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article Comment regarder un tableau – Françoise Barbe-Gall – Edition Chêne     -    publié le 20/02/2015

Le livre nous accueille en couverture par « la jeune fille au turban » ou « jeune fille à la perle » de Johannes Vermeer sur un fond doré.

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Pas de meilleure et de plus douce invitation à lire cet ouvrage qui, en le parcourant offre de somptueuses reproductions d’œuvres, et dont certains détails illustrent, durant le texte, une page voire une double page.

Comment regarder un tableau ou comment apprend t-on à regarder un tableau ? Très certainement par le regard « de l’autre » et, à cet égard, l’auteur nous invite à travers ses yeux à la découverte d’œuvres dont nous n’avions pas vraiment vu, car pas mis en mots, les aspects les plus significatifs ou les plus révélateurs.

Question de distance.

Ce que nous accorde le texte de Françoise Barbe-Gall c’est justement cette distance (évoquée par Nicolas Poussin dans « les principes » : qu’il ne se crée pas de visible sans distance) qui rend visible les peintures qui nous sont proposées.
L’auteur a la prétention de s’adresser au spectateur le moins averti, sans sous-estimer la valeur de son regard et de sa sensibilité. Le but de son ouvrage est, je cite, de déverrouiller l’approche de la peinture, en engageant le spectateur à apprécier le pouvoir et la pertinence de son propre regard.

Il semblerait que l’objectif soit atteint - sans aucun doute.

Le livre est constitué, ainsi, de six chapitres, dont les titres engagent immédiatement une compréhension des thèmes abordés :

  • Observer une simple réalité,
  • Contempler un monde sublimé,
  • Analyser les déformations du visible,
  • Tenir compte de la confusion des apparences,
  • Dépasser le choc du premier regard,
  • S’abandonner à la douceur du tableau.

Toutes les œuvres sont étudiées par un texte relativement court et simple, accompagnant le lecteur à visiter le tableau tout en initiant son œil.
L’histoire de la peinture nous semble alors racontée « à l’oreille », la lecture se fait fluide et le texte, d’une grande limpidité, nous convie à rencontrer l’œuvre, à rentrer « en contemplation ».
Prenons par exemple la peinture d’un John Constable : Helmingham Dell. Vallon dans le parc de Helmingham (Sufolk) – vers 1823 – Huile sur toile, 103 x 129 cm – Musée du Louvre, Paris.

Le titre : « Eprouver une sensation de déjà-vu » invite à la lecture de l’œuvre sans difficulté, car celui-ci est juste, la sensation, le sentiment que n’importe qui puisse éprouver au regard de l’œuvre – incontestablement – chacun de nous s’est déjà promené dans ce lieux, il nous est coutumier de passer par là lors de nos flâneries dominicales. Comme le souligne (en gras) chacun des paragraphes du texte, la promenade est sans surprise, la peinture nous convoque à méditer sur la valeur affective du paysage.
Un modeste aperçu, en le souhaitant suffisamment éclairant, de la dimension de l’ouvrage.
Il n’y a, dans ces tes textes, aucune « brutalité intellectuelle » ni de pléthoriques références et annotations. Une page est consacrée, en quelques lignes, aux « repères » historiques, contextuels, biographiques… pour chacune des peintures abordées.

Si je dois émettre un avis (d’ailleurs je ne le dois pas mais je le fais car je le vaux bien) cet ouvrage est incontestablement une référence. Sa conception rigoureuse et pédagogique, le talent littéraire de Françoise Barbe-Gall, digne des plus grands conteurs, offre au lecteur le plaisir d’apprendre à regarder un tableau ; au lecteur « plus averti » la saveur d’apprendre à renouveler son regard tout en entretenant sa mémoire (là je parle pour moi).

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