Accueil : Arts Appliqués
Accueil >> S'informer >> Vinci à...

article Vinci à Bruxelles     -    publié le 17/09/2007    mis à jour le 05/09/2010

visite d’exposition

J’ai vu à Bruxelles, à la fin août, une très belle exposition consacrée à Léonard de Vinci, qui s’attache à montrer les différentes facettes, les multiples champs du savoir et de l’expérience qui caractérisent le génie de cet humaniste.

Je connaissais les œuvres peintes (comme La Vierge aux Rochers ou la Joconde, comme tout le monde, mais je n’avais jamais eu l’occasion de voir des tableaux exécutés d’après Léonard, comme la Joconde ou le Jean-Baptiste. Des copies laborieuses, gauches à force d’application, plates ou raides, dont est absent cruellement le très fameux sfumato, qui unifie la figure dans l’espace et la lumière, qui fait que l’une devient consubstantielle des autres.

J’avais déjà rencontré les "inventions", au Clos-Lucé. Cependant les maquettes exposées à Bruxelles m’ont permis de repousser encore plus loin les limites que, dans mon ignorance, j’avais posées autour du Léonard ingénieur, inventeur, visionnaire de la mécanique.

Mais j’ai particulièrement apprécié les Codex. Il s’agit des livres ou des carnets, parfois de dimensions réduites, dans lesquels figurent des croquis, des relevés, accompagnés de commentaires écrits (comme chacun sait, à l’envers).

Tout enseignant d’art appliqué ne peut bien sûr que tomber sous le charme de ces planches, à la fois libres et d’une remarquable précision. Il y a par exemple un croquis de fœtus, endormi dans son logement utérin, qui revêt la rigueur d’une dessin scientifique et dont le rendu artistique joue sur un modelé d’une infinie délicatesse. Pareil à la goutte d’eau des naissances, écrit mon poète préféré...

Rencontrer les oeuvres, les productions, en chair et en os (si j’ose dire) s’avère toujours constructif, éclairant et enrichissant (surtout lorsqu’on a beaucoup vu par le truchement des photographies). Il est banal de dire qu’alors les œuvres existent davantage, dans la mesure où elles confirment ce que nous avions appris d’elles - ou déroutent nos préjugés.

Le plus émouvant, c’est que nous sommes, par l’être-là du trait, de la valeur, du sfumato, par le biais d’une caricature hideuse ou d’un profil apollinien, par la lisibilité du "work in progress" dans les croquis de l’architecte et de l’ingénieur innovant, au plus près de la présence de Léonard. On se dit : Voilà qu’il a reposé son crayon ou sa plume... Il s’est avancé vers la lumière de la fenêtre... Il pense... il pense encore, en regardant sans le voir vraiment, le jardin qui s’offre à sa vue et glisse doucement sous les frondaisons...

On peut s’asseoir ainsi, dans la pénombre d’une salle que l’heure tardive a rendue quasi déserte, laisser flotter son regard sur un ensemble et sur aucun détail ; et éprouver que l’homme disparu, voici des siècles, est encore parmi nous.

De mon point de vue d’ailleurs, il n’y a pas plus bavard que le silence d’une exposition. C’est la raison pour laquelle j’y trouve un grand plaisir, qui ne s’est jamais démenti.

Contact
Accessibilité
Mentions légales
RSS
Académie de Poitiers, Rectorat, 22 rue Guillaume VII le Troubadour BP 625 86022 Poitiers Cedex