Certification complémentaire en DNL : témoignage et conseils d’une lauréate de l’examen publié le 24/09/2018

Témoignage et conseils d’un professeur d’histoire et géographie lauréat de l’examen de certification complémentaire en DNL (habilitation à enseigner en sections européennes et de langues orientales) en anglais.

L’enseignant et les élèves en classe européenne :

On s’investit tellement dans la préparation que parfois on pourrait oublier que les élèves sont la perspective même tout cet entraînement.
Comment construire pour eux un apprentissage qui valorise leur investissement, les aide à progresser sur le plan linguistique et de la réflexion critique en histoire-géographie  ?
C’est très difficile de créer ces échelles de progression au début à moins de pouvoir travailler beaucoup avec un collègue en anglais. Il faut du temps pour apprécier finement cette progressivité et différencier très bien pour chaque classe. Mais là encore, le CERCL, les analyses pratiques, les échanges avec les élèves permettent de construire un cadre clair sans être encore très élaboré.

Mes élèves m’ont beaucoup appris depuis quatre ans que j’enseigne en classes européennes : leur ressenti, leur réaction aux différents exercices, leur investissement sur le long terme, leurs acquis sont autant de repères pour créer un cadre assez souple pour nourrir leur motivation et les amener au niveau B2 du CERCL.

Bibliographie complémentaire : Le site Emillangues a de nombreuses ressources, des séquences entières avec des fiches pour les élèves, les fiches pour les professeurs. C’est un site de mutualisation avec toutes les informations concernant les classes européennes (textes réglementaires).

La revue L’histoire a consacré plusieurs numéros à l’Angleterre. En particulier le numéro intitulé « Les Anglais, la nation impériale ».

La revue de géopolitique Hérodote a consacré deux numéros : un sur les îles britanniques et un autre sur l’Amérique d’Obama.

La revue Esprit d’octobre 2016 a été consacrée aux Etats-Unis avant l’élection de D. Trump. Un éclairage sur la société américaine, très divisée et en proie à des tensions multidimensionnelles.

Plusieurs usuels peuvent aider à concevoir des activités, à sélectionner le vocabulaire des thèmes, ils s’adressent d’abord aux élèves mais sont aussi très utiles pour la conception d’une séance :

  • History-geography, vocabulaire, outils, méthodes, CHATHUANT Dominique, Hatier.
  • L’épreuve d’histoire-géographie à l’oral du baccalauréat, CLERMIDY A.- GRUFFAZ S., Ellipse.
  • Histoire-géographie, Terminales, sections européennes, Ellipse.
  • Histoire des arts en classe d’anglais, AVRAND-MARGOT S.- MAC LEOD A., Belin.

C. GY-DUPONT


Pour aider les futurs candidats à se préparer, Mme Gy-Dupont a par ailleurs accepté de répondre à quelques questions sur l’examen de certification complémentaire ainsi que sur la mise en œuvre de son enseignement de DNL.

A. L’examen de certification complémentaire :

IA-IPR : Avez-vous été surprise par les questions posées par le jury ?

Mme GY-DUPONT : Les questions ne m’ont pas surprise mais mon incapacité à convaincre m’a parfois déroutée. Ainsi une question sur la laïcité. Je pense que je n’ai pas su expliquer que, sur ce sujet complexe, il n’y avait pas un seul modèle de laïcité ; sans doute ce n’était pas l’enjeu de la question d’ailleurs. Enfin, j’ai été confuse. N’ayant pas préparé mon argumentaire, je n’ai pu montrer sur quoi reposaient mes allégations. Mon stage de préparation à la certification a permis de bien comprendre quels étaient les points forts du questionnement. On a pu mettre en commun nos expériences pour les recalés comme moi-même. J’ai alors compris après-coup certains de mes errements. Clairement, la question de l’évaluation est centrale, nous a-t-on fait comprendre.

IA-IPR : Avez-vous perçu la complémentarité des questions des différents membres du jury (inspectrice de LVE, inspectrice d’histoire-géographie-EMC, professeur enseignant déjà en section européenne) ?

Mme GY-DUPONT : J’ai bien perçu à chaque fois la complémentarité des membres du jury. L’IPR d’anglais veillant à la posture en classe européenne, aux objectifs en matière linguistique, à la collaboration avec l’enseignant d’anglais. L’IPR [d’histoire et géographie] s’attache davantage à l’évaluation, aux attendus en matière disciplinaire, au respect et à la mise en œuvre des capacités et méthodes. Le professeur de classes européennes s’enquiert davantage de l’analyse pratique.

B-Enseignement en SELO :

IA-IPR : L’expérience de l’enseignement en section européenne a-telle entraîné des modifications dans votre pratique professionnelle en général ? Si oui, sur quels plans (choix des supports, méthodologie, rôle de l’oral, place de l’élève...) ?

Mme GY-DUPONT : Cette certification a considérablement changé mon enseignement. J’ai opéré le transfert de bien des pratiques : je prévois davantage d’interactivité dans la classe en histoire-géographie, pas seulement en classes européennes, d’auto-évaluation ; la place de la fiction a changé : elle figure parmi les moyens d’appropriation des connaissances. J’expérimente davantage encore tout en étant bien plus consciente des outils, des configurations possibles d’un cours. La co-intervention devient par exemple de plus en plus mon terrain d’expérimentation. Je l’ai pratiquée pour l’évaluation en terminale mais de plus en plus je conçois des séquences ou séances où des collègues anglophones jouent le rôle de guest speaker. Je travaille actuellement en première euro sur ‘territories and sense of belonging’ : j’ai conçu un parcours avec des invités aux expériences très différentes pouvant donner lieu à des échanges et surtout une réflexion sur l’espace vécu, rêvé. Jeudi, nous avons conçu une séance sur la Cornwall avec ma collègue d’anglais. D’autres territoires et expériences seront abordés dans d’autres cadres. Pour un autre projet de voyage, nous travaillons en équipe, ce qui était impossible avant. D’une certaine manière, dans l’établissement cela a l’effet d’ « ice breaker », nous osons plus décloisonner, jouer la complémentarité.

IA-IPR : En tant qu’enseignante de DNL aujourd’hui, comment concevez-vous votre rôle dans l’apprentissage de la langue par les élèves (contribution à l’enseignement, simple mise en place d’opportunités de consolidation, autre...) ?

Mme GY-DUPONT : Mon rôle pour l’enseignement de la langue m’apparaît bien modeste. Je joue surtout le rôle de l’altérité : je donne la possibilité aux élèves de pratiquer l’anglais dans un autre contexte. Cela peut permettre de construire une confiance en soi car je me suis toujours refusée à sélectionner en fonction d’une moyenne. La motivation prime et j’ai pu voir de beaux parcours d’élèves qui s’affirmaient peu à peu, prenant conscience de leurs capacités dans un cadre où la correction de la langue n’est pas l’enjeu premier. Pour moi, c’est un moyen pour eux d’approfondir leur connaissance de la langue, par une pratique diversifiée et plus fréquente. Certaines notions retiennent notre attention et réflexion, ‘frontier’, ‘Native’, ‘Wilderness’, ‘empowerment’, ‘Britishness’, ‘Continent’… C’est chaque fois l’occasion de contextualiser et d’identifier des spécificités, des rapports au monde, aux territoires différents. Ce sont des questions linguistiques et géographiques.