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article L’intranquille, Gérard Garouste avec Judith Perrignon. Editions L’Iconoclaste     -    publié le 20/02/2015

Autoportrait d’un peintre, d’un fils, d’un fou.

Beau bouquin au format presque carré dans ma ronde assiette, un soir de Toussaint. Ce n’était pas ma fête ni un jour d’anniversaire pourtant.

Le papier est d’Ingres épais et une languette reproduit une synecdoque d’une peinture de Gérard Garouste. Un autoportrait avec bras comme désarticulés. Du rouge et du bleu prédominent. Tout cela est succulent de couleurs et de matières dans ma jaune cuisine .

Un l’eau à la bouche de lecture s’invite à mes papilles toutes émoustillées. J’adore les cadeaux comme ça, sans date. Tout comme je caresse aussi à en faire de même.

J’avais lu le résumé au dos du livre il y a un moment. Toujours dans ma librairie préférée. Résumé présageant une lecture grave. Rien n’augurait de légèreté, connaissance prise des premières lignes, le sous titre donnant déjà le ton.

Couverture : Gérard Garouste - L'intranquille avec Judith Perrignon

Je ne soupçonnais pas jusqu’alors, la vie terrible de Garouste, ce peintre, qu’étudiant aux Beaux-arts, j’admirais tant parmi ceux de la figuration libre dite savante. Tous ces mouvements picturaux émergents des années quatre vingt bousculaient alors nos « ni Dieu ni Maître » de support-surface, de la nouvelle figuration et autres conceptuels post-restantes duchampistes.

Gérard Garouste nous apparaissait alors, avec les quelques collègues beausartiens (dite beauzarssien) les héros des temps nouveaux. Nous avions l’espoir (vain) de tourner définitivement la page de la non peinture, de la mort de l’Art et de l’extinction définitive du classicisme omnipotent des avant-gardes plus conceptuelles que leur conception même.

Toutes ces questions reviennent dans ce témoignage de deux cents et quelques pages. Questions sur l’art et contexte d’une période que l’on vivait pleinement en bousculant nos profs qui nous bousculaient en retour. Choc des générations. C’était de bonne guerre. Chacun campant sur ses positions, sûr de ses convictions. On nous parlait alors de « vécu » et on disait « tu vois » à tout bout de champ comme dit-on aujourd’hui voilà. Nos aînés ne pouvaient pas croire à une telle flambée des côtes de ces peintres, propulsés si jeunes, au sommet de leur art, et à celui du marché qui allait irrémédiablement les détrôner, un jour ou l’autre. Et pourtant.

Et pourtant, j’étais le premier à avoir une méconnaissance totale du « vécu » de ces artistes qui étaient en train, de notre point de vue, de libérer la peinture. C’est en lisant ce texte poignant et d’une rare intensité que je découvre à ce jour, l’histoire de ce peintre qui réinventait Le Gréco. Ce « vécu » qui a fait sans aucun doute une part du talent et de la célébrité de Gérard Garouste. Une vie terrifiante dont on ne souhaiterait pas vivre le centième pour posséder « des mains en or ». L’Intranquillité est cependant un sentiment partagé, même si ce n’est pas la crainte de l’arrivée impromptue d’une crise de féroce folie telle qu’il peut nous en décrire.

A voir sur la toile : Gérard Garouste La Bourgogne la famille et l eau tiède - Galerie Daniel Templon (Paris)

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