La maîtrise de la langue dans l'apprentissage du français comme langue seconde publié le 24/03/2014

Questions de la salle / réponses

De la salle
Estimez-vous que les élèves en français langue seconde doivent, avant d’être intégrés dans le circuit scolaire normal, passer un certain temps dans des classes spécialisées ? Actuellement, cela n’est pas le cas dans l’ensemble des établissements scolaires.

Gérard Vigner
Il existe certainement des situations très variables d’un établissement à un autre, mais les textes officiels sont très précis. Quand il y a suffisamment d’effectifs pour créer une classe regroupant plusieurs enfants migrants, les élèves bénéficient d’une formation commune d’initiation à la langue tout en suivant, parallèlement, les enseignements communs. Ils ne sont ni tenus à l’écart, ni placés dans une situation d’immersion totale, mais situés dans une étape intermédiaire que nous espérons bénéfique pour l’acquisition future de la langue et plus généralement l’ensemble de leur parcours scolaire.

De la salle
Il faut que les enseignants soient également conscients de la nécessité d’adapter le contenu de leurs enseignements à ces enfants arrivés récemment sur le territoire. L’institution doit également faire un pas en direction de ces élèves.

Gérard Vigner
Je suis tout à fait d’accord avec vous. Il serait en effet souhaitable que les autres professeurs intègrent les difficultés des nouveaux arrivants en reformulant et en explicitant certains propos trop obscurs pour des élèves qui construisent leur maîtrise de la langue.

Michèle Verdelhan
Je pense également qu’un grand effort doit être porté sur les manuels scolaires, en particulier en sciences et en géographie. Il est regrettable que certains énoncés soient rédigés dans une langue excessivement complexe. De même, il convient de réfléchir sur certains supports d’enseignement. Je pense ici aux schémas, aux tableaux ou aux graphiques très largement utilisés dans nos méthodes pédagogiques, mais qui n’ont aucun équivalent dans d’autres cultures. Certains enfants migrants, confrontés à ce type de documents, sont souvent déstabilisés.

De la salle
Faut-il adapter les systèmes d’évaluation du CP à la sixième qui conditionnent le passage d’un cycle à l’autre en tenant compte des difficultés spécifiques rencontrées par les élèves primo-arrivants ?

Michèle Verdelhan
J’ai eu l’occasion de travailler sur l’adaptation pour les élèves migrants des dispositifs d’évaluation pour les classes de CP et de sixième. Pour véritablement tenir compte des spécificités propres à leur situation, il convient de reformuler les énoncés avec des mots plus simples, de changer les critères de notation en intégrant le fait que l’apprenant est en train de passer d’un système linguistique à un autre et qu’à ce titre, il ne dispose d’aucune intuition de la langue.

Gérard Vigner
Il conviendrait de sensibiliser l’ensemble des professeurs aux difficultés propres aux enfants primo-arrivants. Ce n’est pas encore fait. Nous devons entreprendre cet effort.