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article Christine Cayol, "Voir est un art", Village Mondial.     -    publié le 11/02/2008    mis à jour le 19/11/2008

Voir est un art. Et il est bon de rappeler que le mot « art » signifie : travail. Donc, quelque chose qui n’est pas donné – au sens gratuit du terme – mais qui demande que l’on s’implique et paie de sa personne. Que l’on s’impose l’exposition. Que l’on s’expose à l’imposition des mains de l’œuvre. Du dehors vers le dedans.

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Une juste définition du voir (vision) indique toute la profondeur de cet art (travail). Profondeur, durée… Cultiver comme on cultive. Comme on fait croître. Christine Cayol précise : « Avoir une vision, cela veut dire se montrer capable de dépasser la simple observation et rendre visible pour soi d’abord, puis pour les autres, ce qui restait non vu. »

Explorant et méditant, sous l’égide de « morceaux choisis » (Van Eyck, Caravage, Ingres, Monet, Picasso, Tapies…), la réflexion de Christine Cayol tisse des textes sensibles – que j’aime d’autant plus que j’aurais écrit la même chose, si j’avais eu le même œil devant les mêmes œuvres ; le même cœur me portant à leur rencontre. Si j’avais été riche et sensible de la même érudition discrète.

On aime toujours ce que l’on reconnaît de soi en l’autre. Ce que l’on aperçoit de soi-même. On aime d’autant plus qu’on s’identifie.

Empathie. Le verbe de Christine Cayol appelle et trouve mon empathie. Je suis sûr qu’il éveillera la vôtre, si vous n’avez pas encore eu ou pris connaissance.

L’aventure de la lecture est une quête de la ressemblance. Ainsi l’aventure du voir. On ne cherche jamais que soi.

Christine Cayol observe pour elle et pour nous dix tableaux « pour s’inspirer et innover » (sous-titre de son ouvrage).

S’inspirer : Eprouver le vitalisme du souffle en soi. Et le souffle (le pneuma) est esprit. L’esprit m’inspire. Je respire l’esprit. Un lien d’amour du moi au même.

Innover : Faire du neuf. Non pas du neuf pour que cela change ou évolue (la mode s’en charge), mais pour que le regard réinvente pour lui-même. L’innovation est travail du désir. Le désir assouvi n’est, ne serait, que le besoin satisfait. Le désir est plus : le feu de l’être étant. Ce feu brûle et ne s’éteint pas. René Char dit : « le désir demeuré désir », cependant qu’il se réalise. La vie comme poème (et poème veut dire aussi travail).

Le désir vrai – feu – ne désire aucun objet. Il se désire soi.

J’entends une âme tendre et généreuse dans la voix de Christine Cayol. Généreuse pour faire du vivant (là est le neuf ou le renouvelé) avec le donné à voir. Innover – ce que j’entends chez Christine Cayol – c’est enrichir ou mieux : recréer continûment sa propre vie, par la communion avec l’œuvre.

Christine Cayol dit : « oser voir ». Oser, parce qu’il y a risque : le risque de la vie, justement. Le risque de notre vie amplifiée.

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