La maîtrise de la langue dans l'apprentissage du français comme langue seconde publié le 24/03/2014

Conclusion

Francis Tourigny
J’ai noté un certain nombre de points communs entre les interventions de Michèle Verdelhan et Gérard Vigner. Vous refusez d’opposer les pratiques communicationnelles du langage et les compétences linguistiques. Ces deux aspects ne sont évidemment pas antagonistes, dans la mesure où ils passent tous les deux par une activité cognitive et donc langagière.

Vous avez insisté sur la nécessité d’un travail systématique sur la langue en revalorisant le rôle de la grammaire. Vous vous êtes accordés sur la nécessité d’une approche réaliste et diversifiée dans les méthodes. N’oublions pas que l’école de la République s’est également bâtie dans un contexte où de nombreux élèves ne maîtrisaient pas la langue française, soit parce qu’ils étaient issus de cultures régionales cloisonnées, soit parce qu’ils venaient de l’immigration. Nous sommes aujourd’hui dans une situation proche. Quelle est la langue que nous devons enseigner à nos élèves ? S’agit-il d’un français neutre et passe-partout ? Quels sont les rapports à l’œuvre entre l’apprentissage de l’oral et de l’écrit ?

Michèle Verdelhan
La journée ne suffirait pas pour répondre à votre première question. Pour le FLE, nous avons beaucoup de mal à déterminer ce que peut être le français. La multiplicité des usages rend la réalité plus complexe. Il existe une mosaïque de français sur tout le territoire marqué par des clivages géographiques, socioculturels, socioprofessionnels ou même générationnels. Nous n’avons ni le même accent, ni le même vocabulaire ; il n’y a guère que la syntaxe qui soit commune à l’ensemble de la population. Faut-il réduire cette diversité à un français normé, seul à devoir être enseigné ? Dans le cadre du français langue seconde, nous nous trouvons en présence d’une triple contrainte : la langue maternelle n’est pas le français ; la langue de communication dans le cadre familial ou social proche est très différente des exigences de l’enseignant ; il existe un certain nombre de variétés de français acceptables par l’institution scolaire et d’autres qui seront impitoyablement rejetées.
En FLE, à défaut d’une définition précise de ce que peut être le français à enseigner, les pédagogues se retranchent derrière les expressions de "français courant", "français moyen" ou "français des médias", c’est-à-dire un français susceptible d’être compris par le plus grand nombre d’interlocuteurs.
En français langue seconde, se pose la question de l’acceptation par l’école du français, tel qu’il est parlé dans le milieu d’appartenance culturel, social ou générationnel pour développer les capacités de communication de l’enfant migrant.
Pour ma part, j’estime que l’école doit transmettre la langue la plus à même de permettre à l’élève de réussir sa scolarité et son insertion. Toutefois, dans la perspective de mon exposé, j’avais précisé qu’il fallait laisser une place à la langue d’origine dans le cadre du cours à condition que celle-ci ne soit ni prépondérante ni généralisée. Des travaux pédagogiques ont été conduits sur ce sujet. Ce sont des pistes à approfondir.

Francis Tourigny
Comment l’enseignant doit-il prendre en compte la variation langagière dans l’enseignement du français ?

Gérard Vigner

La question consistant à définir le français que l’école doit enseigner remonte à la fin des années soixante. Un certain nombre d’expressions sont alors apparues pour définir le français indépendamment de ses usages comme une sorte d’abstraction. On a vu fleurir un certain nombre d’expressions telles que "français moyen", "français d’usage" ou encore de "français central"…Si le problème se pose d’un point de vue sociolinguistique, il n’a jamais trouvé de solution d’un point de vue pédagogique, malgré les nombreuses tentatives.
Le français que nous devons transmettre aux enfants migrants n’est pas une langue abstraite. Toutefois, nous devons insister sur la différence entre ce qui se dit et ce qui n’est pas acceptable du point de vue de la règle. Il me semble important d’inculquer aux élèves le sens de la précision derrière les mots et les concepts, et de les accoutumer à une certaine neutralité dans l’expression. Quand un enseignant transmet un savoir, il ne faut laisser aucune place à l’implicite.