Accueil : CASNAV

article "Bori", "r(R)omni" et "Faraoance" : genre et ethnicité chez les Roms dans trois villages de Roumanie     -    publié le 18/12/2013

Thèse de Hasdeu, Iulia Andrea - Université de Neuchatel

• La question du genre dans le terrain anthropologique des Roms/Tsiganes

Cette thèse explore la question dans trois villages de Roumanie.
Elle y adopte une définition constructiviste du genre, entendu comme un rapport de forces relationnelles. Elle décrit la manière dont la frontière interethnique et le système de genre chez ces Roms créent "les Roms" comme groupe distinct, comme communauté, tout en concevant les hommes et les femmes comme membres ayant des statuts différents.

• L’ethnographie des institutions

Elle montre d’emblée une relation complexe et instrumentalisée politiquement par les Gadje (non-Roms) dominant(e)s dans le sens d’une stigmatisation des Roms/Tsiganes.
De leur côté, les Roms/Tsiganes tentent d’échapper au contrôle gadje par des stratégies spécifiques.
Ce tandem est constitutif de la vision rom du monde. Les Roms et les Gadje sont proches spatialement, mais éloigné(e)s les un(e)s des autres par toute une série de pratiques institutionnalisées et performées avec une inépuisable conviction quant à l’existence d’une différence objective entre les un(e)s et les autres.

•  Le contexte postcommuniste de la Roumanie

Les un(e)s et les autres adoptent un même modèle de réussite sociale qui est celui du patron. Pour certain(e)s Roms enrichi(e)s grâce à l’essor du commerce de l’aluminium de récupération, devenir effectivement patron est une modalité de renversement de la domination des Gadje.

• Conjugalité et hétérosexualité

La thèse met l’accent sur la façon particulière dont les Roms/Tsiganes placent ces uqestions au coeur de leur pensée et de leurs actions. C’est principalement dans la dynamique et la dialectique de la bori (épouse, bru) et de la romni (femme mariée) que se joue, parfois de manière très violente, le contrôle et/ou l’autonomie des femmes : chez les Roms, on se bat pour avoir une bori et pour être une romni.
En même temps, Rom et Romni, homme et respectivement femme marié-e), sont des appellatifs ethniques : nous avons affaire à une communauté d’individus mariés car on ne naît pas Rom, on le devient une fois marié(e), à savoir au premier rapport sexuel.
La dualité homme-femme recoupe celle du pur-impur, que ce soit dans l’importance accordée au mariage et à sa défaite (un trafic généralisé des femmes), ou dans les pratiques concernant la pollution où l’on performe une séparation symbolique du haut (bouche) et du bas (sexe) du corps, renvoyant systématiquement, comme dans un système de fractales, à la dualité du monde : rom et gadje.

• Le rôle de la jupe

La jupe, vêtement ouvert porté obligatoirement par les femmes mariées et revêtu rituellement lors de la cérémonie de mariage, est un élément matériel crucial qui structure les relations sociales dans le village, dans la famille, entre femmes, entre femmes et hommes.
Les jupes propagent la pollution sexuelle contenue dans le sexe ouvert des femmes, tout en protégeant de cette même pollution.
Les Faraoances sont des sirènes peintes sur les mûrs, les charrettes, les portes. Ces représentations rappellent les femmes habillées en jupes avec un bas du corps caché car impur. Les femmes et la féminité sont alors centrales pour se représenter le monde divisé en deux.
Les Gadje, à leur tour, utilisent l’image de la féminité tsigane pour se représenter cet Autre, "étranger de l’intérieur", comme on le voit dans les expositions ethnographiques, dans la littérature et le cinéma. La représentation gadje de la féminité rom fait également une place centrale aux jupes.

• L’importance des conditions de la production des données anthropologiques

Elles sont amplement décrites par l’auteure. Sa réflexion porte sur la rencontre non seulement cognitive, mais aussi émotionnelle avec l’Autre, rencontre faite de peurs, de gaffes, de renoncements, de frustrations.
Au niveau théorique, la thèse explore les débats contemporains concernant l’ethnicité et la culture, en montrant la nécessité de considérer le genre dans ce cadre.

- Document joint

Thèse présentée à la Faculté des lettres et sciences humaines,
Institut d’ethnologie Université de Neuchâtel - Par Iulia Haşdeu

Contact
Accessibilité
Mentions légales
RSS
Académie de Poitiers, Rectorat, 22 rue Guillaume VII le Troubadour BP 625 86022 Poitiers Cedex