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article Réflexions sur l’évaluation (1)     -    publié le 28/01/2014

1e partie : Critique de la raison évaluative

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• Pourquoi croyons-nous à l’évaluation/ Danilo Martucelli (p.15-21)

Danilo Martucelli est chercheur à l’université Paris Descartes, au CERLIS-CNRS

Constat : malgré ses effets nocifs et contre-productifs, l’évaluation est toujours présente dans nos pratiques.
Pourquoi nos sociétés y croient-elles ? Pourquoi exerce t-elle une telle séduction sur les élites, faisant partie de l’engrenage habituel des organisations, tout en demeurant une croyance ?
3 interprétations peuvent en rendre compte :

- 1. Une nouvelle conception de la puissance et de la réactivité

La société industrielle était étroitement liées à la notion de rationalisation (avenir inéluctable de la modernité). Malgré des incarnations bien différentes, elles ont eu en commun les projet de parvenir à une maîtrise totale des hommes et du monde. Mais, dans les entreprises, le travail prescrit et le travail réel ont toujours été à distance (stratégies de résistance des ouvriers,...). Ainsi, au XXe siècle , la représentation des limitations structurelles du pouvoir devient une norme (les problèmes posés échappent au pouvoir de régulation des dirigeants). De là naît une autre représentation organisée autour de la notion de risque. Changement considérable : il ne s’agit plus d’ancrer l’image de la puissance sur une planification initiale de la totalité des évènements, mais par la mise en relation a postériori des décisions et de leurs conséquences. Seule l’évaluation peut nous dire ce qui marche vraiment.
Le retour réflexif sur sa propre action permet d’améliorer sa conduite (tout le monde peut le comprendre et le partager).
"Evaluer" signifie : garder ce qui marche et exclure ce qui ne marche pas. (la réactivité se substitue à l’ancien contrôle absolu).
Dans le domaine scolaire, nous voulons dépister tôt et rapidement les "publics à risque" et corriger le plus rapidement possible les phénomènes de difficultés scolaires ou psychologiques dont il faut détecter les signes avant-coureurs à l’aide de diagnostics "proactifs".

- 2. Un nouvel état organisationnel à mi-chemin entre bureaucratie et technocratie

Les dispositifs d’évaluation ont fini par articuler des modes d’organisation longtemps opposés entre eux (bureaucratie et technocratie). Les évaluateurs s’appuient à la fois sur leur fonction ("traits du bureaucrate") et sur leurs compétence techniques ("traits du technocrate").
Ce sont les critères d’efficacité et de rentabilité qui priment dans l’évaluation. L’évaluation devient un dispositif transversal commun à toutes les logiques organisationnelles de gouvernement et de gestion. A travers toute évaluation, il est impossible de ne pas entrevoir une croyance stratégique, la volonté d’imposer certaines politiques ou réformes, par leur légitimation "scientifique" et "experte".
La croyance en l’évaluation est stratégiquement entretenue par les intérêts de tous ceux qui voient en elle une nouvelle possibilité de carrière professionnelle.

- 3. Une aspiration démocratique foudroyée

L’évaluation suscite facilement la croyance car on laisse facilement entendre qu’elle est généralisable et s’effectue à tour de rôle (idée : tout le monde doit rendre des comptes). La procédure s’inscrit en apparence dans une perspective démocratique (or, ce sont toujours les subalternes qui rendent des comptes !). Le contrôle par l’évaluation se rajoute aux existants (présence, horaires, objectifs, cadence,...). Elle est vue comme un système de justice et d’efficacité, même si elle développe également le pouvoir arbitraire des petits chefs (ainsi, se répandent des attitudes autoritaires, voire totalitaires).

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