et ambitieux !

Bref, ce film est brutal mais à la fois beau, très simple mais à la fois complexe et incroyablement original.

•  32 boulevard Magenta

Six minutes ont suffi à la réalisatrice Nadège Abadie, pour nous attacher à son personnage.
Ce documentaire fait à partir de photos nous dépeint le portrait extrêmement touchant d’une simple coiffeuse d’une petite ville. Ce film est pour moi une grande réussite car la réalisatrice réussit à créer une relation ambiguë entre le personnage et le spectateur. Cette relation est ambiguë, oui, car nous ne savons rien d’elle et pourtant nous la connaissons depuis toujours comme quelqu’un qui a toujours été là. Et puis, c’est du vrai, de l’authentique, ce n’est pas du formaté, du préparé. Ça dit ce que ça pense, tant pis pour les injures. Le personnage à la langue bien pendue, ne mâche pas ses mots. Elle nous fait rire, réfléchir et dialogue avec nous tout le long du documentaire. Et puis sa voix (qui, je trouve, joue un rôle très important dans le film) rocailleuse, rajoute aussi à ce discours et caractérise le personnage sans même qu’on le connaisse. C’est assez exceptionnel qu’un personnage de film nous interpelle directement sur différents sujets d’actualités ou pas d’ailleurs.
Bref, le discours qu’elle tient est aussi très intéressant. Du côté des images c’est aussi très bien fait. Dès le début du film nous rentrons dans l’intimité du personnage, directement dans son appartement. Nous voyons son logement, ses objets personnels, son désordre… Puis, nous voyons aussi son lieu de travail. Quant à elle, nous la voyons très peu. Une ou deux fois seulement et jamais en entier. Elle ne nous regarde pas, et pourtant, nous la savons présente. Le personnage nous traite comme nous sommes, sans préjugé et nous prend a notre juste valeur, elle ne change pas avec nous, elle nous met à l’aise.

Alors, pour cet incroyable personnage terriblement attachant, cette mise en scène original, l’ambiance chaleureuse qui s’en dégageait, les rires… Bref pour tout ça. Je peux écrire la tête haute que 32 boulevard Magenta est un excellent film.

• La mariée 

Ce documentaire de Joel Cruz fut très perturbant. Lorsqu’à la fin de la projection il dit : « j’aimerais que ce film murisse dans votre tête », je peux affirmer que son but est réussi.
Le documentaire relate la vie ou plutôt l’expérience de Pippa Becca, partie dans des pays en guerre faire de l’autostop en robe de mariée et qui finira son œuvre par une tragédie qui est celle de se faire assassinée. Pippa était armée d’une caméra et grâce à celle-ci nous avons une trace du voyage. Les choix de mise en scène de Joel Cruz sont très intéressants. En effet, l’interview des sœurs par exemple est très bien filmée et originale. Nous les voyons toutes réunies, vêtues de la même couleur sur un canapé, mais nous ne les voyons pas parler, en revanche nous entendons leur voix. Pareil pour chaque personne qu’il interviewe, que ce soit son accompagnatrice, une poétesse, sa mère etc.… nous plongeons à chaque fois dans un univers différent, un mode de vie particulier et redécouvrons une personne, ce qui est assez bien fait !
Car le film ne se repose pas seulement sur Pippa. Entrecoupé d’images d’archives de Pippa elle-même, le documentaire ne s’endort jamais et ne se contente pas de banales interviews. L’histoire du tournage du film est d’autant plus intrigante et rajoute à l’univers de l’œuvre. Maintenant parlons de la fin, sûrement une des plus troublante que je n’ai jamais vue. Nous finissons le film par les images tournées par l’assassin lui-même… Et il filme un mariage (d’autant plus que ce sont les dernières images qu’il filme) ! Alors qu’il a assassiné une mariée. Troublant. Je dirais même malsain car nous regardons les images d’un assassin et en plus d’un mariage !

Bref pour la cause pour laquelle s’est battue Pippa, le documentaire très troublant et l’histoire peu banale du tournage, La Mariée est un super film !

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