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article "de haut et de loin"     -    publié le 07/01/2009

POUR UNE PHOTOGRAPHIE D’EDOUARD BOUBAT...

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1-

Il a le cœur à marée basse. Il se plaint doucement, il ébauche un sourire vaincu, sous le menu grésil de sa solitude. Il se met à arpenter son vaste territoire – la solitude du dedans est un vaste territoire. Et pour le parcourir, il y a la parole. La parole qui parle devant elle. La parole qui se parle. Qui s’écoute. Qui se réchauffe au coin de son propre feu. J’appelle toujours cela : « l’appel du sens ». Quand on appelle le sens, le sens vient. Le sens est à l’instar de ces anges transparents et remplis de compassion, que l’on voit dans ce beau film de Wim Wenders, les Ailes du Désir. Ce sont les anges toujours présents, toujours prêts, qui soufflent à l’oreille des esseulés d’appeler le sens. La vie fait cadeau du présent, un présent c’est un cadeau, quand on appelle à soi le sens, parce que le présent signifie : « je » commence maintenant. Ne pas se retourner sur le passé, lourd comme un sac à dos, au crépuscule d’une marche qui n’en finirait plus – lorsque le plus petit caillou alors fait trébucher. Fermer les yeux sur l’avenir inconnaissable, qui n’a pour l’heure que la forme que nous lui donnons – peut-être celle d’un sac à dos plus grand, plus lourd que celui que nous portions jusqu’ici, dans l’attente du refuge.

2-

Voici le refuge : c’est le présent. Tous les marcheurs endurants de l’existence le savent. Dans le présent l’être est neuf, le « Je » est neuf. Toute notre énergie de pèlerin de nous-même est consacrée à l’atteinte de ce refuge du présent. Et les marcheurs endurants d’enseigner : là seulement nous sommes chez nous. L’éveil à soi est en ceci : maintenant je commence. J’achève la lecture d’un gros livre de Richard Moss, Le Mandala de l’Etre, qui dispense un enseignement de vie basé sur l’approche du présent. Le présent du présent : maintenant je commence. « Il » commence. Cela commence. Et ce commencement est de chaque instant le présent. Maintenant veut dire : je tiens en main, parce que je commence.

lemandala

Les ouvrages de sagesse sont faciles à lire, ami. Ils disent l’ordinaire. Leur message est pareil à un contenu translucide, dans un vase de verre, au bord d’une vitre immergée dans le soleil matinal. L’esprit s’y trouve chez soi. Il suffit que le reste suive et réalise. Chaque instant qui est commencement, sans passé ni futur, est tissé de ce vide translucide. Le vide est donné. Ce qui empêche l’élan ou l’envol, c’est notre poids et notre densité. Avec l’ami, nous avons fait notre sujet de réflexion du poids, de la densité et de ce bien translucide qui est là quand nous ne le voyons pas. Le dessin en commun d’observation nous a orientés sur cette voie. Quand « ça » dessine, le je dessine sans vouloir particulier, sans attente. En ce bonheur minuscule où n’existent ni le futur, ni l’espoir. Puisque l’espoir est une forme que nous donnons déjà à ce qui vient. Si le présent est : commencement sans fin, rien ne vient qui ne soit déjà là, déjà acquis, déjà accordé. Le Même re-commence. Il y a densité et poids quand nous portons le sac à dos. Imagine, ami à la neige éparse sur ta tête, imagine que nous abandonnions, d’un coup, le sac à dos, sur le bord du chemin. Non pas le vider de quelques accessoires mais bel et bien le laisser. Dire que la liberté est là, dans l’espace de cette enjambée, et que nous la manquons ! J’ai à l’esprit cette phrase de Paul Eluard : « Des kilomètres de secondes à rechercher la mort exacte. » Tout est dit. – Et tout reste à faire. – Non à faire, c’est déjà fait, mais à être. Je crois toujours, plus que jamais, que là est le sens, la direction et le contenu de l’art : non pas faire mais être cela.

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