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article Réflexions sur l’évaluation (2)     -    publié le 24/01/2014    mis à jour le 04/02/2014

2e partie : l’évaluation et l’école

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- Des Parcours scolaires sous contraintes : orientation des élèves et évaluation des établissements / Séverine Chauvel

Le recours aux chiffres et objectifs n’est pas spécifique à la période actuelle, mais aujourd’hui, il revêt des usages particuliers avec la mise en place des réformes. L’article revient sur l’interprétation de enseignants des objectifs chiffrés, à partir des taux d’accès des élèves de 3e en 2nde générale et technologique, occasion d’examiner comment s’articulent les mise en place d’une culture de l’évaluation dans les pratiques professionnelles , et en quoi celles-ci menacent le travail enseignant d’orientation.

  • 1 - Des interprétations enseignantes variées face aux objets de l’évaluation

2 réactions visant à augmenter le nombre d’élèves accédant à l’objectif du passage en seconde générale :
- l’adhésion : les enseignants issus de milieux favorisés, du secteur privé, hésitent moins à encourager les élèves à se diriger vers le LEGT, quelles que soient leurs performances scolaires ; leur logique reposant sur l’envie de l’élève (les élèves feraient preuve d’une prudence excessive liée à "manque de confiance" ou un "manque d’audace")
- la réserve : les enseignants, issus d’un milieu populaire qui connaissent une ascension sociale ou issus de familles liées au secteur public refusent d’encourager les élèves dont ils considèrent que la prise de risque est importante à ce diriger vers cette voie. Les professeurs sont critiques vis à vis du système éducatif et le fonctionnement de leur établissement en particulier (majoritairement adhérents au Snes, ils manifestent pour la défense de l’éducation , en particulier contre la DHG). Ils considèrent que les élèves issus de milieux populaires sont sous-sélectionnés (moins bons que ceux des autres catégories sociales) en raison des inégalités entre établissements, hiérarchisés selon des systèmes de notation variant de l’un à l’autre (les professeurs s’adaptant au niveau de leurs élèves).
Or, ce phénomène de sous-sélection est apparu depuis quelques années face au désir de bien placer son établissement dans le classement et contribue à augmenter le taux d’élèves accédant aux LEGT. Beaucoup d’entre eux ne parvenant pas en 1ère, cette affectation est alors considérée comme un essai.

  • 2 - Gestion des flux et rationalisation dans l’école

La gestion des flux d’élèves est à la fois une procédure scolaire mais aussi une orientation des politiques publiques (cf. taux de réussite au Bac passé de 38% en 1986 à 68% d’une classe d’âge en 1994) (cf. Pons). Plusieurs réformes ont ensuite suivi (LOLF, assouplissement de la carte scolaire,...). La Loi Jospin (1989) marque le tournant de la loi d’orientation en France avec l’émergence d’une "culture du projet" (reposant sur le libre choix de l’élève et de sa famille).
Donc deux objectifs apparemment contradictoires : répartir les élèves entre les formations et respecter le projet individuel de chacun.
Une politique quantitative voit alors le jour à toutes les échelons (national, académique, départemental). Augmenter le nombre d’élève parvenant au LEGT est justifié par une conception méritocratique de l’école (mais ceci reste très abstrait dans les circulaires, l’accent étant mis sur la gestion des flux). Une posture nouvelle de l’enseignant voit le jour : chacun doit parler d’avenir (et d’orientation) avec l’élève, sa famille. Le parcours de l’élève est un parcours collectif.

  • 3 - Evaluer le devenir des élèves : une autonomie professionnelle menacée

La rationalisation gestionnaire de l’orientation met au centre les flux d’élèves qu’il faut articuler avec le projet personnel (nouveau travail pour les enseignants et le chef d’établissement). Ainsi, les chiffres du devenir ultérieur des anciens élèves est utilisé par les professionnels comme outil d’orientation (fournissant des indices pour prendre une décision).
La comparaison avec les autres établissements du bassin est significative ("avoir le meilleur taux"). L’appréciation des risques d’échecs porte sur des statistiques de cohortes d’élèves (échelle perçue comme pertinente pour agir). De même certains taux d’’attractivité d’établissements ont une fonction prédictive (avec parfois une revue à la hausse des voeux des familles).

Ces modalités de gestion s’opposent aux pratiques enseignants qui mettent en oeuvre leurs pratiques d’orientation selon multiples critères (indices scolaires, psychologiques, implication familiale et capacité de progression), la nature de leur activité entre en contradiction avec l’instauration de mesures évaluatives.

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