Accueil : CASNAV

article Politiques publiques à l’égard des minorités ethniques et religieuses     -    publié le 11/12/2013

Etude comparative entre la Roumanie et la Bulgarie

L’auteur se propose, dans une étude comparative entre la Bulgarie et la Roumanie, de répondre à 2 questions :
1) Quel est le contenu des politiques publiques à l’égard des minorités, de l’apparition de l’Etat-nation à nos jours ?
2) Quelle est la réponse des minorités, leur organisation interne et le degré de leur intégration sociale et politique ?

NB : nous nous intéresserons, dans ce résumé, essentiellement à ce qui concerne les Roms.

Le travail de recherche est effectué à partir de plusieurs hypothèses liées aux dimensions ethniques et politiques et aux relations majorité-minorités, particulièrement sur la question de la transformation des identités ethniques en identités politiques.


• La question des minorités avant 1989

- L’Etat-nation et les minorités

Sont étudiés ici, les cas des Tsiganes dans les deux pays ciblés (cf. p. 65sq.).

En Bulgarie, après la création de l’Etat bulgare en 1878 (traité de Berlin) et en 1919 (traité de Neuilly), divers changements ont lieu.
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les politiques envers les minorités ethniques et religieuses (Turcs, Tsiganes,...) sont contradictoires.
S’installe un contrôle par les Institutions malgré une autonomie culturelle relativement large.
La Constitution de 1971 assimile les membres des minorités comme des "citoyens d’origine non bulgare".

En Roumanie, après avoir vécu une période d’esclavage, à partir de 1919 (Traité de Trianon), les Tsiganes sont devenus des "citoyens de la Grande Roumanie". Sédentaires pratiquant des activités agraires, ils sont devenus propriétaires agricoles, mais ils restèrent parmi les plus pauvres.

- L’Etat communiste et l’usage des minorités

L’Etat bulgare mène une politique culturelle d’unification , allant jusqu’à amener les Tsiganes aux noms arabo-musulmans à changer de religion, de patronyme. Pendant cette période, la politique menée est ambigüe et contradictoire. Elle se caractérise par l’intégration culturelle et l’assimilation forcée. La sédentarisation est la règle.
Le pays refuse de reconnaître ses minorités nationales.

Le régime roumain renforce sa politique nationaliste dans les années 80. Même si les archives manquent (politique de l’ignorance). Les intellectuels tsiganes considèrent les mesures entreprises comme des échecs.
Les premières organisations apparaissent après la 1ère Guerre mondiale. Mais la situation des Tsiganes s’aggrave avec la dictature royale en 1938 (ils connaissent alors des déportations, d’abord les nomades puis les sédentaires
et ils subissent le concept de "purification ethnique").
De 1972 à 1989, le "communisme national" verra la création d’un Etat homogène, avec la promotion d’une politique d’assimilation forcée. La politique de Ceausescu voulait que l’on rasât la moitié des villages roumains pour reloger les gens dans des "complexes agro-industriels" pour créer un "nouveau citoyen socialiste roumain". Ainsi les Tsiganes sont-ils logés dans des habitats communs à la population roumaine.


• La question des minorités après 1989

L’auteur compare ici les cadres juridiques dans le contexte des normes européennes pour les deux pays.

- Les institutions gestionnaires des problèmes dans les deux pays

En Roumanie, la langue romani commence à pouvoir être enseignée dès l’année scolaire 2003-2004 dans l’enseignement primaire. Elle peut même être utilisée dans les relations officielles(notamment la justice,...).
Il existe également une Loi contre la discrimination et une structure gouvernementale qui représente les Roms au niveau national : l’ANR (agence nationale pour les Roms) pour laquelle travaillent une cinquantaine de personnes.

En Bulgarie, il existe également une structure gouvernementale chargée des minorités. Elle fait travailler environ 5 personnes.

- Les minorités et leur participation à la vie politique

NB : L’auteur travaille ici sur les résultats des diverses élections.
En Roumanie, si les Tsiganes restent exclus de la vie politique, subissant une politique incohérente avec des mesures de sédentarisation forcée et l’école obligatoire, après 1989, une modernisation et européanisation des structures politico-administratives est mise en place dans les domaines de la gestion des minorités (avec un dialogue entre les institutions et les ONG). Le parti UDMR parvient à se maintenir, tout en changeant plusieurs fois de couleur, même s’il n’est plus au gouvernement aujourd’hui.
En Bulgarie, le mythe du centralisme persiste alors que depuis la nouvelle démocratie et l’intégration à l’UE, le pouvoir ne se trouve plus dans les mains d’une seule personne. Les acteurs sont plutôt dans une logique de concurrence et de méfiance. Toutefois, un parti politique regroupant les minorités émerge. Le pays refuse toujours de reconnaître ses minorités nationales.


• Conclusion

La présence de ces différentes minorités est le résultat de l’environnement historique. Les différences de termes dans les deux législations concernant les minorités, et donc les Roms, (en Bulgarie, les textes font référence à des "groupes ethniques" alors qu’en Roumanie, il s’agit de "minorités nationales", avec cependant une absence de définition et des réglementations législatives variées quant à leur situation) sont quelque peu significatives.
La représentation politique est également différente dans les deux pays. La Bulgarie interdit tout parti politique fondé sur une ethnie ou une religion alors qu’en Roumanie, toutes les minorités ont un siège au parlement.
Les changements de politiques ont été à l’origine de constructions identitaires et de nombreuses vagues d’immigration.
Avec l’instauration de l’Etat bulgare moderne et de l’Etat roumain moderne du 19e siècle, les relations dominant/dominé changent. Certaines minorités sont considérées comme analphabètes et arriérées tandis que d’autres sont des lettrés, porteurs d’une culture moderne et occidentale (ex les Turcs, les Hongrois en Bulgarie), ce qui influence leurs rapports avec la majorité.
Aujourd’hui, la protection des différentes minorités est au coeur des principes de l’Union européenne.
Par contre, durant toutes les périodes examinées dans la thèse, les Tsiganes sont toujours en position de "dominés", ignorés des politiques publiques, ils sont une population marginalisée et discriminée. . Esclaves, déportés en Roumanie, convertis au christianisme et perdant leur identité en Bulgarie, ils restent quasiment exclus de la vie politique.

Voir la thèse sur le site de la FNASAT

Contact
Accessibilité
Mentions légales
RSS
Académie de Poitiers, Rectorat, 22 rue Guillaume VII le Troubadour BP 625 86022 Poitiers Cedex