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article Daniel Pennac, Chagrin d’école, Gallimard. Prix renaudot 2007.     -    publié le 01/12/2007    mis à jour le 19/12/2007

Qu’est-ce qu’un cancre ? Qu’est-ce que l’état de cancrerie ?

Daniel Pennac disait récemment à la radio (je cite de mémoire) : « Ceux qui évoquent leur état antérieur de cancre, pour briller un peu plus dans les salons, alors qu’il sont parvenus à la réussite et à la respectabilité, ceux-là n’ont pas été de vrais cancres. La cancrerie est une profonde souffrance. Et on ne se prévaut pas ainsi des souffrances que l’on a subies. »

L’état de cancrerie donc, c’est l’état dans lequel se trouve enlisé, relégué, oublié, mortifié le mauvais (trop mauvais) élève.

L’auteur éclaire (si l’on veut) l’intérieur de la cancrerie, de son style alerte, enjoué, pudique. Respectueux. Parce qu’il parle – parce qu’il prétend parler – en connaissance de cause. Et on lui accorde crédit.

Mais il y a la lumière au fond de tout. Donc, au fond de la cancrerie et du cancre. On ne sait pas toujours comment ni pourquoi la lumière apparaît, mais elle apparaît. Et cette conviction est propre à fortifier le courage, du cancre assurément, mais aussi (et c’est capital) des enseignants qui ont commerce avec la cancrerie.

Daniel Pennac doit son éveil – la sortie de sa relégation – à quelques-uns de ces professeurs… « aimants ». A ces bons samaritains (il y en aura toujours) qui aiment les autres, sans sentimentalisme, ni spéciale empathie, ni narcissisme, ni calcul. Parce que aimer l’autre, c’est-à-dire, lui tendre la main, est aussi naturel que la respiration de tout être vivant dans la respiration du monde.

Ces bons professeurs sont là pour qu’on retrouve le nord, malgré les vicissitudes et les déconvenues. Ils sont les dédouaneurs. Les délieurs des deux pieds dans le même sabot.

Qu’est-ce qui fait leur « bonté » ? Leur disponibilité ? Leur capacité à tirer leurs semblables en difficulté par le fond de la culotte ? Deux points essentiellement : Un : ils sont habités par leur discipline. Deux : ils ont le « sens de l’ignorance ».

Bien que sachant – ou savants –, ils sont capables de se mettre ou de se remettre à la place de celui qui ignore. Ils sont capables de reprendre contact avec l’élève en eux. Ils se souviennent de leurs propres difficultés et des moyens par lesquels ils les ont dépassées. Un vrai cancre sauvé des eaux est en germe un excellent professeur.

Et ils ne jugent pas, n’humilient pas – parce que l’ignorance du cancre ne les déstabilise pas ; parce que le savoir n’a rien à voir avec les qualités morales de l’homme. Et ils ne l’inquiètent d’aucun avenir catastrophique – parce que la vie, dans sa grande sollicitude, a un projet pour chacun. Ils savent instaurer dans leur classe un présent de l’apprentissage, délesté d’un passé douloureux, abstrait d’un avenir redoutable. Le bon samaritain de l’enseignement délivre le cancre de la peur.

Si j’avais eu un professeur comme Daniel Pennac, dans les disciplines où j’ai perdu mon latin, et ce jusqu’à l’amour de moi, m’est avis que j’aurais réalisé un tout autre parcours !

Merci mille fois, monsieur le professeur. Merci pour eux, ceux qui viendront.

Collègues, ne laissez surtout pas passer ce livre, si vous ne l’avez déjà lu. Les dernières pages, la dernière métaphore du cancre, sont d’une telle humanité…

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