Accueil : Arts Appliqués
Accueil >> Enseigner >> Livres >> François...

article François Cheng, LE DIT DE TIANYI, Albin Michel. Prix Femina 1998     -    publié le 06/12/2007    mis à jour le 02/03/2008

Tianyi est un peintre – de « paysages à l’encre rehaussés de couleurs discrètes ». C’est un être délicat, fragile, malingre mais qui a cette passion, ce feu de la création.

Est-ce ce feu-là qui va le soutenir, jusqu’au bout de ses épreuves ? Le dit de Tianyi raconte une longue et douloureuse tranche d’existence, au cours de laquelle la poésie de l’air, des nuages et des brumes va céder le pas à l’enfer : les camps de rééducation de la Chine révolutionnaire, dans le grand Nord.

La souffrance des « campards » est inhumaine, physique et morale ; elle semble ne jamais devoir finir. Elle a en effet pour justification dernière de transformer l’individu et de faire de lui un autre, conformément à un modèle. Elle taraude et purifie l’être Tianyi dont la capacité d’amour, d’amitié, de compréhension et d’abnégation s’est déployée et perdure malgré tout, sous la lumière de deux astres : l’Ami et l’Amante, un poète, farouche comme la montagne et une merveille de poésie, un papillon au volettement ténu et soyeux.

Tianyi a perdu l’Amante ; et il recherche l’Ami.

Le lecteur souffre avec le souffrant – tellement on en vient à désespérer de la nature humaine, lorsqu’il lui arrive de sombrer dans l’obscurité de l’idéologie. Tianyi est entouré d’êtres niés, humiliés, effacés, réduits à l’état de bête et qui pourtant ont eu une histoire, une famille, une profession, un savoir-faire ; et un engagement exemplaire ; qui viennent d’une culture raffinée. On le découvre peu à peu. Il sont la « petite perle » de Lao-Tseu…

Le sens du livre, c’est l’indestructible vitalité créatrice du Souffle. Il était, il est et il sera. Lorsque les mauvais traitements auront tout érodé de la personne et de ses désirs, le Souffle toujours intact restera le début de la Vie, le recommencement.

Le Souffle reprend sans cesse pour nous dire qu’il est le retour et le début perpétuel. L’homme peut mourir ; la vie ne peut pas mourir parce qu’elle est la vie.

Et si ce qui détruit l’existence n’était qu’un songe ? Et si l’épouvantable grimace de l’adversité n’était que simulacre ? Au bout de l’épuisement, à l’orée de la déraison, quand tout est perdu, Tianyi voit clair : rien n’est perdu. Il est. Il est un avec le Souffle.

Dans ce livre fort, profond, à la sensibilité retenue, on trouve peu, on s’en doute, matière à sourire. Pourtant, évoquant les procès à l’issue desquels les « droitistes » devaient faire leur (fameuse) autocritique, le romancier nous offre cette anecdote. Nombreux étaient les accusés qui, confrontés à une situation par trop absurde, n’avaient plus d’autre échappatoire que l’humour. On reproche ainsi à un sculpteur que son œuvre présente des aspects indésirables qui le classent parmi les « droitistes » :
Vous avez raison. Je comprends maintenant pourquoi dans la statue que je suis en train de faire, j’ai raté le côté gauche.

Contact
Accessibilité
Mentions légales
RSS
Académie de Poitiers, Rectorat, 22 rue Guillaume VII le Troubadour BP 625 86022 Poitiers Cedex