Accueil : Arts Appliqués
Accueil >> Enseigner >> Livres >> Histoires...

article Histoires de Peintures de Daniel Arasse.     -    publié le 20/02/2015

Le livre de Daniel Arasse est une véritable offrande, tout comme les autres ouvrages que j’ai pu lire de lui ; cependant, celui-ci a la singularité de nous maintenir « en haleine » ; ce sont des histoires qu’il nous raconte, des « histoires de peintures » qui sont des retranscriptions d’émissions diffusées sur France Culture durant l’été 2003.

Daniel Arasse nous conte des histoires d’œuvres, de peintres, et de grandes périodes artistiques où il aborde, sur une durée de six siècles, les grands thèmes de la perspective, de l’Annonciation, du détail, de l’anachronisme, de l’évolution et les conditions de visibilité des œuvres, de l’art contemporain.

Ces histoires sont menées comme des enquêtes avec des indices, l’histoire des événements, des recoupements ; des raisonnements savants et des déductions lumineuses nous révèlent toute la nature et les secrets de l’œuvre abordée.

« Histoires de peintures » est un livre passionnant où l’on retient la lecture, pour mieux savourer le plaisir qu’elle procure, qui se nourrit de découvertes, de notre étonnement et de « réflexions » captivantes.

J’aurais beaucoup de mal à me lancer dans un compte-rendu aussi soutenu que celui de Jean-Marie, mais je souhaiterais néanmoins faire écho à son introduction de « on n’y voit rien » du même auteur.

Quels sont les moyens que je peux mettre en œuvre pour captiver l’attention des élèves, autant que j’ai pu être captivé à la lecture de ce livre ? J’ai pu retenir une chose relevée par Jean-Marie : comment l’auteur nous propose la lecture d’une oeuvre, en la décryptant, tout en nous donnant les codes (relevant d’une grande érudition), nous permettant ainsi d’en saisir tout le sens.

Ce que Daniel Arasse nous montre dans une œuvre, donc ce que l’on voit pas ou que l’on n’avait pas vu (c’est-à-dire porté à notre regard), est inévitablement décrypté. Par la description progressive et raisonnée d’un tableau, des combinaisons des parties qui le composent, jusqu’au moindre détail qui s’avère être parfois un indice important, voire la « clé » de celui-ci (le décodage de ce détail dévoilant « l’énigme » de l’œuvre - cf.le fameux escargot dans l’Annonciation de Francesco del Cossa)- l’auteur nous raconte l’histoire d’une œuvre et nous fait partager « la densité de son émotion ».

Je reviens à ma question à propos des moyens à mettre en œuvre à la lecture d’une œuvre :

- Le choix de l’œuvre : pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Puis-je mettre en mots, montrer, et tenter moi-même de découvrir ce qui dans le tableau m’a procuré une émotion particulière ?

- Est-il possible de faire partager cette émotion ? Correspond-elle au niveau ou aux attentes des élèves ? Par quels moyens puis-je atteindre mon objectif ?

- Qu’est-ce que je connais de son interprétation, de l’artiste qui l’a créée, du contexte historique dans laquelle elle se situe ?

- Qu’est-ce qui prédomine dans l’œuvre (la couleur, les formes, ses matières, le clair-obscur…) ?

- Quel est l’élément clé du tableau, celui qui permet de dénouer « l’énigme », de faire voir et donc de faire entendre le sens de l’œuvre - je reprends la formule de Danielle Arasse : « l’œuvre pense » -, à travers l’articulation de ce qu’elle offre à voir (constituants et moyens plastiques, formes, figures…) ?

- Comment mettre en scène, ou comment se mettre en scène, pendant la projection de l’œuvre (en prévoyant des vues de détails et d’œuvres à montrer en résonance) ?

- Qu’en est-il de nos propres moyens de transmissions (qui ne relèvent pas de la formulation écrite) : la voix, nos déplacements, notre gestualité, notre regard… ? Comment s’imposer une petite pression, avoir le trac nécessaire avant de se propulser sur les planches ?

- Par quels moyens peut-on éviter ce qui risque de provoquer l’ennui, les bâillements...? Comment faire en sorte que l’histoire ne devienne pas soporifique ?

- Comment se servir des indices, des détails tels que peut nous les révéler Daniel Arasse avec enthousiasme et passion, et amener nos élèves à les découvrir par eux-mêmes, en les faisant participer tout en attisant leur curiosité ?

- Par quelles séries de questions, à partir de l’observation de tel ou tel élément visible dans l’œuvre, l’élève peut-il être amené à raisonner, donc à analyser - tout en apportant les éléments nécessaires pour le guider ?

- Comment ne pas perdre de vue le rythme de notre prestation pédagogique, le degré d’attention des élèves ? Comment entretenir dans la classe une qualité d’écoute et de participation, qui soit digne ou à la mesure de l’émotion et de l’intérêt que m’a procurés la lecture du livre ?

Daniel Arasse est un historien, ou un interprète de l’art comme il préférait le dire, qui possède un talent de conteur : celui d’employer un langage simple et limpide, pour transmettre avec passion cette fameuse « densité de l’émotion ». C’est en cela que son livre m’enthousiasme et m’incite à me questionner(comme j’ai tenté de le faire ici). A mon tour et à ma façon (fort humblement), j’aimerai apporter à mon auditoire ce qu’il m’a appris.

Contact
Accessibilité
Mentions légales
RSS
Académie de Poitiers, Rectorat, 22 rue Guillaume VII le Troubadour BP 625 86022 Poitiers Cedex