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article Brève histoire de K. {Suite 2}     -    publié le 11/04/2013

Témoignage ému... Suite 2

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J’essaie de relancer la discussion en insistant sur un point qui me semble capital : c’est par l’obéissance que l’on fortifie ce qui en nous-même va devenir notre personnalité. K. me fixe une toute petite seconde, comme si son regard rencontrait par hasard un objet sans davantage d’importance que la porte ou la fenêtre. Presque aussitôt ses yeux quittent le champ communicationnel et se fondent dans le blanc de l’évasion. « L’obéissance te donne le temps nécessaire à l’expérience, à l’épreuve, à la vérification. Si tu rejettes tout, d’un bloc, tu ne pourras profiter de rien. Tu n’apprendras rien. Désobéir te met la pression continuellement et c’est une entrave ; ça t’empêche de respirer. Tu provoques des situations de stress dont tu vas un jour souffrir toi-même. Tu ne peux pas te former avec rien, à partir de rien, sans l’aide de quiconque. Accepte de faire l’expérience de l’obéissance. Et du silence. Et je te garantis des progrès rapides. Et tu ne seras pas un « mouton » pour autant. Tu entends ? »
Je lui dis : « K., la liberté c’est d’accepter les contraintes. Maintenant. Et aussi plus tard, quand tu auras un travail et une famille. » Il regarde ailleurs, il refuse le contact. Il répète à plusieurs reprises : « De toute façon, vous l’avez cherché. » Je me sens las tout à coup. Mon effort me pèse. Mon discours perd sa saveur. Un doute que je ne connaissais pas m’accable. Je pense que « j’explique effectivement trop longtemps ».

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« K., en obéissant, tu te simplifierais la vie. Le poète Georges Brassens, tu connais Brassens ? a dit quelque chose d’intéressant sur le sujet – je cite de mémoire : “ Moi je traverse dans les clous, pour ne pas avoir à obéir à l’agent qui me demanderait de le faire.” Tu comprends ça ? Pourquoi ne ferais-tu pas confiance à ceux qui te veulent du bien ? Il n’est pas question de te réduire, de te diminuer, mais d’éliminer peu à peu le tumulte désagréable, gênant, qui peut t’agiter ou te tourmenter. Est-ce que je n’ai pas toujours encouragé tes efforts ? Apprécié tes résultats à la mesure de leur valeur ? Est-ce qu’on peut se mettre d’accord sur cette ligne de conduite : l’obéissance et la discrétion ? » K. reste muet. Il regarde fixement ses chaussures. Son genou droit tremblote. Ses cernes sont de la couleur d’un ciel avant l’orage.

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J’avance une question encore : « Est-ce que K. voudrait que le professeur lui obéisse, par hasard ? Qu’en penses-tu ? Est-ce que ça ressemble un peu à ça, le désir de K. ? » Il sourit légèrement. Cette interprétation semble l’amuser. Il ne dit pas non. Sa jambe s’agite un peu plus fort. Il se renverse sur sa chaise, examine le plafond. Mais il évite soigneusement de rencontrer mon regard. Il revient à ses chaussures. D’aucuns diraient qu’« il en garde sous le pied ».

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