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article Jean Clair, Autoportrait au visage absent, Gallimard     -    publié le 12/05/2008    mis à jour le 14/05/2008

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C’est sans doute parce que j’ai choisi, depuis quelques mois, l’autoportrait comme « outil », comme « chemin vers la connaissance », que le titre de cet ouvrage m’a interpellé. On commentait le livre à la radio ce matin-là et le journaliste posait quelques questions à l’auteur. Ce dernier répondait avec sobriété. Son calme et sa précision, une certaine exigence aussi, une évidente autorité m’ont touché. Et j’ai pensé tout aussitôt que je ne devais pas m’endormir, sur les lauriers fanés de ma culture. Devoir de quête… et d’inquiétude. Ainsi va l’existence de l’enseignant. Ne pas stationner.

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Ill. : Zoran Pusic, "Autoportrait, 2000. Crayon sur papier.

L’autoportrait au visage absent, c’est d’abord celui de Zoran Music (Autoportrait, 2000), rescapé des camps de concentration, qui illustre la première de couverture. Et puis celui de Ernst Mach (Autoportrait sans miroir), qui montre ce que le sujet voit de lui-même ; ce que le sujet au contact du monde ressent de l’intérieur de lui-même. Mon portrait, je suis le seul à ne pas le voir. S’il est quelque chose qui s’avance vers, pour ceux qui m’entourent et me voient, en ce que je ressens il est plutôt cavité, trou, béance par laquelle entre l’extérieur. (Je me rappelle que, enfant, je voulais toujours cacher mon visage, lorsque je croisais des gens dans la rue, parce que j’éprouvais une certaine vulnérabilité de cet objet ressenti plus en creux qu’en bosse, dé-couvert. On disait que j’étais timide. Il y avait plus.) Mon visage est ouverture ; fenêtre sensible. Et mystère à moi-même.

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Ernst Mach, Autoportrait sans miroir, in L’Analyse des sensations, 1900.

Maintenant que je referme le livre, je pense que toute production artistique est un autoportrait au visage absent. (Je m’étais toujours juré de ne pas tomber dans le dessin – que je jugeais trivial et vulgaire – du portrait ou de l’autoportrait. Je détestais le portrait, fût-il réussi, magistral. Mais il m’est apparu comme une évidence… Les sentiers de la sensibilité sont impénétrables. Chemin de connaissance, le dessin laborieux de qui se voit en train de se voir ; et détachement sans doute. Tous les autoportraits me semblent riches, davantage de ce que je ne parviens pas à saisir que de ce que mon trait conquérant imprime sur le support. Car le trait conquérant enferme, délimite, alors que le propre du visage c’est le passage continuel d’un intérieur vers un extérieur : c’est un avènement. Le vrai visage serait une forme qui s’ouvre et s’évanouit vers. Jean Clair écrit : Dessiner n’est pas cerner. Dessiner, c’est ouvrir, c’est vider la forme jusque là où se manifeste son éclat, qui rayonne par-delà toute forme inscrite. Ainsi, avoir envie d’exprimer un contenu insaisissable (toujours et forcément) et n’y pas parvenir tout à fait, en échouant presque toujours ailleurs qu’ici, là où cela se passe, sous-tendent l’activité du dessin – le labeur qui purifie – et l’expurgent de certaines complaisances stylistiques où prospère l’imaginaire.

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