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article LA querelle de l’école, sous la direction d’Alain Finkielkraut, Stock.     -    publié le 08/03/2008    mis à jour le 19/11/2008

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Vendredi matin. Première heure de la dernière journée de la semaine. Journée longue en perspective. Pour arranger une classe, en effet, j’ai accepté de faire cours entre midi et quatorze heures. Donc, je vais m’avaler six heures à la suite, de dix à seize. (Mais la question n’est pas là ; je l’ai accepté. De bon cœur.)

J’arrive à ma salle à 7H50. Déjà là, quelques élèves – la petite brochette de ceux qui mesurent leurs effets, qui ont l’effort sobre, malaisé et intermittent. Je les salue avec entrain ; ils ne répondent presque pas. Tout est normal, c’est-à-dire, conforme à l’habitude. (Et on s’habitue à l’habitude… Alors c’est la routine.)

Ils me demandent d’entrer en classe. Maintenant ? Tout de suite ? Je m’étonne. Vous avez des projets ce matin ? un plan d’attaque ? Que non, ils n’ont simplement pas le droit « en fait » de s’asseoir dans le couloir tout neuf, parce que vautrés, adossés aux murs fraîchement peints, dans le bâtiment notamment administratif entièrement restructuré. Alors, « en fait », ils voudraient entrer pour s’asseoir. Parce que ça fait « trop » mal au dos de rester debout. Je leur objecte que je ne peux les accueillir avant l’heure, ils ne sont pas encore légalement sous ma responsabilité. Mais les quatre entrent comme un seul homme, mon argument est incompréhensible pour eux – et ils n’entendent que ce qu’ils disent.

Quelques minutes plus tard, j’ai distribué les dossiers pédagogiques. On commence une nouvelle séquence. J’ai mis tout mon cœur dans la préparation. J’ai réuni une foule d’images qui vont, je crois, les inspirer. Je suis attentif à dispenser un enseignement de qualité et « démocratique ». Je pars toujours de l’idée simple qu’aucun n’a d’idée. Et que l’on n’invente qu’à partir de ce que l’on connaît.

J’ai mis le paquet sur la rédaction de l’argumentaire ; il est parfaitement calibré, bien ciblé. Lisible, je pense – même par de « petits lecteurs ».

La mise en route hoquette. Le professeur parle (mais c’est un phénomène parmi d’autres). Le lancement a des ratés. Pourquoi ? Parce que des élèves arrivent en retard. Seulement quelques minutes, pas plus. Mais chacun est salué – c’est le hic – par une petite houle de rires – dont la raison m’a toujours échappé. La mise en conditions, à partir de la poésie de l’argumentaire, doit donc attendre que les retardataires s’installent, expliquent leurs motifs, etc. Bref ! les affaires courantes…

Je dis : « Pour une fois, je propose que vous lisiez l’argumentaire seul et silencieusement. (Bougonnements.) Après la lecture, vous inscrirez dans la partie laissée libre de votre document, ce que vous avez compris : ce que vous avez à faire. (Légères protestations.)

Beaucoup s’exécutent. Mais l’un d’entre eux, qui voulait absolument entrer dans la salle avant l’heure, n’ouvre pas son dossier ; il se balance sur sa chaise, un peu comme s’il s’enivrait d’un parfum délicat.

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